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forma la Compagnie d'Occident, dont Law prit lu direction. Elle allait pendant quelques années galvaniser la colonie, lui apporter des renforts qu’on ne sut pas utiliser et faire naître des espérances appelées à sombrer bientôt avec l’homme qui avait fait de la Louisiane le pivot de sa fortune.
Les opinions sur Law et son système sont fort partagées ; si les uns trouvent admirable son idée du crédit développé, du billet substitué à la monnaie, d’autres critiquent sa témérité, traitent ses théories financières de dangereuses chimèreset,s’appuyantsur lesrésultats, proclament qu’il a été néfaste à son pays d'adoption. Ils oublient que si sa chute était à prévoir, elle fut singulièrement hâtée par les dilapidations du régent et les agiotages éhontés de nobles seigneurs tels que le duc de Bourbon et le prince de Conti. Quoi qu’il en soit, la miseenapplication du Système eut deux résultats incontestables : un développement rapide du commerce et de l’industrie, un commencement d'extension coloniale que la disparition de Law vint trop vite enrayer. Un fait suffit pour éclairer l’opinion à l'égard de cet homme. Le 15 janvier 1721, après sa chute, un Anglais écrit au ministre Dubois, vendu à l’Angleterre : « Lord Stanhope— le premier ministre à Londres — a été tenté d'aller vous féliciter du coup de maître par lequel vous avez fini l’année en vous défaisant d’un concurrent si dangereux pour vous et pour nous. »
L'incroyable élan donné à l'industrie française créait en effet un danger redoutable pour l’Angleterre, et à ce titre Law devait disparaître. Il faut lire dans nos grands historiens cet épisode de notre vie nationale, que le mot envoyé à Dubois éclaire singulièrement, et se rappeler qu'à la même époque la marine royale n'existait plus, que les ports de Toulon et de Brest étaient vides et qu'on y vendait pour le bois les vaisseaux de Louis XIV. Tout était à refaire, et l’on reste étonné de la hardiesse de Law, qui, en même temps que la création de la Compagnie d'Occident,
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songeait, au milieu du chaos dans lequel il se débattait, à établir l'égalité d'instruction et d'impôts, à supprimer la vénalité des charges, à simplifier une administration trop compliquée, à rembourser la dette, réformes profondes, que devaient essayer de reprendre plus tard Turgot et Necker.
Les lettres patentes de la Compagnie d'Occident, enregistrées au Parlement le 6 septembre 1717, lui concédaient : 4° le commerce du Canada, à charge de faire travailler aux cultures et aux plantations ; 2 le commerce de la province de Louisiane, y compris le pays des Illinois, les terres, ports, côtes, havres et îles qui la composaient, pour en jouir en toute propriété, seigneurie et justice ; le pouvoir de traiter et de faire alliance au nom de Sa Majesté avec toutes les nations du pays et, en cas d'insulte, de leur déclarer la guerre; la possession absolue des mines; la permission de vendre et d’aliéner les terres de sa concession, de construire les forts, châteaux et places qu’elle jugerait nécessaires pour la défense du pays concédé, d’y mettre des garnisons, de lever des gens de guerre en France et d'établir tels gouverneurs, majors, officiers et autres qu'il lui plairait pour commander les troupes.
Le gouverneur désigné par la Compagnie fut Le Moyne de Bienville. Les actions montèrent rapidement; le bruit répandu de la découverte de mines d’or et de pierreries aux abords du Mississipi enflamma les imaginations. On se disputait à prix d’or les concessions de terre, les duchés et les marquisats distribués par la Compagnie en Louisiane ; Law lui-même se fit adjuger aux Arkansas un fief de plusieurs lieues carrées. Les réclames, les annonces disposèrent les esprits en faveur de cette colonie, et les engagements se présentèrent nombreux pour aller exploiter ce nouvel Eldorado. Puis, jusqu’à la fin du Système, le recrutement se continua d’abord de bon gré, ensuite de force, à Paris et dans les provinces; des ordonnances des 8 janvier et 42 mars 1719 prescrivirent d'y envoyer
les vagabonds et les condamnés libérés en rupture de ban; un autre édit du 10 mars 1720 invita les trihunaux à ordonner la transportation des prévenus pour la plupart des délits qui leur étaient déférés ; les mendiants furent arrêtés dans le même but; on y joignit les faux saulniers, les filles séquestrées à la Salpétricre, En dernier lieu, on créa de véritables racoleurs, les Bandouillers du Mississipi, qui, outre leur paye, touchaient dix francs de prime pour chaque individu arrêté. Cinq mille personnes furent ainsi capturées dans Paris: servantes, fillettes, gens établis, notables bourgeois. Ces Bandouillers en arrivèrent ainsi à exaspérer tellement la population que dans certains quartiers on les assomma,
L'administration de la police, fort mal faite à cette époque, ne sut organiser ni les dépôts ni les convois ; un grand nombre de transportés, traités avec une négligence inhumaïine, succombèrent sur les routes ou dans le voyage à la Louisiane. « On n’avait pas eu, dit Suint-Simon, le moindre soin de pourvoir à la subsistance de tant de malheureux sur les chemins, ni même dans les lieux destinés à leur embarquement ; on les enfermaït les nuits dans les granges sans leur donner à manger, et dans les fossés des lieux où il s’en trouvait d’où ils ne pussent sortir. Ils faisaient des cris qui excitaient la pitié et l’indignation ; mais les aumônes n’y pouvaient suffire, moins encore le peu que les conducteurs leur donnaient ; il en mourut partout un nombre effroyable. Cette inhumanité, jointe à la barbarie des conducteurs, à une violence d'espèce jusqu'alors inconnue et à la friponnerie d'enlèvement de gens qui n'étaient point de la qualité prescrite, mais dont on se voulait défaire en disant le mot à l'oreille et mettant de l’argent à la main des préposés aux enlèvements, les bruits s’en élevèrent avec tant de fracas et avec des termes et des tons si imposants qu'on trouva que la chose ne se pouvait plus soutenir. Il s’en était embarqué quelques troupes qui ne furent
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guère mieux traitées dans la traversée. Ce qui ne l'était pas encore fut làché et devint ce qu'il put, et on cessa d'enlever personne. »
Le 9 mai 1722, en présence de l'agitation causée dans le peuple de Paris par ces monstruosités, et sur les réclamations des émigrants libres qui se plaignaient amèrement du mélange flétrissant qu'on leur infligeait, il fut décrété qu'il ne serait plus envoyé de criminels ni de vagabonds à la Louisiane.
Law ne croyait pas du reste que de pareilles recrues, fournies trop abondamment par une administration dont il connaissait l'hostilité à son égard, fussent un élément de colonisation suffisant pour cette Louisiane dont il prévoyait la valeur dans l’avenir ; il engagea d’autres émigrants plus sérieux, habitués à la culture de la terre, des Suisses, des Allemands, au nombre de douze mille. Plus de quatre mille étaient déjà dirigés sur les ports d'embarquement lorsqu'il tomba sous les efforts de ses adversaires. Il en fut pour eux comme pour la masse des misérables ramassés dans Paris ; beaucoup succomberent aux privations et aux fatigues du voyage; d’autres, à l’arrivée à l’île Dauphine et à Biloxi, disparurent bientôt, emportés par la misère etles maladies ; quelques-uns, plus énergiques ou mieux inspirés, remontèrent le cours du fleuve et
‘ s'établirent sur ses bords ; d’autres enfin, abandonnant
un sol inhospitalier, se dirigèrent vers la Caroline anglaise et furent également perdus pour la colonie. Des milliers d'homme expédiés de France dans ces déplorables conditions, quelques centaines seulement restèrent à la Louisiane. La mort, à Biloxi et à la Mobile, de trop nombreux émigrants, par suite de l'insalubrité de ces postes, eut du moins ce résultat de faire transporter par Bienville le chef-beu de son gouvernement sur les bords du Mississipi, à une trentaine de lieues de son embouchure. Il baptisa la ville naissante du nom de Rosalie, que remplaça bientt celui de la Nouvelle-Orléans.
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En 1719, la guerre ayant été déclarée à l'Espagne, Le Moyne de Sérigny fut envoyé de France à la Louisiane avec trois vaisseaux et l’ordre de s'emparer de Pensacole. De Bienville et Châteauguay, ses frères, se chargèrent de l’attaque par terre. Après une vigoureuse canonnade des vaisseaux, le commandant espagnol, sommé de rendre la place et n'ayant que cent soixante hommes à opposer à plus de treize cents, jugea toute résistance inutile et capitula sous la condition qu’on lui fournirait deux navires pour le transporter avec sa troupe à la Havane. Châteauguay fut laissé dans la place, avec une garnison de trois cents soldats.
Surpris par la brusque attaque et la prise de Pensacole, le seul port qu’ils eussent dans cette partie du golfe, les Espagnols résolurent de faire les pl: «rinds efforts pour le reprendre. Le marquis de Valéro, viceroi du Mexique, ordonna de réunir une flotte de douze bâtiments sur lesquels furent embarqués huit cent cinquante hommes, avec des munitions et une nombreuse artillerie. Le commandant espagnol Carrascosa de la Torre, arrivé devant Pensacole, envoya d’abord à terre un gros détachement qui débarqua
sans résistance à l’île Sainte-Rose ; il y trouva une cin-'
quantaine de soldats qui s'étaient échappés du fort et venaient se rendre; ils affirmèrent aux Espagnols qu'ils n'avaient qu'à se présenter pour qu’on leur ouvrit les portes de la place, car leurs camarades ne
se défendraient pas. Cette garnison était en effet composée d'un ramassis de déserteurs, de faux saulniers, : de gens embarqués de force « et d’autres semblables canailles qu'il n’est pas de la prudence de joindre
ensemble en trop grand nombre ». (Charlevoix.) Les abords de la place ayant été reconnus, les Espa-
gnols commencèrent le feu, prirent à l’abordage un.
navire qui se trouvait dans le port, et en brülèrent un autre. Après un bombardement qui dura toute la journée, ils sommèrent Châteauguay de se rendre,
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l’informant que s’il attendait que les batteries de terre fussent dressées, il n’y aurait plus de quartier pour personne. Châteauguay demanda jusqu’aulerdemain pour répondre à cette sommation. Il était bien décidé à se défendre, mais ses misérables soldats s’insurgèrent, protestèrent qu'ils ne se battraient pas et l’obligèrent à capituler. Il obtint néanmoins de sortir avec les honneurs de la guerre. Quant aux lâches aventuriers qu'il avait sous ses ordres, presque tous passèrent aux Espagnols etune cinquantaine les accompagnèrent dans d'expédition contre l’île Dauphine, dont leur chef avait ordre de chasser les occupants. Le Moyne de Sérigny s'y trouvait en rade avec une frégate, le Philippe, et lesreconnaissances pour aborder l'ile furent vivement repoussées. Les déserteurs français avaient débarqué pour piller une habitation isolée près de la rivière Mobile; une troupe envoyée par Bienville au secours de son frère les surprit; quinze furent tués sur place et dix-huit faits prisonniers. Déserteurs et voleurs, Bienville les fit tous fusiller. Pendant ce temps, les navires espagnols s'étaient approchés de l’île Dauphine, et leur commandant fit remettre au capitaine du Philippe la sommation suivante :
« Monsieur, je vous envoie mon canot pour vous sommer de vous rendre et de ne faire aucun tort à votre vaisseau, sans quoi je vous traiterai comme des incendiaireset ne ferai quartier à quique cesoit; jen’épargnerai pas même M. de Châteauguay, votre frère, lequel est en ma puissance avec la garnison de Pensacole, la volonté de mon roi étant de traiter avec toute rigueur ceux qui seront pris les armes à la main, au liea que ceux qui se rendront éprouveront toute la douceur possible. »
Ce roi, dont les sujets menaçaient des Français de si cruels traitements, était le petit-fils de Louis XIV.
Méprisant ces tentatives d’intimidation, Sérigny répondit qu'il était prêt àcombattre. Pendant quatorze jours, l’e.nemi essaya vainement d'aborder les
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côtes sablonneuses de l’île ; les volontaires canadiens et les sauvages lui tuèrent dans une seule affaire plus de trente hommes. Le navire le Philippe, appuyé par des batteries de terre, repoussa toutes les attaques, et les Espagnols, lassés de ces échecs successifs, affaiblis par les pertes éprouvées chaque jour, se résignèrent à reprendre le large pour rentrer à Pensacole. Dans la prévision d’un retour offensif des Français, une batterie de quinze pièces y fut établie pour interdire l’entrée du port et un nouveau fort édifié à la pointe de l’île Sainte-Rose ; sept bâtiments de transport armés de huit à quatorze canons s’alignèrent près de terre; tru.s vaisseaux et une frégate, ancrés au milieu du chenal, achevèrent la ligne de défense en couvrant le large de leurs feux.
L'attaque contre l’île Dauphine et le poste de Mobile repoussée, Bienville et Sérigay avaient en effet commencé leurs préparatifs pour prendre ser l'ennemi une éclatante revanche. L'arrivée du comte de Ch: mpmelin, chef d’escadre, à la tête de cinq nawvirt: de guerre et de deux bâtiments de la Compagnie, permit d'entreprendre le siège de Pensacole que Bienville investit par terre avec quatre ou cinq cents sauvages et cent cinquante volontaires canadiens, pendant que Sérigny accompagnait sur le Philippe M. de Champmelin pour le guider le long de la côte et dans la baie.
Le 16 septembre 1719, la flotte française mouillait devant la ville, et le 17, après avoir franchi la barre à l'entrée de la baie, elle y pénétrait vent arrière, recevant les feux de l'ennemi sans y répondre jusqu’à portée de fusil, et criblant alors de boulets le fort de la Pointe, les vaisseaux embossés et les bâtiments de transport. Pendant cette attaque menée avec un admirable entrain, les Canadiens et les sauvages de Bienville tiraient sur la place. Après six heures d’une lutte désespérée, le fort de la Pointe était anéanti, un des vaisseaux ennemis cCoulait, deux autres étaient mis hors de combat. Quant aux transports, ils