‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 73 · PIN · texte numérisé non relu

PIN

Ltlantique.)

ait à l’occille il allait

bientôt disparaitre. Éclairé vivement, le sommet du cap Tourmente se découpait ainsi qu'un immense diadème aux dentelures d’un or ardent comme celui de la Guinée, pendant que la base du cap reposait à demi effacée dans l'ombre. On aurait dit le grand génie du fleuve, agenouillé sur les bords de son empire, et la tête perdue dans les nuages roses du couchant. Sur le parcours de six lieues qui sépare en cet endroit les deux rives, une immense trainée de flamme embrasait le fleuve dont les eaux paraissaient bouillonner sous ce brûlant contact. A l'horizon, au-dessus du soleil et des montagnes, de grands nuages rouges frangés de brillantes teintes cuivrées se déployaient dans l’espace comme de longs drapeaux de pourpre et d’or dont les reflets coloraient en rose la tête des monts et le dos rugueux des îles que l’on aurait cru voir flotter au milieu du Saint-Laurent. Ainsi éclairés, ces ilots semblaient être de gigantesques cétacés rougeâtres qui seraient surgis brusgsement des eaux pour contempler ce merveilleux spectacle du roi de la nature se couchant au milieu de sa cour et environné des splendeurs de sa gloire. A la fin du jour ainsi qu’à l'aurore, la nature entière tressaille d’une telle exubérance de vie que les objets même inanimés nous semblent s'agiter comme pour saluer l’astre puissant chargé par Dieu de féconder la terre.

Déjà, cependant, le soleil descend et disparait en arrière des montagnes qui, peu à peu, se sont assombries. Seuls les nuages rouges et dorés qui drapent l'horizon reçoivent encore, grâce à leur élévation, le reflet des rayons du soleil et ont conservé leurs brillantes couleurs. Mais à mesure que l'astre s'enfonce dans les régions alors inconnues du Nord-Ouest, les nues ainsi éclairées passent par gradation du rouge pourpre au rose, du rose pâle au jaune clair, et leurs derniers lambeaux d’un blanc lumineux vont s'éteindre à côté de la première étoile dont la faible lumière s'allume au fond du firmament dans l’ombre de la nuit tombante.

Joseph MARMETTE.

(Le tomahawk et l’épée.)

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