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cier de la santéet de la vie des infortunés passagers que s'il s'était agi de bestiaux. Le contrat de transport prévoyait le chargement déja monstrueux de deux individus par tonneau de jauge, mais ce chiffre fut dépassé d'accord avec les capitaines des navires, intéressés à recevoir le plus grand nombre possible de prisonniers. Plus de dix mille personnes furent ainsi embarquées brutalement, à coups de crosse, les membres de la même famille arrachés les uns aux autres, malgré leurs plaintes, par des soldats et des équipages qui ne les comprenaient pas et que leur désespoir laissait insensibles s'il ne leur causait pas une féroce satisfaction.
L'opération achevée, les habitations furent mises au pillage et détruites, afin d’obliger ceux des Acadiens qui s'étaient réfugiés dans les bois à se rendre; les granges, les étables, tout disparut dans les flammes. L'Acadie n’était plus qu’un désert, les colons anglais pouvaient venir en prendre possession « dans la paix du Seigneur ».
Les navires qui emportaient ce peuple déporté en masse furent dirigés sur les côtes d'Amérique, depuis Boston jusqu'à la Floride ; mais rien n'y avait été préparé pour les recevoir, et les ports se virent, à l'entrée de l'hiver, encombrés d’une foule de malheureux et de malades, sans ressources ni moyens d'existence. Pour certains, la traversée avait duré jusqu’à deux mois; dès les premiers jours, le scorbut avait éclaté dans cet entassement d'êtres humains confinés pêle-mêle à fond de cale et qu'on ne laissait monter sur le pont que par petites bandes afin de prévenir une révolte. « On aurait pu suivre les navires à la trace des cadavres qui furent jetés à la mer le long de la route, »
Un des bâtiments sombra au large avee son chargement. Sur un autre, les Acadiens, exaspérés pur les mauvais traitements des brutes qui les gardaient, s révoltèrent. Un d’entre eux, du nom de Beaulieu, qui
avait longtemps navigué, demanda au capitaine où il allait être conduit avec les deux cent vingt-quatre autres exilés que portait le vaisseau.
« Dans la première île déserte que je rencontrerai, répondit-il ; c'est tout ce que méritent des chiens de Français et des papistes comme vous. »
Rendu furieux par cette insolente apostrophe, Beaulieu, qui était d'une force peu commune, se jeta sur le capitaine et d’un coup de poing le renversa sur le pont. Les autres captifs se saisirent aussitôt des hommes de garde, les désarmèrent et s'emparèrent du bâtiment que Beaulieu conduisit à la rivière Saint- Jean. Les Acadiens sauvés par lui, n'ayant plus ni famille ni toit pour s’abriter, se transformèrent en corsaires,et pendant toute la guerre coururent sus aux r*vires anglais sur lesquels ils se vengèrent des lons:u°: tortures que leurs geôliers leur avaient fait subir.
Pour ceux qui arrivèrent au terme de leur voyage, deux mille furent débarqués à Boston, trois cents dans le Connecticut, deux cents à New-York, trois cents à Philadelphie, deux mille au Maryland, mille en Virginie, deux mille dans les Carolines, quatre cents en Géorgie.
L'accueil dont ils furent l’objet de la part des habitants de ces colonies a été dépeint par un historien américain :
« Des sept mille proscrits qui furent ainsi dispersés comme les feuilles par les tempêtes de l’automne, depuis le Massachuselts jusqu’à la Géorgie, au milieu d'un peuple qui haïssait leur religion, détestait leur pays, se moquait de leurs coutumes et riait de leur langage, il en resta bien peu pour grossir le nombre des habitants. En descendant sur ces lointains rivages, ces hommes, qui avaient connu l'abondance et la richesse, se virent montrés du doigt et repoussés comme des vagabonds réduits à la mendicité; et ces cœurs brisés, atteints dans toutes leurs affections, ne rencontrèrent que rarement de bons samaritains pour
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panser leurs plaies intérieures et verser l'huile et le vin de la consolation sur leurs poitrines endolories. » (Stevens, History of Georgia.)
En Géorgie, les arrivants furent cantonnés par petits groupes dans divers centres, puis embarqués sur d’informes bateaux qu'on avait daigné leur perretire de MAR À uire QE avec aus ces EL
A Des qinze cents de la Cabotine du Sud, une partie fut renvoyée en France aux frais de la colonie ; d'autres, traversant les vastes solitudes qui les ne raient de la Louisiane, parvinrent au Mississipi et se retrouvèrent enfin sur une terre française. Un autre groupe, d’après un mémoire de M. de la Rochette (Archives des affaires étrangères), réussit à Re l'Acadie ; mais au prix de quelles souffrances et de quels sacrifices !
« Les habitants de la Caroline leur donnèrent deux vieux navires, une petite quantité de mauvaises provisions et la permission d'aller où ils voudraient. Embarqués dans ces vaisseaux qui faisaient eau de toutes parts, ils échouèrent bientôt sur les côtes de Virginie. On les prit d’abord pour des ennemis qui venaient piller; ensuite pour des pirates ; enfin pour des hôtes dangereux dont il fallait se défaire. On les força d'acheter un vaisseau et tout l'argent qu'ils purent rassembler entre eux se montait à quatre cents pièces de huit : ce fut le prix qu’on leur demanda. Ce navire valait encore moins que ceux qu'ils venaient de quitter et ils eurent toutes les difficultés du monde à se faire échouer une seconde fois à la côte du Marvyland. Les débris de leur naufrage furent alors la seule ressource qu'ils eussent à espérer, et ils passèrent deux mois sur une ile déserte à raccommoder ce vaisseau. Hs réussirent à la fin, et après avoir repris la mer pour la troisième fois, ils eurent le bonheur d'aborder à la baie de Fundy où ils débarqaèrent près de la rivière Saint-Jean. »
En Virginie, le refus de recevoir les Acadiens fut absolu. Les navires qui les avaient amenés furent dirigés sur l'Angleterre et leur cargaison humaine dispersée dans divers ports, Liverpool, Bristol, Southampton, Penryn, où la plus grande partie succomba bientôt. “rois cents d’entre eux débarqués à Bristol restèrent trois jours et trois nuits gardés sur les quais, mourant de faim et de froid. On finit par les renfermer dans des magasins en ruines où la petite vérole les décima. Après la guerre, ceux qui avaient survécu obtinrent de passer en France; ils s'établirent dans le Poitou, le Berry et à Belle-Isle-en-Mer, où leurs descendants hai.‘ent encore la paroisse du Palais.
Trois navires chargés de quatre cent cinquante prisonniers, que les maladies, le chagrin et les mauvais traitements avaient épuisés, abordèrenten Pensylvanie. Le gouverneur Morris refusa de les recevoir, plaça sur les bâtiments une garde choisie et ne fournit? ces infortunés quelques provisions qu'à la condition qu’elles seraient payées par la métropole, « le Trésor de I: province n'ayant aucun fonds pour cela ».
Le gouverneur du New-Jersey déclara que si on essayait d'y amener de ces Français neutres, « ou plutôt de ces traîtres et rebelles », 11 devait au peuple confié à ses soins de faire tout son possible pour l'empêcher.
A Long Island, soixante-dix-huit de ces malheureux, à peine débarqués, furent arrêtés, relégués dans divers villages et contraints aux travaux les plus durs. Mais ils n'avaient pas encore épuisé la somme des douleurs humaines; une dernière fibre restait frémissante dans ces cœurs endoloris : plusieurs avaient réussi, à force de courage et de privations, à conserver leurs enfants au milieu de si terribles épreuves. Ordre fut donmé par les autorités de les leur enlever. Cinquante-neuf garçons et quarante-neuf filles furent ainsi arrachés à leurs pères et à leurs mères pour être placés loin d'eux, dans des familles chargées d’en faire de bons et loyaux sujets.
iens ful Ë À Philadelphie, où plus de la moitié des transporfurent 1 tés succombaient bientôt à la maladie et au déses- UuMmenE poir, des fanatiques proposèrent de vendre les survi- 1, Sout- L. vants comme esclaves ! En présence des protestations ccomba indignées des Acadiens, la proposition n'eut pas de Bristol suite, mais la nostalgie et la misère à laquelle ils S quais, à étaient réduits dans ce milieu hostile et malveillant renfer- MN en firent périr un grand nombre. Les autres furent € vérole F dispersés dans les différentes parties de la provincé sur vecu où les habitants devinrent leurs geûliers. nt dans La petite vérole acheva ceux qui étaient restés à où leurs Philadelphie, et le dernier document qui les concerne alais. E est la requête suivante d’un entrepreneur à la Chambre ante pri D d'Assemblée en 1766:
mauvais Ps « Pétition de John Hill, charpentier, exposant qu'il sylvanie. à été employé de temps en temps à fabriquer des ceraça sur cueils pour les Français neutres quisont morts dans là è ces In- ville et ses environs, et que ses comptes ont été réguqu'elles lièrement reconnus et payés par le gouvernement jusor de qu'à ces derniers temps; qu'il est informé par les commissaires qui avaient coutume de le solder qu'ils n’ont e Si on plus de fonds entre leurs mains pour l’acquittement pu plutôt de telles dépenses ; que n’ayant reçu aucun contre- Le confié ordre dépuis le dernier règlement, il a fait seize nouipécher. veaux cercueils. En conséquence, il prie l’Assemblée ee de donner des ordres pour que ces matériaux et son s divers
travail lui soient pavés. »
Quinze ans après, les habilants de Philadeiphie, révoltés à leur tour contre le gouvernement angluis,
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| à force çais qui venaient les secourir; et nos soldats, pasenfants .) sant devant ce cimetière où dormaient les martyrs, donné Æ demandaient curieusement, mais sans obtenir de te-neul 7 réponse, quelles étaient ces tombes que des croix
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Campagne de 1756. — Prise du fort de Chouaguen.
En 1850, un savant historien, professeur à l'École militaire de Saint-Cyr, exposait pour la première fois aux élèves notre histoire nationale. « Lorsque j'en vins, dit-il, au récit de la lutte qui nous a coûté le Canada, l’ardente et sympathique jeunesse qui m'écoutait tressaillit au récit des grandes actions qui avaient honoré le nom français en Amérique. »
L'émotion qui s'empara de cet auditoire d'élite lorsque Dussieux évoqua devant lui cette belle page de nos annales militaires, je la ressens à mon tour en abordant cette dernière partie si passionnañte de l’histoire de la Nouvelle-France. C'est la lutte finale dans des conditions d’inégalité telles, qu'après en avoir parcouru les diverses phases, on reste surpris del’héroïsme déployé par les chefs, de la vigueur des troupes qu'ils commandaient et de l’esprit de sacrifice d’une population que soutenait seul, au milieu des souffrances les plus cruelles, l'amour du vieux pays.
Le premier de ces chefs, celui que des victoires inespérées allaient couvrir de gloire, et qui devait tomber en soldat aux dernières heures de la lutte, c'est Montcalm.
Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint- Véran, né le 28 février 1712 au château de Candiac, sur les bords du Vistre, à trois kilomètres de Vauvert (Gard), descendait d’une ancienne famille du Rouergue, adonnée au culte des armes ; un de ses aïeux mater-
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nels, Gozon, chevalier, puis grand-maitre de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, s’étaitillustré au xiv° siècle en délivrant l’île de Rhodes, disait la légende, d’un dragon qui la dévastait.
Après de fortes études littéraires dont il garda le goût au milieu des camps, où ses lectures favorites étaient les œuvres de Plutarque dans le texte grec et les pages immortelles de notre grand Corneille, le jeune Montcalm était, au mois d'août 1721, nommé enseigne au régiment d'infanterie de Hainaut ; à dixsept ans il était capitaine et faisait ses premières armes sous les ordres du maréchal de Berwick. La guerre de la succession d'Autriche le conduisit en Bohême, où 1l se lia avec le héros de Prague, Chevert, qui l’honora d’une constante amitié. Promu en 1743 colonel du régiment d’Auxerrois-infanterie, il était nommé la même année chevalier de Saint-Louis. Le 13 juin 1746, à la bataille de Plaisance, il déploya le plus grand courage, et resta, dans une dernière charge, sur le terrain.
« Nous avons eu hier, écrivait-il alors à sa mère, une affaire des plus fâcheuses. Il y a nombre d’ofticiers généraux et colonels tués ou blessés. Je suis des derniers avec cinq coups de sabre. Heureusement aucun n’est dangereux, à ce que l’on m'assure, et je le juge par les forces qui me restent, quoique j'aie perdu de mon sang en abondance, ayant eu une artère coupée. »
Son régiment, qu'il avait deux fois rallié, avait été anéanti.
L'année suivante, au sanglant combat du col d’'Exiles, dans les Alpes, servant sous les ordres du chevalier de Belle-Isle qui s’y fit tuer avec quatre mille hommes de son armée, Montcalm, devenu brigadier, chargeait avec sa fougue entraînante à la tête des troupes lorsqu'il fut attein! de plusieurs coups de feu et emporté hors du champ de bataille,
En 1734, il avait épousé, entre deux campagnes, la petite-nièce de l’intendant Talon, qui avait contribué
si largement au développement de la Nouvelle-France. Quatre filles et deux fils naquirent de ce mariage. En 1748, après La paix d’Aix-la-Chapelle, nommé maître de camp, Montcalm séjourna souvent au vieux château de Candiac, se consacrant à l'éducation de ses enfants, relisant ses auteurs favoris, se passionnant toujours pour les choses de l’armée, et approfondissant toutes Les questions militaires. Mais cela ne suffisait pas à son activité ; en 1750 il siégeait aux États du Languedoc ; en 1755 il faisait partie, comme seigneur de Gabriac, des États du Gévaudan. D'une ardeur infatigable, d'une vivacité d'esprit merveilleuse, Montcalm, en 1755, n'avait pas encore, malgré ses brillants services, la réputation dont il était digne. Au mois de novembre de cette année, se trouvant à Paris, il alla voir le ministre de la guerre, d’Argenson, et s’entretint avec lui des nouvelles reçues du Canada où la défaite du baron Dieskau pouvait entrainer des conséquences désastreuses. La netteté de vues, l'élévation d'idées et l’entrain du jeune maître de camp charmèrent le ministre. Deux mois après, ayant à désigner le général qui allait être chargé du commandement des troupes à Québec, 1l écrivait à Montcalm:
« Versailles, 25 janvier 1756, minuit. Peut-être ne vous attendiez-vous plus, Monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la conversation que j'ai eue avec vous le jour que vous m'êtes venu dire adieu à Paris. Je n'ai cependant pas perdu un instant de vue, depuis ce temps-là, l'ouverture que je vous ai faite alors, et c'est avec le plus grand plaisir que je vous en annonce le succès. Le roi a déterminé sur vous son choix pour vous charger du commandement de ses troupes dans l'Amérique septentrionale, et il vous honorera à votre départ du grade de maréchal de camp. »
Montcalm était invité en même temps à se rendre « sans perdre un instant » à Versailles, pour les préparatifs de l'expédition. Il fit aussitôt ses adisux à sa vieille mère, la marquise de Saint-Véran, à sa femme
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et à ses enfants qu'il espérail revoir un jour couvert de gloire et digne d’être comparé à ces héros de l’antiquité, dont il faisait revivre Les vertus. La mort, hôte trop fidèle, devait anéantir cette illusion.
Avec lui et comme lieutenants, Montcalm emmenait au Canada le chevalier de Lévis, le colonel de Bourlamaque, et un aide de camp, capitaine de dragons, Bougainville.
Le chevalier de Levis, depuis duc et maréchal de France, était alors brigadier ; ses rapports avec Montcalm furent toujours ceux d’un officier dévoué à son chef et disposé à lui assurer le concours le plus entier pour la réussite de ses projets. Dès 1756, Montcalm, écrivant au ministre, disait de lui:
« M. le chevalier de Lévis a fort bien pris avec les troupes. Il a un ton très militaire et la routine du commandement. Il n’est pas étonné, il sait prendre un parti, être ferme et s’écarter des ordres donnés de soixante lieues quand il les croit contraires au bien par des circonstances qu'un général éloigné n’a pu pré- VOIr. »
L'entente entre ces deux hommes était complète; le même sentiment du devoir, la même passion des armes les animaient. Aussi, de son côté, le chevalier de Lévis disait-il au ministre dans sa correspondance :
«Je ne sais si M. le marquis de Montcalm est content de moi: ce qu'il y a de certain, c’est que je le suis beaucoup de lui. Je serai toujours charmé de servir. sous ses ordres. Ce n’est pas à moi à vous parler de son mérite ni de ses talents, vous les connaissez mieux que moi ; mais je puis avoir l’honneur de vous assurer qu'il a généralement plu dans cette colonie, et qu'il traite très bien avec les sauvages. Il a aussi établi la discipline parmi nos troupes. »
M. de Bourlamaque, colonel d'infanterie et ingénieur distingué, qui devait « gagner furieusement » dans l'esprit de tout le monde pendant la campagne de 1757, apportait dans l’accomplissement des 1issions qui lui
étaient confiées un caractère parfois trop minutieux, mais en même temps une grande fermeté et un courage à toute épreuve.
La carrière de Bougainville est trop connue pour y insister ici ; ce capitaine de dragons, alors àgé de vingt-sept ans, avait été d’abord avocat au Parlement de Paris ; il était devenu ensuite un mathématicien que ses travaux devaient faire entrer à l’Académie des sciences, et ses voyages comme navigateur l’ont rendu immortel. Montcalm disait un jour de lui: « Du talent, la tête et le cœur chauds: cela mürira. »
Très observateur, infatigable au travail, d’une froide intrépidité au milieu des plus graves dangers, le jeune aide de camp devait rendre à son chef des services que celui-ci savait apprécier, et lorsqu'il lui fallut, à la veille de succomber, adresser au gouvernement qui l’abandonnait un suprême appel, ce fut à Bougainville qu’il confia cette mission.
Et quelles forces le monarque, qui le chargeait de la défense du Canada contre les colonies anglaises appuyées par les troupes de la mélropole, mettait-il à la disposition du général? Trois mille huit cents hommes. Tel était l'effectif qu'avec ce qu’il amenait de France Montcalm allait avoir sous la main au début des opérations. L’annéesuivante, quinze centshommes, le dernier secours envoyé, arriveraient de France. Royal-Roussillon, Languedoc, la Reine, Artois, Guyenne, la Sarre, Béarn et Berry, tels sont les noms des régiments dont les cinq mille trois cents soldats, mal nourris, sans souliers, sans solde, n’ayant le plus souvent de munitions que celles enlevées à l'ennemi, devaient être, en quatre ans, réduits à deux mille deux cents, après une série de combats et d’exploits qu'une ingrate patrie à trop oubliés.
Deux mille hommes des troupes de la marine, les contingents des milices canadiennes et les sauvages alliés portaient l’ensemble des forces françaises à quinze ou seize mille hommes chargés de défendre un pays
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France opéradernier oussilh Sarre, ts dont is, Sans e muniêtre, en jrès une atrie à
ine, les auvages à quinze un pays
plusieurs fois grand comme la mère patrie, et menacé par soixante mille ennemis. « Étonnantes campagnes dont aucune guerre d'Europe ne donne l’idée: pour théâtre des lacs, des fleuves, des forêts sans limites succédant à d'autres lacs, à d'autres forûts, à d'autres fleuves. Pour armée des troupes étranges : le highlander écossais et le grenadier de France qui porte la queue et l’habit blane, combattent près de l’Iroquois et du Huron à la plume d’aigle. Tantôt la hache à la main, le fusil en bandoulière, les soldats de ces armées cheminent sous bois, tantôt ils portent à bras, au delà des rapides écumants, les bateaux où ils se rembarquent ; l'hiver, les raquettes aux pieds, la peau d'ours au dos, ils suivent sur la neige les traineaux de campagne attelés de grands chiens. Guerre remplie de surprises, de massacres, de combats corps à corps, dans laquelle les décharges de l'artillerie et le roulement des tambours répondent aux hurlements des Peaux-Rouges et au fracas des cataractes. » (De Bonnechose.)
Le chevalier de Lévis signalait au comte d’Argenson, ministre de la guerre, ces conditions particulières de la lutte engagée lorsqu'il lui écrivait du fort de Carillon le 17 juillet 1756 :
« Toutes les entreprises sont dans ce pays très difficiles ; on en doit presque toujours le succès au hasard. Toutes les positions qu’on peut prendre sont critiques; les attaques et les retraites sont difficiles à faire; on ne voyage que dansles bois, ou par les rivières ; il faut user des plus grandes précautions et avoir la plus grande patience avec les sauvages qui ne font que leur volonté, à laquelle dans bien des circonstances il faut céder. »
Du côté des Anglais, les préparatifs pour la campagne de 1756 étaient formidables. Rier ne fut changé au plan d’invasion de l’année précéder mais le cabinet de Londres, sous le coup de la hont, aise défaite du général Braddock, envoya tous les secours qui lui
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