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Mille fois à ses yeux la mort, Par son image,
Lui fait regretter son sort Dans le voyage.
ou les couplets gracieux de la chanson des voyageurs: «A la claire fontaine. »
Mais ces Français si gais et si amoureux desaventures, vivant avec les Indiens, se créant des familles dans leurs tribus, avaient conservé au cœur une profonde aversion pour la race qui avait pris leur pays, et dans les territoires du Nord-Ouest, où les agents des deux Compagnies opéraient, des rencontres parfois se produisaient, sanglantes et entraînant mort d'hommes. Le 19 juin 1816, notamment, au combat des Sept Chênes, le gouverneur Semple, de la Compagnie de la baie d'Hudson, fut tué avec une dizaine de ses engagés par une troupe de Métis ou Bois-Brüûlés francais de la Compagnie du Nord-Ouest. Un des acteurs de ce drame, Pierre Falcon, le chansonnier populaire des Métis français, composa le soir même, sur le combat qui venait d’avoir lieu, des couplets pleins d’une verve naïve qui eurent bientôt une grande vogue parmi les coureurs des bois et sous les chaumes de la rivière Rouge où ils sont encore chantés par les descendants de ces intrépides aventuriers :
Voulez-vous écouter chanter
Une chanson de vérité?
Le dix-neuf juin, la bande des Bois-Brülés Sont arrivés comme de braves guerriers.
En arrivant à la grenouillère,
Nous avons fait trois prisonniers ;
Trois prisonniers des Orcanis.
Qui sont ici pour piller notre pays.
Étant sur le point de débarquer,
Deux de nos gens se sont écriés,
Deux de nos gens se sont écriés :
Voilà l'Anglais qui vient nous attaquer.
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Tout aussitôt nous avons déviré, Nous avons été les rencontrer.
J'avons cerné la bande des grenadiers,.
Ils sont immobiles, ils sont démontés!
J'avons agi comme des gens d'honneur, J'avons envoyé un ambassadeur :
« Le gouverneur, voulez-vous arrêter
Un petit moment, nous voulons vous parler? »
Le gouverneur qui est enragé
Il dit à ses soldats : « Tirez! »
Le premier coup c'est l'Anglais qu'a tiré.
L'ambassadeur ils ont manqué tuer.
Le gouverneur qui se croit empereur Il veut agir avec rigueur ;
Le gouverneur qui se croit empereur
A son malheur, agit trop de rigueur.
Ayant vu passer tous ces Bois-Brûlés, Il à parti pour les épouvanter ;
Étant parti pour les épouvanter,
Il s'est trompé, il s'est bien fait tuer.
Il s'est bien fait tuer
Quantité de ses grenadiers; J'avons tué presque toute son armée,
Quatre ou cinq se sont sauvés,
Si vous aviez vu tous ces Anglais,
Tous ces Bois-Brûlés après, De butte en butte les Anglais culbutaient Les Bois-Brûlés jetaient des cris de jouaie.
Qui en a composé la chanson ?
C'est Pierre Falcon, le bon garcon.
Elle a été faite et composée Sur la victoire que nous avons gagnée (1).
Cet état d’antagonisme et de lutte ouverte cessa en 1821 par la fusion des deux sociétés :ivales, et dès
(1) Le texte de cette chanson a été publié par M 1863, dans ses « Chansons populaires et historiqi M. J. Tassé, dans son consciencieux ouvrage : « Les de l'Ouest ».
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lors la Compagnie de la baie d'Hudson put exploiter sans concurrence tout le Nord-Ouest sur lequel elle prétendait avoir droit de souveraineté. Elle devenait ainsi la plus puissante des associations commerciales ; mais de son domaine, comprenant près du quart du continent américain, de 13 baie d'Hudson jusqu’au Pacifique, elle s'efforça toujours d’écarter la colonisation, le réservant strictement pour la chasse des animaux à fourrure. Elle interdisait à ses agents de révéler la fertilité des plaines s'étendant de la rivière Rouge aux montagnes Rocheuses, en même temps qu'elle apportait une âpreté farouche à la recherche et à la conservation pour son commerce de ces fourrures qui faisaient sa fortune.
Il n'était permis dans ses domaines d'acheter et de vendre des pelleteries qu’à ses agents qui seuls fixaient le prix des peaux. Les sauvages qui en livraient aux Métis étaient emprisonnés; la Compagnie leur refusait les vivres et les munitions sans lesquels ils étaient exposés à périr ; elle leur interdisait ainsi qu'à son personnel l'usage de ces fourrures si nécessaires cependant pour se garantir du froid dans ces régions ‘glacées. « Quelqu'un osait-il porter sur la tête un morceau de peau quelconque, il attentait aux droits de cette puissante association; le réfractaire était aussitôt désigné aux autorités, et si un agent le rencontrait par hasard, il le décoiffait en plein chemin, sans autre formalité.
« De plus, les Métis étaient obligés d'acheter tous leurs effets à la Compagnie ; ceux que l’on soupçonnait de faire le commerce de fourrures payaient plus cher que les autres. La Compagnie alla jusqu’à décréter en 184% que les lettres des colons, destinées à l'étranger, devaient être déposées non cachetées dans ses bureaux. » (J. Tassé.)
Les nombreux coureurs des bois employés par la Société, établis au milieu des tribus indiennes, y avaient contracté des mariages et leurs descendants
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avaient peu à peu formé toute une population métisse partie d'origine française, partie d'origine écossaise ou anglaise, qui s'était établie aux abords de la rivière Rouge et avait imposé dès 1850, par son attitude énergique, laliberté du commerce à la puissante Compagnie de la baie d'Hudson. En 1869, cette colonie métisse comptait onze mille habitants de sang mêlé, la plupart d'origine française. Ils vivaient du produit de leurs chasses et de la culture du sol sur lequel ils avaient construit leurs rustiques habitations.
Lorsque l’Union fédérale fut créée, une clause lui réserva l'adjonction de nouvelles provinces, et le gouvernement canadien se fit autoriser par le métropole à acheter à la Compagnie de la baie d'Hudson tous les territoires du Nord-Ouest. «Il fut constaté alors par l'agent même de la Puissance, chargé officiellement de la renseigner sur la valeur et l'étendue des régions à acquérir en même temps que de vérifier les titres de la Société, que cette Compagnie n'avait aucun droit de propriété, par sa charte, sur ces contrées, dont la plus grande partie appartenait aux sauvages qui les habitaient à titre de propriétaires depuis un temps immémorial, et que tout ce qu'ils avaient cédé par des traités à la Compagnie n’était qu'un privilège de chasse et de pêche sur cesterres et rivières. » (Ouimet.)
Les sauvages et les Métis, leurs descendants, avaient donc des droits indiscutables et imprescriptibles à la possession de ces territoires.
Sans en tenir compte, le gouvernement canadien traitait en 1869 avec la Compagnie dela baie d'Hudson et celle-ci lui cédait les contrées qu’elle prétendait lui appartenir pour la somme de sept millions cinq cent mille francs, se réservant tous ses forts et postes de commerce, ainsi qu'une étendue considérable de terrain dans leurs environs. Elle ajoutait en outre au traité une clause qui de sa part était une véritable reconnaissance des droits des propriétaires du sol, car elle disait « que le titre des sauvages serait éteint et réglé
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par l’acheteur ». Les territoires du Nord-Ouest acquis de la Compagnie, la Puissance fédérale y créa une nouvelle province, celle du Manitoba, et des territoires destinés à devenir provinces à leur tour lorsque Île chiffre de la population leur donnerait droit à une représentation dans le Parlement d'Ottawa.
Les limites de la province du Manitoba furent tracées dans les bureaux de l'administration fédérale, la constitution décrétée et le personnel chargé de la mettre à exécution désigné avant que les habitants du pays, Métis français, écossais et anglais, qui n'avaient été ni consultés ni pressentis, eussent même connaissance du sort qu'on leur préparait.
A,la nouvelle qu'on avait disposé d'eux comme d'un vil bétail, ces libres habitants des prairies furent indignés, et lorsqu’en octobre 1869 le nouveau gouverneur, Guillaume Mac Dougall, dont l'hostilité à l'égard des Français était bien connue, arriva, pour prendre possession du pays, sur les bords de la rivière Sale, à quatre-vingts kilomètres dela frontière américaine, il se trouva en présence d'une troupe de quatre cents Métis armés qui lui intimèrent l'ordre de rebrousser chemin. Lorsqu'il demanda au nom de qui cet ordre était donné, il lui fut répondu : « Au nom du gouvernement provisoire. »
Les Métis, en effet, informés qu’un Anglais, d’une malveillance notoire, venait chez eux prendre la direction des affaires et mettre à exécution le traité d'achat de leur pays, s'étaient réunis et avaient constitué un gouvernement qui arbora le drapeau blanc aux fleurs de lis, avec la harpe d'Irlande, et interdit l'entrée de son territoire à l’intrus Mac Dougall (1). Celui-ci, venu péniblement par la voie de
(1) La lettre remise à ce dernier était ainsi conçue :
« Datée à Saint-Norbert, rivière Rouge.
« Ce 21e jour d'octobre 1869.
« Monsieur, « Le Comité national des Métis de la rivière Rouge intime à
st Lo Li Chicago etdeslacs, dut rester tout l'hiver à la frontière, crea une dans une baraque en bois qu'il y fitélever pour se mettre erritoires à l'abri du froid, ets’en retourner ensuite à Ottawa. On Drsque le l'appela dérisoirement « Guillaume le Morfondu ». il à une L'âme de la résistance de la population des bords
de la riviere Rouge était un Métis français, Louis ba furent Riel, dont le père avait déjà dirigé en 1850 le mouvefédérale, ment contre la Compagnie de la baie d'Hudson et rgé de la obtenu d'elle la liberté du commerce et la reconnaisitants du sance des droits des Métis à la propriété des terres n'avaient qu'ils cultivaient. Son fils, d'une intelligence pré- > CONNAIS- coce, fut remarqué par l’évêque missionnaire de Saint-
Boniface, Mgr Taché, qui le fit entrer au séminaire x comme de Montréal, où il termina ses études. [Il revint
ies furent | au Manitoba au moment où ses concitoyens, menacés
au gOUVEr" de dépossession par les arpenteurs envoyés d'Ottawa, ë à l'égard commençaient à s'organiser pour résister à ces envar prendre hisseurs. Doué d’une certaine éloquence et d’une re Sale, à grande énergie, Louis Riel prit bientôt sur les Métis ricaine, il une influence considérable et se trouva tout désigné e quaire pour faire partie du gouvernement provisoire dont il ordre de devint ensuite le chef en remplacement du Métis om de qui écossais John Bruce, qui résigna ses fonctions. Il « Au nom occupa d’abord le fort Garry (1), qui devint le siège
du gouvernement, et publia une « Déclaration de ais, d'une droits » dans laquelle il revendiquait pour les habihab n tants de la rivière Rouge la propriété de leurs terres 1 le trai
t avaient M. William Mac Dougall l'ordre de ne pas entrer sur le terrib drapeau toire du Nord-Ouest sans une permission spéciale. rlande. et « Par ordre du président John Bruce, trus Mac « Louis Riez, secrétaire.
la voie de « À M. Mac Dougall. »
: (4) Ce fort, situé sur la rive gauche de la rivière Assiniboine, ige. près de l'endroit où elle se déverse dans la rivière Rouge, était S69. un carré de murs en pierres, flanqués de tours à chaque angle.
Il contenait à l'intérieur plusieurs bâtiments en bois, maisou du gouverneur, prison et magasins où la Compagnie de la baie ge intime à d'Hudson renfermait ses fourrures et ses approvisionnements.
et refusait de reconnaître l'autorité de la Puissance du Canada « qui prétendait injustement commander aux Métis et leur imposer une forme de gouvernement despotique ».
Les colons anglais, déjà nombreux dans ce territoire, essayèrent d'organiser une résistance au pouvoir qui venait de se constituer, et leur tentative aboutit à une première échauffourée qui se termina par la prise de leur chef, le D' Schultz, et l'arrestation de ses partisans.
Au Canada, la nouvelle de ces divers incidents produisit une vive émotion, et Mac Dougall fut blämé par le ministère qui nomma des commissaires pour entrer en négociations avec le nouveau gouvernement dont Riel était le chef reconnu. A fort Garry, d'autre part, les habitants du pays, réunis en assemblée plénière, députèrent trois des leurs pour présenter à Otlawa leurs revendications et demander, comme le leur promettaient les représentants du Canada, que tous leurs droits fussent respectés.
Les négociations suivaient leur cours et paraissaient devoir aboutir à l’admission des justes revendications des Métis, lorsque Schultz, évadé de la prison où il était détenu, tenta par un second coup de main de renverser le gouvernement auquel l’assemblée populaire venait de donner une nouvelle adhésion. Réunissant, à quelques kilomètres du fort Garry, six cents Anglais et deux cents sauvages, il les incita à engager contre les Français une guerre à outrance, et marcha sur le fort. Son avant-garde, rencontrée par une trentaine de cavaliers métis et attaquée vigoureusement, fut dispersée ; le reste se débanda. Schultz s'enfuit comme les autres et réussit à passer aux États-Unis.
Parmi les prisonniers amenés au fort se trouvait un nommé Thomas Scott, arpenteur, originaire de la province d’Ontario. C'était un individu mal famé, d’un caractère violent, déjà connu par le meurtre d’un Métis français. Forçant un jour les portes de sa
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prison, il frappa les hommes de garde. Menacé d'être déféré à un conseil de guerre, il réussit de nouveau à sortir et se livra à des voies de fait sur ses gardiens. Traduit alors devant une cour martiale composée de sept chefs métis, il fut condamné à mort et exécuté. Riel ne faisait pas partie de ce tribunal militaire ; mais dans la province d’Ontario, où cette exécution produisit une véritable explosion de fureur, sa tête fut mise à prix, ainsi que celle de ses prétendus complices.
Pendant ce temps, le gouvernement d'Ottawa, inquiet de la tournure que prenaient les événements, avait invité Mgr Taché, dont il connaissait l'influence sur les Métis, à revenir de Rome, où il assistait à un concile, et l'avait chargé de faire savoir aux habitants des bords de la rivière Rouge que leurs conditions étaient acceptées, que leur district était érigé en province sous le nom de Manitoba, qu'un gouverneur, des ministres responsables et deux Chambres y assureraient le régime parlementaire, et que les langues française et anglaise seraient de droit employées dans les Chambres et les tribunaux. Quant à l’amnistie, elle serait accordée à tous, à l’exception de Riel qui était exilé pour cinq ans. Grâce à l'intervention de l’évêque de Saint-Boniface et à ses sages conseils, le colonel Wolseley, chargé de rétablir l’ordre dans cette région, put arriver sans lutte au fort Garry et la nouvelle constitution être appliquée ensuite sans secousses. Riel, échappant aux recherches dont il était l’objet. avaitegagné les États-Unis. Son intervention avait amené, en définitive, la reconnaissance complète des droits de ses concitoyens, qui, lors des élections au Parlement canadien, le nommèrent député du comté de Provencher. Ne voulant pas être une cause de nouveaux désordres, il résigna son mandi! et désigna lui-même à ses électeurs, pour le remplacer, le ministre fédéral de la milice, sir George Cartier, que la ville de Montréal n'avait pas réélu. Il fit plus : l(isque, l’année suivante, les Irlandais fénians des
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