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CHEF CRI

Dessin d'Émile Bayard.

Peuple primitif, les Métis n’avaient pour ainsi dire pas de gouvernement; cependant, quand ils allaient à la chasse aux bisons, il était nécessaire de maintenir l’ordre dans les rangs, de se tenir en garde contre les attaques des sauvages sioux et leurs vols de chevaux; ils s’organisaient alors et composaient un camp. Un chef était nommé, douze conseillers lui étaient adjoints; les chasseurs se groupaient par dizaine, et chaque dizaine se désignait un capitaine. Dumont était toujours choisi

comme chef. « La chasse aux bisons se faisait à cheval. C’était beau de voir des centaines de coursiers se cabrer, hennir, danser, piocher le sol de leurs pieds, demander la bride du regard, à grands coups de tête, et ces cavaliers de premier ordre, assis avec assurance sur leurs petites selles de cuir mou, au milieu des fleurs en rassade dont elles étaient garnies, ayant au poignet leur fouet à plusieurs branches, le fusil d’une main, les rênes de l'autre, retenant la fougue de leurs chevaux, les ménageant jusqu’à ce qu’ils fussent à portée du buffle. Les capitaines présidaient à la course et veillaient à ce que personne ne se lançât avant le mot d’ordre du chef. Le signal donné, la cavalerie bondissait. Un tourbillon de poussière obéissant au commandement partait avec elle. Le buffle, en dévorant la prairie, prenait l’épouvante, pour être bientôt rejoint par les coursiers alertes. Les cavaliers entraient pêle-mêle dans la bande de boeufs sauvages et, choisissant les animaux les plus gras, chacun lirait, tous tiraient en tâchant de ne point se frapper les uns les autres et prenant garde aux hommes et aux chevaux. J’ai vu ces courses, — ajoute l’écrivain à qui nous devons cette chaude description et qui n’est autre que Riel lui-même, — j’ai vu ces courses, j’y ai pris part. Elles sont terribles. L’adresse des chasseurs, leur extrême attention pouvaient seules prévenir les malheurs au risque desquels ces expéditions avaient lieu. »

Tels étaient ces hommes, de mœurs simples, que les politiciens d’Ottawa traitaient comme des sauvages, pendant que les officiers commandant les postes chez les Cris, les Assiniboines, les Pieds-Noirs et les Sioux, avec lesquels leur parenté créait aux Métis des relations d’amitié, ne voyaient dans leurs fonctions qu’un moyen de s’enrichir, dans ces sauvages que des brutes appelées à disparaître bientôt, et on y aidait, pour faire place à la colonisation anglo-saxonne. Triste colonisation, dont la première condition de succès est d’anéantir les hommes des autres races, et, comme aux Etats-Unis, d’abrutir d’abord les malheureux Peaux- Rouges par l’eau-de-vie pour les massacrer ensuite sous tous les prétextes. C’est ce qu’a résumé en termes aussi justes que sévères le témoin attristé et impuissant de la révolte de 1885, l’archevêque de Saint-Roniface, Mgr Taché, lorsqu'il écrivait le 7 décembre de la même année : « Les responsabilités de nos désastres et de nos hontes sont multiples ; elles pèsent non seulement sur les agents actifs du soulèvement et les administrations qui se sont succédé au pouvoir, mais aussi sur bien d’autres. Le peuple canadien et ceux qui le gouvernent, en acquérant les territoires du Nord-Ouest, n’ont pensé qu’à l’étendue et à la richesse des vastes domaines dont ils entraient en possession. On a confié des emplois même importants à des officiers qui n’avaient aucune des qualités essentielles à l’accomplissement de leurs devoirs; tout en nommant des hommes indignes, on a écarté ou laissé dans 1 oubli d autres éminemment aptes, et cela uniquement parce qu’il y a dix ou quinze ans ils étaient des adversaires politiques. Au lieu de rendre aux Métis la justice à laquelle ils avaient droit, on en a trop souvent oublié les prescriptions les plus élémentaires. Au lieu de les traiter comme des gentilshommes traitent tout le monde, on s’est permis à leur égard des grossièretés et des insolences capables de blesser les susceptibilités- les plus légitimes. On a oublié qu étant enfants du sol ils avaient des droits particuliers. »

Et cependant, un des gouverneurs du Canada, lord Dufferin, dans un discours prononcé le 29 septembre 1877, avait exprimé sur les Métis une opinion bien diffé-

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