‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 73 · RS SC · texte numérisé non relu

RS SC

el - col à 4.4

SAR De US

nr

j À Ni] à D # F

allèrent s’échouer au fond de la baie. M. de Champmelin, voyant les Espagnols réduits à merci et touché d’une si vaillante résistance, invita don Carrascosa à capituler, pour éviter une destruction désormais certaine si la lutte continuait. Le commandant de la flotte espagnole, reconnaissant que toute défense était devenue impossible, se rendit alors, avec la garnison du fort de la Pointe. Pareille sommation fut adressée ensuite au gouverneur de Pensacole que la crainte d’un assaut des sauvages conduits par Bienville détermina à imiter le chef de l’escadre. Plus de douze cents prisonniers furent embarqués sur la flotte, comme leur nombre embarrassait fort M. de Champmelin, il en renvoya six cents à la Havane. Il garda les officiers à son bord comme prisonniers de guerre, mais leur laissa tous leurs effets, et Les traita ainsi que méritaient de l'être de si courageux adversaires. Il avait d’autant plus de mérite à le faire que Bienville avait recu de son frère Châteauguay, prisonnier à la Havane, une lettre l’informant que le gouverneur de cette ville refusait de lui fournir des vivres ainsi qu'aux officiers et matelots qui se trouvaient avec lui, et que ces derniers étaient obligés de charrier de la pierre ou de servir sur les bâtiments espagnols pour ne pas mourir de faim. M. de Champmelin s’en plaignit vivement aux autorités espagnoles, mais n’usa pas de représailles. Quant aux déserteurs français trouvés à Pensacole servant dans les rangs ennemis, les plus coupables furent pendus, et les autres envoyés aux galères. Lessauvages qui avaient accompagné Bienville reçurent de nombreux présents et la flotte, dont les équipages étaient éprouvés par les maladies et le manque de vivres frais, fit voile pour la France. Le Moyne de Sérigny, qui la suivit bientôt, apprit en arrivant à Brest qu'il était nommé capitaine de vaisseau, récompeise Lucordée à sa valeur et aux services rendus par lui dans cette campagne comme dans les précédentes. Son frère Châteauguay devint lieutenant

et commandant du fort Saint-Louis à la Mobile. La paix fut signée le 17 février 1720 avec les Espagnols à qui l'on rendit la place de Pensacole. Parmi les nombreuses tribus que les premiers colons avaient trouvées occupant le sol aux abords du Mississipi, il en était une, celle des Natchez, qui avait longtemps protesté de son dévouement pour les Français. Mais ces sauvages, excités par les Chikasas, alliés des Anglais, qui leur dépeignaient les nouveaux venus comme des voisins dangereux par lesquels ils seraient un jour chassés de leurs territoires, résolurent de les massacrer tous. Un fort avait été bâti au milieu de leurs bourgades par les soins de Bienville, qui surveillait de près ces indigènes remuants et dissimulés; mais il fut rappelé en France en 1726, et

remplacé comme gouverneur par M. Perrier, lieute-

nant de vaisseau, que la révolte des Peaux-Rouges surprit en pleine sécurité.

Le commandant du fort aux Natchez avait été tellement gagné par l’apparente bonne foi de ces sauvages que plusieurs habitants, ayant des soupçons sur ce qui se tramait et lui ayant demandé des armes, il les fit mettre aux fers pour les punir d'une méfiance si injurieuse. Aveuglé par les pertides protestations des chefs, il poussa la confiance jusqu’à les recevoir dans le fort, à Les loger chez les colons et dans sa propre maison. Un jour, trois coups de fusil tirés devant sa porte donnèrent le signal au massacre. Les Natchez, qui avaient achevé toutes leurs dispositions de combat, surprirent les colons etla garnison, égorgèrenten quelques instants deux cents personnes et firent prisonniers une centaine de nègres, quatre-vingts femmes et cent cinquante enfants dont un certain nombre subit d'affreux supplices. Pendant le massacre, le chef des Natchez, assis sous le hangar aux marchandises de la Compagnie, présidait tranquillement à l’exécution du complot si perfidement tramé. On lui apporta la tête du commandant que l’on placa devant lui, puis celles

LE

ons

vait

les sas, >aux

"ésOji au ville, dis- 6, et eute- )Juges

tellevages e qui es fit injuhefs, ANS le

on du a tête celles

des principaux colons qu'il fit ranger autour de la première, et enfin toutes les autres que l’on mit en tas. Le pillage et l'incendie des habitations achevèrent l’œuvre de destruction. Une vingtaine de Francais, la plupart blessés, purent seuls s'enfuir avec quelques nègres.

Lanouvelle de ce massacre remplit la colonie d'épouvante. Des messagers aussitôt envoyés avertirent les habitants des deux rives du Mississipi d'avoir à se tenir sur leurs gardes; en même temps, le gouverneur Perrier hâta les préparatifs d'une expédition contre la tribu coupable. Un secours important lui vint de la nation des Chactas, jalouse des Natchez, dont elle avait déjà projeté l’anéantissement.

Avec l'astuce et la dissimulation propres aux sauvages, les Chactas avaient reçu, pendant les préparatifs de la révolte, des envoyés de leurs voisins et paru faire bon accueil à la proposition de se joindre aux Natchez pour massacrer les Français. Se gardant bien d’avertir ces derniers, ils avaient laissé s’accomplir les premiers meurtres; cela leur permettait de mettre le secours de leurs armes à plus haut prix ; mais lorsqu’un coureur des bois, Lesueur, vint réclamer leur aide, ils s’'empressèrent de rassembler leurs forces, et, sans même attendre les Français, se jetèrent, au nombre de sept cents guerriers, sur les Natchez auxquels ils tuèrent quatre-vingts hommes du premier choc et qu’ils défirent complètement. Les débris de la tribu, poursuivis par les vainqueurs, se réfugièrent dans deux forts entourés de palissades, où les troupes réunies par Perrier vinrent les investir. Mais les deux cents hommes qui les composaient étaient pareils à ceux de la garnison de Pensacole, vagabonds ou bandits affublés de l'uniforme ; leur maladresse égalait leur indisciplire ; après six jours de tranchée ouverte et dix jours de tir à l’aide de sept bouches à feu, pas un pieu des forts n'avait été abattu. Les Chactas, lassés d’une attente qui paraissait devoir se prolonger, se

refusaient à continuer la campagne; le chevalier de Loubois, qui commandait le détachement, dut se résigner à accepter les propositions des Natchez qui offraient de rendre les prisonniers à la condition que les assiégeants se retireraient hors de portée des forts.

Les prisonniers rendus, les assiégés profitèrent de l'obscurité de la nuit et de l'éloignement des troupes pour s'enfuir dans la forêt.

Une nouvelle expédition, dont Perrier prit cette fois le commandement, fut nécessaire pour venir à bout de cette féroce tribu. Cernés et attaqués dans leurs forts, ses principaux guerriers se rendirent au moment de l’assaut, à la condition qu'ils auraient la vie sauve. Ils furent expédiés à Saint-Domingue et vendus comme esclaves. Ceux qui avaient pu s’échapper se réfugièrent chez les Chikasas.

Cette guerre, longue et meurtrière, avait achevé d’épuiser les ressources de la Compagnie ; en 1731, elle offrit de rétrocéder au roi, qui l’accepta, la Louisiane et le pays des Illinois.

Page 1