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COMMENT LES FRANÇAIS ALLÉRENT EN FLORIDE

mächer. Comme boisson ils usaient de l’e Tr qui ne faisait qu'exciter leur soif, Is Fab Ac tr duranc un fort long temps pendant lequel une jartie mourut d'épuisement. Malgré l’extrème faiblesse à laquelle ils étaient réduits par la famine qui « de ” près les accompagnait », ils se voyaient contraints de jeter continuellement l’eau qui, de toute part entrait dans leur barque dont une tempête avait défoncé l'un des côtés. Après avoir passé trois jours sans manger ni boire, quelques-uns proposèrent de tuer celui d entre eux que le sort désignerait ; ses membres dépecés permettraient aux survivants de prolonger leur existence, Cette abominable proposition fut acceptée la maIReureuse victime égorgée, et ses compagnons dévorèrent cette chair encore palpitante. L'arrivée du bâtiment en vue de l'Angleterre empêcha sans doute d'autres meurtres. Débarqués par le capitaine du navire qui les avait sauvés, les survivants conduits à Londres, furent présentés à la reine Élisabeth ( ï daigna écouter le récit de leurs aventures TA resser vivement aux détails qu'ils lui donnèrent sur L pays par eux abandonné.

Telle fut la triste fin de la première tentative d’ét: blissement dans cette partie de l'Amérique du Nord.

« De vérité, dit un de ceux qui ont raconté cette aventure, ce fut manquer de foi et une hante soit au capitaine Ribaut, soit à celui qui Pasotorto 6, de n'avoir autre soin de ces gens-là et Les laisser nn SCCOUTS de vivres ni des vaisseaux pour revenir Et le vieil écrivain à qui nous empruntons ces lignes termine sa trop juste critique par cette réflexion hum ristique : « C'est chose qu'on doit nc yélemen désirer en voyage si lointain d'avoir un cheval : l'étable sur lequel on se puisse asseurer at 1 quelque changement en un État ou socidenten : . (Lescarbot.) Une.

EL. — La NOUVELLE-FRANCE. 3

Entreprise du capitaine Laudouinière. — Construction du fort Caroline.

Après Ia paix conclue entre Charles IX et les huguenots, l’amiral de Coligny, « qui ne s'était souvenu de ses gens tandis qu'il faisait [a guerre à son prince, en parla au roi au bout de deux ans, lui remontrant qu'on n’en avait aucune nouvelle et que ce serait dommage de les laisser perdre. À cause de quoi Sa Majesté lui accorda de faire équiper trois vaisseaux pour les aller chercher et secourir ; mais il était bien tard ! »

Ce passage de l'historien de la Nouvelle-France donnerait lieu de croire que les désastres survenus à la Floride étaient restés ignorés de Coligny, qui n'aurait pas eu connaissance du livre de Ribaut et de l'arrivée «5 colons survivants en Angleterre. Quoi qu'il en soit, l'amiral obtint le consentement du roi et chargea de la conduite de l’entreprise un gentilhomme poitevin qui avait accompagné Ribaut dans son premier voyage, René de Goulaine de Laudouinière (4). C'était un de ses familiers, froid, honnête, conscien-

(1) Nous suivons ici, pour l'orthographe du nom de ce capitaine, la version de M. Guérin. (Les Navigateurs français.) C'est le René de Laudonnière du père Charlevoix, le capitaine Lauduuière d'Urbain Chauveton et de la cosmograpnie de Thevet. Le nom de Laudonnière n'existe dans aucun document géographique. La seigneurie de Laudouinière était située paroisse de Vicillevigne, en Poitou.

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Les volontaires ne manquèérent pas ; l'expédition projetée faisait grand bruit ; les merveilleuses conquêtes des Espagnols, les trésors qu'ils avaient découverts transportaient les imaginations. Des gentilshommes demandèrent à partir. M. d'Ottigny fut engagé comme lieutenant, M. d'Erlach commeenseigne ; MM. La Rocheferrière, de Marillac, de Grontaut, Normans de Pompierre partaient en qualité de volontaires. Un dessinateur de talent, Jacques Lemoyne, se joignait à eux ; une partie de ses dessins, conservée avec leur texte explicatif, donne sur ce voyage et ses dramatiques incidents des détails d’une extrême précision. Les frères Michel et Thomas Vasseur, chargés de la conduite des navires, étaient deux des meilleurs pilotes de leur temps.

Le départ du Havre eut lieu le 22 avril 1564. Des trois navires, le plus grand, l'Élisabeth, jaugeait cent vingt tonneaux; le second, le Breton, cent; et ïe troisième, le Faucon, soixante ; bien faibles esquifs pour de si longues et si dangereuses traversées.

Après avoir renouvelé sa provision d’eau à l'ile de Saint-Domingue, la flottille arrivait le 29 juin en vue des rivages de la Floride, et le 24, Laudouinitre prenat terre près du lieu où Ribaut avait planté les armes de France. Les naturels, accourus en foule, manifestèrent le plus vif contentement, et lui firent voir la pierre laissée par son prédécesseur ; ils l’avaient couronnée de lauriers et entourée de paniers de grains.

Ils la baisèrent plusieurs fois et invilèrent Ies Français à faire de même,

Le pa: aux alentours paraissait fertile, les forêts abondaient en gros gibier ; le maïs et les fruits ainsi que la chasse et la pêche devaient assurer les ressources quotidiennes : les indigènes connaissaient les métaux

de l’intérieur ; dans le fleuve même une petite île, de défense facile, semblait indiquée pour un établissement. Laudouinière, d'accord avec ses officiers et les pilotes des navires, résolut de s’y installer; il fit débarquer tout le matériel, renvoya en France l'Élisabeth avec son équipage et garda les deux autres bâtiments pour les besoins de l’avenir. Son premier soin fut ensuite de pourvoir à la construction d’un fort ; à l’ouest l’île fut défendue par un rempart de gazon contre une attaque soudaine ; des palissades et des fascines garantirent les approches sur les autres côtés. Des baraques en planches, construites presque à ras du sol pour éviter de donner prise aux ouragans, servirent d'habitation ; les canons, mis en place, battaient les deux rives du fleuve.

Lafortification achevée, Laudouinière donna le nom du souverain à la citadelle, et le drapeau aux fleurs de lys flotta sur les remparts de la Caroline.

Les premiers rapports avec les indigènes avaient été excellents, mais peu à peu les tributs que leur réclamaient les nouveaux arrivants, d’abord amicalement, puis par la menace et la force, dissipèrent rapidement leur confiance, et ils en vinrent à considérer comme des ennemis ces exigeants envahisseurs. Mais le plus grand fléau de la nouvelle colonie venait du caractère même des émigrants ; « quoique le patriotisme et l'enthousiasme religieux eussent inspiré cette expédition, la classe inférieure des colons n’était qu’un amas d'hommes sans principes, aveuglés par leur désir de faire une fortune rapide, et les mutineries y étaient communes. » (Lorain.)

I s’en fallut de peu que Laudouinitre n’éprouvât le sort du capitaine Albert, massacré lors de la première tentalive d'établissement ; un des mécontents, nomm Legendre, proposa de l’empoisonnner, puis de le faire sauter en plaçant sous son lit un baril de poudre. Le maitre artificier refusa de se prêter à ce meurtre en livrant les munitions nécessaires pour l’accomplir.

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Enfin p'isieurs matelots, dégoûtés du travail aux fortifications et sachant par expérience qu'aux Antilles il y avait du butin à faire sur les Espagnols, s'embarquèrent dans le vaisseau stationnaire et s’enfuirent après avoir coupé les amarres. Laudouinière les fit poursuivre, mais Sans succés, Car ils avaient déjà gagné la haute mer.

D'autres, fatigués de prêter la main à la construction de barques destinées à remplacer celles qui avaient été dérobées par les déserteurs et voulant comme eux se rendre aux Antilles « afin de se faire tous riches » se réunirent au nombre de soixante, sou: la direction d’un nommé Desfourneaux. Envahissant brusquement les logements.des officiers, ils firent prisonnier le chef de l'expédition et,ses lieutenants d'Ottigny et d'Erlach. Ils forcèrent ensuite Laudouinière, en le menaçant de lui couper la gorge s’il s’y refusait, à leur signer une permission d'embarquement sous le prétexte d'aller chercher des secours aux Iles. Après avoir dissipé les ressources de la Caroline, ils équipèrent les deux barques que l’on venait d'achever, et les chargeant de provisions ils mirent à la voile le 8 décembre, Ils emmenaient de force, pour diriger leur navigation les pilotes Michel Vasseur etTrenchant. Comme disaient les quatre ou cinq meneurs qui avaient pris la direction du complot, si le fait était trouvé mauvais en France, « ils auraient le moyen de se retirer en Italie ou ailleurs, attendant que les colères se passent, puis il surviendrait quelque guerre qui ferait tout oublier. »

Parvenus en vue de Cuba, ces pirates s'emparèrent d'un brigantin espagnol chargé d'huile et de vin, puis d'une caraselle de 60 tonneaux et d’une patache por-

\ tant le gouverneur de la Jamaïque avec beaucoup de » richesses en or, argentet marchandises, Ne se con-

tentant pas de cette prise inespérée, ils délibérèrent d'aborder à la Jamaïque où le gouverneur promettait de leur faire remettre une forte rançon. Ils exigeaient en outre cinq ou six singes appelés sagouins et autant

de beaux perroquets, car ils ne reculaient plus devant la satisfaction d'aucun de leurs caprices. Mais pendant qu'ils élaient à l’ancre dans une anse déserte où ils se croyaient à l'abri de toute attaque, ils furent surpris à l’aube naissante par des navires espagnols qui leur barraientla sortie pendant que des troupes lescernaicnt par terre. L'enfant chargé du message relatif à la rancon auprès de la femme du gouverneur prisonnier avait donné l'éveil, Vingt-six hommes, parmi lesquels les chefs du complot, parvinrent à s'échapper sur le brigantin ; six furent tués en se défendant; on vendil les autres comme esclaves ou on les déporta dans les prisons d'Espagne.

Parmi ceux qui avaient pu s'enfuir se trouvait le pilote Trenchant, qui n'avait accepté qu'à son corps défendant là direction d’une des barques au départ du fort Caroline. D'accord avec cinq ou six des moins compromis, il dirigea Le navire sur la Floride pendant le sommeil des autres rebelles, Les hommes, affamés, descendirent à terre où ils furent surpris par Laudouinicre qui avait été rétabli dans son autorité après leur départ.

Les quatre principaux coupables, traduits devant un tribunal militaire improvisé, furent condamnés à être pendus. Comme c’étaient de vieux soldats, le capitaine les fit passer par les armes avant d’attacher leurs corps aux potences élevées à l'embouchure de la rivicre, Telle fut l'issue de cette mutinerie, qui devait bientôt amener de cruelles représailles des ëspagnols et la ruine de la colonie française en Floride.

Malgré la diminution du nombre des hommes qui restaient à la Caroline, le gaspillage des vivres par les mutins avant leur départ, la négligence des autres qui, étrangers à la culture, n'avaient même pas song à semer et à récolter le grain nécessaire à leur nourriture, amencrent une extrême disette que Les reconnaissances à l’intérieur, dirigées par les lieutenants de

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