NOTRE LANGUE
La langue française est un diamant d'un prix inexprimable ; c’est une œuvre d’art travaillée par les siècles, d’une beauté à nulle autre pareille. Tout le monde l'admire, elle charme tout le monde, bien qu’elle ne livre ses secrets qu'à un petit nombre; il faut être amoureux d'elle, l'aimer beaucoup, lui faire longtemps la cour, et elle ne se donne qu'à celui qui sait la vaincre par un labeur persévérant et une longue constance; mais quels trésors elle révèle à ses favoris! Sa délicatesse exquise ravit l'intelligence; elle est tout amour et toute gaieté, pleine de noblesse et d'enthousiasme, accessible aux sciences comme à la fantaisie, à toutes les hautes pensées comme à tous les sentiments dignes : elle comprend votre cœur et seconde votre esprit. Si vous la possédez, rien ne vous décidera jamais à y renoncer ; vous la garderez comme votre meilleur bien,
Il en fut ainsi de nous. La langue française est un héritage sacré que nous nous sommes transmis de génération en génération intact et sans souillure, et lorsque nous dis- NE sur le bon vieux temps, lorsque nous nous entrete- Lu France, c'est dans sa propre langue que nous Oscar Dunx.
(Dix ans de journalisme.)
Parmi les poètes qui se sont révélés depuis que le mouvement littéraire canadien a pris son essor, il en est deux qui les dominent de haut et dont le souffle ardent a inspiré des œuvres de puissante envolée.
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C'est d’abord Crémazie, dont Le drapeau de Carillon restera comme un des plus beaux morceaux publiés à la Nouvelle-France. Le sujet en est d’une simplicité antique.
Un vieux soldat de l’armée de Montcalm a réussi, au moment de la capitulation finale, à cacher le drapeau du régiment, et l’a précieusement conservé. Parfois, avec quelques compagnons d'armes, il sort, portes closes, ce symbole du passé, et verse des larmes au souvenir de la défaite qui a livré son paysàl’ennemi. Il espère qu’un jour le roi de France enverra délivrer ses sujets; mais ce jour tarde bien et le vieux soldat se décide à traverser l'Océan. Il verra le roi, lui présentera le drapeau de Carillon et lui rappellera le secours attendu.
Mais celui qui règne alors, c’est Louis XV. Perdu dans Versailles, le pauvre Canadien ne peut l’approcher. Les sentinelles qui gardent les grilles du palais se moquent de lui et le chassent. Désespéré, il reprend le chemin de son pays ; avant de mourir, il veut revoir
le champ de bataille où il portait si fièrement devant l'ennemi sa chère relique.
Sur les champs refroidis, jetant son manteau blanc, Décembre était venu. Voyageur solitaire,
Un homme s’avançait d’un pas faible et tremblant Au bord du lac Champlain. Sur sa figure austère Une immense douleur avait posé sa main.
Gravissant lentement la route qui s'incline,
De Carillon bientôt il prenait le chemin,
Puis enfin s’arrêtait sur la haute colline.
Là, dans le sol glacé fixant un étendard,
Il déroulait au loin les couleurs de la France, Sombre et silencieux, il pleura bien longtemps Comme on pleure au tombeau d'une mère adorée. Puis, à l'écho sonore envoyant ses accents,
Sa voix jeta le cri de son âme éplorée:
LITTÉRATURE CANAQIENNE.
« O Carillon! je te revois encore,
Non plus, hélas! comme en ces jours bénis, Où dans tes murs la trompette sonore,
Pour te sauver nous avait réunis !
Je viens à toi quand mon âme succombe
u de Carillon Lux publiés à ne simplicité
alm a réussi,
her le dra- Et sent déjà son courage faiblir ! : | ass Oui, près de toi, venant chercher ma tombe, in
nt conservé.
rmes, il sort, se des larmes
Pour mon drapeau je viens ici mourir!
« Mes compagnons, d'une vaine espérance,