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d’hui si pénible, si contradictoire avec ma position, domine tous les autres et vient me poursuivre ici plus que jamais. Ce pavillon anglais sous lequel je navigue, sur des lacs où a si longtemps flotté le pavillon français; ces forts, ces canons enlevés à notre puissance, ce témoignage perpétuellement sous mes yeux de notre ancienne faiblesse et de nos adversités, me gênent, m'accablent et me donnent un excès d’embarras, de nonte, que je ne puis trop bien démêler et moins encore définir. Les succès que lord Howe a eus l’année dernière, dont les Anglais parlent d'autant plus librerent üevant nous qu'ils croient notre cause attachée à la cuir cette avidité d'annoncer de nouvelles défaites des Français, d'y croire, et d’oser nous en complimente:r, en nous assurant que nous rentrerons dans nos propriétés par les efforts britanniques ; tous ces sujets habituels d’une conversation dans laquelle l’intention de mes hôtes semble toujours bonne, ont quelque chose d'autant plus pénible qu’il faut cacher sa pensée dans le silence, qu’en la disant on passerait pour un sot aux yeux du très petit nombre par qui on ne serait pas jugé un Jacobin, un Robespierre. Et cependant il est en moi, il est profondément en moi de préférer garder toute ma vie monétat de banni, de pauvre diable, à me voir rappeler dans mon pays et dans mes biens par l'influence des puissances étrangères et par
l’orgueil anglais. Je n’entends pas parler d’une défaite.
des troupes françaises sans une grande peine, de leurs succès sans un sentiment d'amour-propre satisfait que je ne cherche pas toujours assez à cacher. »
Le gouverneur anglais avait raison de ne paslaisser pénétrer au milieu des Canadiens français cet exilé qui portait si vivace au fond du cœur le culte de la patrie, car ils avaient conservé le même sentiment, et les agissements dont ils étaient l’objet de la part de leurs nouveaux maîtres n'étaient pas pour le faire disparaître,
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sujet des concessions de terre, de la tentative de création d'une « Institution royale » destinée à anglifier le pays en imposant l’enseignement de la langue anglaise, de la question des taxes qui passionna particulièrement les esprits. Le Mercury, journal anglais fondé en 1805 pour soutenir les intérêts des marchands anglo-saxons contre la population canadienne, résuma très nettement les tendances des immigrants et le but qu'ils poursuivaient :
« Cette province est trop française pour une colonie britannique. Que nous soyons en guerre ou en paix, il est essentiel de faire tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l'accroissement des Français et de leur influence. Après une possession de quarante-sept ans, il est juste que la province devienne enfin anglaise. »
Les habitants répondirent à ce manifeste par la création, au mois de novembre 1806, d’un autre journal intitulé Le Canadien, dont l'apparition était justifiée en ces termes dans le prospectus qui l’annoncait:
« Il y a déjà longtemps que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement regrettent que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution, la liberté de la presse, demeure si longtemps caché. Ce droit qu'a le peuple anglais d’exprimer librement ses sentiments sur tous les actes publics de son gouvernement est ce qui en fait le principal ressort.
« C'est cette liberté qui rend la constitution anglaise si propre à faire le bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Le despote ne connaît le peuple que par le portrait que lui en font les courtisans, il n’a d’autres conseillers qu'eux. Sous la constitution anglaise, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la presse, et, par l'expression libre de ses
sentiments, toute la nation devient pour ainsi dire le
conseiller privé du gouvernement. »
Le journal, traduisant fidèlement les aspirations des
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Canadiens, prit fièrement pour devise : « Nos institutions, notre langue et nos lois. »
Au mois d'octobre 1807, un nouveau gouverneur, sir James Craig, arriva d'Angleterre.
C'était un ancien officier, d’une santé débile, d’un esprit fantasque et borné, aigri par la maladie, « qui déploya un grand étalage militaire et parla au peuple comme à des recrues soumises au fouet ». (Garneau.) Ses préjugés contre les Canadiens et ses terreurs d’une révolte en faveur de la France, que sa patriecombattait alors à outrance, le livrèrent aux pires ennemis des habitants ct lui inspirèrent les mesures les plus arbitraires : Dissolution de la Chambre élue, dont les discussions lui paraissaient révolutionnaires (1) ; saisie des presses du Canadien ; arrestation de l’imprimeur, de députés, de notables dont les tendances étaient suspectes, tout fut employé pour répandre la terreur et briser la résistance légale des Canadiens français. Mais l’horizon redevenait menaçant dans les provinces voisines : les Etats-Unis, à propos des droits des neutres ouvertement violés par l’Angleterre dans sa lutte acharnée contre Napoléon, allaient bientôt recommencer la guerre une première fois soutenue pour leur indépendance.
Le gouvernement de la métropole se résigna, pour éviter une révolte et la perte certaine du Canada, à sanctionner le bill interdisant l'élection des juges à la Chambre d'assemblée et à remplacer Craig, dont la violence et l'incapacité avaient fait un objet d’exécration, par un homme d’un caractère absolument différent, dont la bienveillance, le bon sens et l’impartialité pouvaient seuls ramener le calme dans les esprits.
Les premiers actes de sir Georges Prévost lui
(1) Elle osait parler des influences pernicieuses qui entouraient le pouvoir, de la nécessité d’un ministère responsable, de l'interdiction aux juges des fonctions de députés. Le quart de la Chambre était, grâce à cet abus, composé de fonctionnaires à la discrétion du gouverneur.
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gagnèrent la sympathie des Canadiens français. Des postes de juges, de fonctionnaires, de commandants de milices leur furentconfiés ; la reconnaissance légale du catholicisme apaisa le clergé ; les mesures conciliantes du gouverneur au regard des habitants et l’accueil qu’il leur fit lui assurèrent bientôt leur fidélité. Le choix de l’homme avait été opportun; ses actes valurent à l'Angleterre le concours des Canadiens dans la nouvelle campagne qui allait s'engager contre les États-Unis.
Grâce à eux, les tentatives d’invasion renouvelées à plusieurs reprises par les milices des États furent repoussées, malgré les défaites des Anglais sur les lacs, où leurs flottes succombèrent sous les coups de leurs adversaires.
La principale armée envoyée pour attaquer Montréal et Québec était forte de sept mille hommes et commandée par le général Hampton. Elle fut arrêtée dans sa marche et finalement repoussée par un petit corps de trois cents Canadiens, qui renouvelèrent ainsi un de ces merveilleux faits d'armes dont leurs pères étaient coutumiers. Le colonel Salaberry, qui les commandait, s'était retranché sur les bords de la rivière Châteauguay dans une excellente position, au milieu de bois et de fourrés épais, sa droite appuyée à la rivière, son centre et sa gauche protégés par des abatis et des marécages. Le 26 octobre 1813, Hampton, marchant par cette vallée, se heurta aux abatis, der-
rière lesquels les Canadiens accueillirent ses troupes
par un feu soutenu qui fit de nombreuses victimes. Vainement, concentrant ses forces, il reporta ses assauts sur une aile puis sur l’autre ; tous ses efforts ne parvinrent pas à déloger ses adversaires de leurs positions, et ses soldats, harassés, surpris par une attaque de flanc au milieu des bois qu'ils croyaient remplis d’ennemis, finirent par battre en retraite après quatre heures de lutte, Vivement poursuivis, ils s’enfuirent en complète déroute. La victoire de Châteauguay eut