‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 58 sur 73 · LA MAISON DE L'HABITANT · texte numérisé non relu

LA MAISON DE L'HABITANT

En quelque endroit du Canada que l'on soit, la demeure de l’habitant appartenant à la classe moyenne, c'est-à-dire à la plus nombreuse, ne diffère guère d'aspect. C'est toujours la même maison basse en bois, blanchie à la chaux, aux {| volets verts ou rouges, et au toit recouvert de minces lattes | appelées bardeaux. Le rez-de-chaussée se compose d’un seul et vaste appartement carré, servant à la fois de chambre à coucher, de cuisine et de salle de réception. Aux murs, quelques images d'Épinal, grossièrement enluminées, et représentant le Sauveur, la Vierge et les Saints. Au centre un énorme poêle, vieux modèle, entouré de monceaux de bois de chauffage ; puis, à côté, près d’une fenêtre, une grande table de bois brut. Dans un coin, le lit de famille, d’une hauteur telle que l'on ne s'y peut coucher qu’en exécutant de véritables sauts d’acrobate. Tout près, des couchettes, des berceaux pour les petits, habituellement nombreux chez le cultivateur canadien, quelques familles s’élevant jusqu’à dix-huit, vingt, et quelquefois même jusqu'à vingt-cinq enfants. Dans un autre coin, des rayons peints de couleurs vives, pour la vaisselle et les ustensiles de cuisine. Aux poutres enfumées du plafond, un vieux fusil à pierre, avec la corne à poudre et le moule à balles. C’est là le vieux fusil français, héritage précieux que l'on tient des ancêtres, dont on ne se dessaisirait pas pour une fortune, et qui rendit jadis plus d’un service signalé dans les excursions de chasse d’antan aussi bien que dans les escarmouches avec l'Anglais et l'Indien. N’allons pas oublier le rouet de l’aïeule, et, chez les plus aisés, le métier à tisser les vêtements du ménage. Des escabeaux, quelques chaises cannelées, deux ou trois berceuses, et un grand coffre servant à la fois de siège d'honneur et de garde-robe complètent ce mobilier rustique.

Sylva CLapin.

(La France transatlantique.)

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