‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 17 sur 88 · DS LA NOUVELLE-FRANCE · texte numérisé non relu

DS LA NOUVELLE-FRANCE

dé leurs compatriotes. Ils y trouvèrent cinq grandes couleuvrines, quatre moyennes, ävec plusieurs autres; dix-huit barils de poudre et de nombreuses armes. Ils pouvaient avec raison s'émerveiller d’être parvenus, en si petit nombre, à enlever un pareil reduit, occupé par une garnison trois fois plus nombreuse que les assaillants et pourvue de si grands éléments de résistance. Is avaient donné fièrement la preuve qu'il n'est obstacles si puissants que des hommes de cœur, résolus à vaincre ou à mourir, n° puissent surmonter.

La lutte terminée, il fallait ôter aux Espagnols les moyens de se réinstaller dans le fort; les baraquements, les magasins, les remparts, tout fut détruit.

Il restait un dernier acte de justice à accomplir. Avant de quitter ce lieu maudit, de Gourgues réunit devant ses hommes et les Floridiens alliés les prisonniers qui lui restaient ; il leur rappela le crime qu'ils avaient commis au même endroit et les fit pendre tous. Is furent branchés aux mêmes arbres que leurs victimes, et l'écriteau que Menendez avait laissé comme untémoignage de son forfait fut remplacé par un autre sur lequel étaient écrits ces mots : « Je ne fays ceci comme à Espagnols mais comme à traistres, voleurs et meurtriers. »

C'était la réponse au roi Philippe If.

Sa vengeance accomplie, de Gourgues regagna ses navires. Le 3 mai 1568 il faisait voile pour ia France, et après une ‘heureuse traversée il ahordait à la Rochelle, où il était reçu avec un indicible enthousiasme. De là, ilse rendait à Bordeaux, où le gouverneur, le célèbre Montluc, lui faisait le meilleur accueïl, Par contre, Philippe IE, transporté de colère à la nouvelle de l'exécution des siens, mettait sa tête à prix et envoyait une flotte pour le saisir à la Rochelle, mais elle n'arriva devant ce port qu'après le départ du vaillant capitaine,

L'influence espagnole élait alors si grande à la cour de France que de Gourgues fut obligé de se cacher et

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andes | de gagner l'Angleterre, malgré l'intervention de utres ; Coligny qui prit sa défense et remontra fièrement es. [ls $ au roi « que si cet homme avait eu tant de courage enus, | que d'entreprendre lui seul ce que toute la France ccupé # devait faire, il méritait une grande récompense et ue les , non pas une punition, et que ceux qui condamnaient r'Ésis- é un acte si généreux semblaient déjà vouloir assujettir l n’est 4 le pays au vasselage de son ennemi capital. »

, l'ÉSO- 3 Réfugié à Londres, de Gourgues, änquel la reine er. à Élisabeth fitle meilleur accueil, fut chargé d'organiser ols Les 1 une expédition contre Le Portugal qu'il s'agissait d’enments, 1 lever à l'Espagne. Il mourut au cours des préparatifs

de cette entreprise.

mplir. La Saint-Barthélemy et les guerres civiles qui réunit suivirent firent bientôt oublier la Floride; mais le déprison- plorable échec éprouvé dans la colonisation de cette » qu'ils 1 contrée fut un véritable malheur national, car si le e tous. L souvernement était entré dans les vues patriotiques

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il aurait peut-être évité les guerres religieuses qui ont été si funestes, et peuplé cette Amérique du Nord où la puissance anglaise, suivant d’autres errements, allait bientôt s'implanter.

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Essais de colonisation à la côte d'Amérique. — Les abandonnés de l’île de Sable. — Premiers voyages de Champlain.

Pendant que protestants et catholiques s’exterminaient de leur mieux en France et que le pays était en proie à la guerre civile, il ne pouvait être question de longs voyages aux terres neuves d'Amérique et seuls des pêcheurs malouins, nornianis et basques retournaient à leurs risques et périls faire la pêche aux bancs ou le commerce des pelleteries le long des côtes du golfe Saint-Laurent. Un neveu et héritier de Cartier notamment, Jacques Noël, maître pilote de Saint-Malo, fit plusieurs voyages au Canada et remonta le Saint- Laurent jusqu'aux rapides. On lit dans une lettre de lui qu’il avait dressé une carte marine de ces contrées et l'avait remise en 1587 à ses deux fils Michel et Jean se rendant à leur tour dans ces parages.

Jacques Noël était associé avec un sien parent pour la traite des fourrures et tous deux obtinrent, par lettres patentes du 44 janvier 1588, le incnopole de ce commerce ; mais dès le 9 juillet suivant, sur les réclamations d’autres marchands de Saint-Mulo qui faisaient le même trafie, leur privilège était révoqué par Henri HT, et les deux associés en furent pour les frais qu'ils avaient engagés dans le but d'exploiter leur mopopole.

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esprits aventureux songèrent à reprendre les expiorations de Cartier et à tirer profit de ses découvertes. C'est dans ce but qu’un gentilhomme breton, Troïlus du Mesgouez, marquis de la Roche, gouverneur de Morlaix, obtenait de Henri IV, le 3 janvier 1578, le titre de « lieutenant général et vice-roi des terres neuves et pays occupés par gens barbares qu'il prendra et conquestera aux pays de Canada, Hochelaga, Labrador, etc., avec pouvoir de lever, fréter et équiper tel nombre de gens, navires et vaisseaux qu’il advisera. »

Sous la conduite d’un pilote normand du nom de Chédotel, qui avait déjà fait plusieurs fois le voyage de Terre-Neuve, le marquis de la Roche s’'embarquait sur un navire avec une soixantaine d'hommes extraits des prisons, que le plaisir de courir les aventures avait déterminés à l'accompagner comme colons. I lui avait sans doute été impossible de déterminer d’autres Français dans une situation plus honorable à prendre part à l'expédition. Parvenu à l'île de Sable, dans le golfe Saint-Laurent, à 25 lieues au sud du cap Breton, il débarqua la plus grande partie des hommes qu'il avait amenés ; son intention était de reconnaitre les abords du continent où il voulait créer un établissement et de revenir ensuite les prendre; il leur faissait des vivres et des munitions pour leur permettre de s’inslaller en attendant son retour. Après une exploration des côtes de lAcadie, il allait accomplir sa promesse et aborder Pile de Sable lorsque, surpris par une tempêt , il fut rejeté en plein océan et poussé si rapidenent vers l'Est qu'en dix ou onze jours il arrivait en France. Fait prisonnier par le duc de Mercœur qui souvernait en Bretagne au nom de là ligue contre le roi, il fut enfermé au château de Nantes et y resta prisonnier pendant cinq ans. Délivré enfin, il revint ù la cour et parla au roi des malheureux abandonnés au delà des mers.

Ému de pitié, Henri IV ordonna au pilote Chédatei,

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qui allait retourner aux bancs de Terre-Neuve pour la pêche, de se rendre à l'ile de Sable et de ramener les hommes qu'il y trouverait. Cette ile, en forme de croissant, complètement improductive, sans arbres ni broussailles, a une étendue d’une dizaine de lieues ; elle renferme un lac qui couvre la moitié de sa surface ; de la mousse et quelques herbes y poussent seules sur un sol de sable mouvant. Elle avait déjà été visitée sous le règne de François FT par le baron de Saint-Léry qui y avait laissé quelques vaches et des POourceaux.

Les colons débarqués par le marquis de la Roche sur cette terre déserte, livrés à eux-mêmes et ne voulant plus reconnaitre aucun maître, furent bientôt en proie à d'horribles luttes intestines. Ayant à pourvoir à leur subsistance et attendant de jour en jour le navire qui les avait amenés là, ils consommèrent sans ménagement leurs provisions. Il leur fallut ensuite recourir à la chasse et à la pêche ; Les vaches et les pourceaux qui s'étaient multipliés sur ce sol ingrat furent tués et mangés jusqu'au dernier; les coquillages trouvés à la côte, les poissons fournirent ensuite un aliment bien précaire.

Pour s’abriter contre les intempéries de l’air, les uns creusèrent des trous dans le sable et se firent de véritables terriers ; Les autres, les plus forts sans doute, s'emparant des débris d’un navire jeté par une mer furieuse sur les rochers de la plage, en construisirent une baraque dans laquelle ils échappèrent aux morsures du froid et aux tourbillons de neige. La discorde les avail armés les uns contre les autres, Ics querelles qui s'étaient engagées entre eux, dès les premiers jours, s'élaient souvent terminées par des rixes mortelles ; mais une misère commune avait fini par

les dompter et amener les survivants à s’entr'aider

pour soutenir leur triste existence. Les années s’écoulant et faisant disparaitre tout espoir de délivrance, ces malheureux en étaient venus à vivre comme les

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sauvages; le froid les ayant obligés à remplacer leurs vôtements tombés en lambeaux, ils en avaient fait avec des peaux de loups marins qu'ils surprenaient et tuaient lorsqu'ils venaient se reposer sur les sables de l'île. Leurs cheveux et leurs barbes tombaient 1ncultes sur leurs poitrines et leurs épaules; les intempéries de Pair avaient brûlé et bruni Jeur peau, ainsi accoutrés ils étaient hideux :; descendus au dernier degré de la bestialité, ils vivaient au jour le jour, succombant les uns après les autres au froid, à la faim et aux maladies qu'engendrent toujours la misore et le défaut de soins. Lorsque le pilote Chédotel, chargé de les rapatrier, arriva en vue de lile de Sable, ils restaient douze. De retour en France, ils furent présentés au roi dans l’élal où ils avaient été trouvés, avec leurs peaux d'animaux marins et leurs longues barbes. Par son ordreils recurent chacun cinquante écus et on les renvoya dans leurs familles, avec défense de Les rechercher pour les crimes qui avaient autrefois entrainé leur emprisonnement. Pendant leur long séjour à l'île de Sable, ils avaient amassé des peaux de loups marins et de renards noirs, que le pilote Chédotel, homme fort avare, s'était fait remettre avant de consentir à les embarquer. Sur leurs réclamations une transaction intervint entre eux et le pilote qui dut leur restituer au moins la moitié de leur bien, le reste lui étant alloué pour ses frais de voyage.

Le marquis de la Roche, emprisonné pendant plusieurs années, ruiné et dans limpossibilité de reprendre ses projets de colonisation, finit par mourir de chagrin. Malgré cet échec, sa succession fut vivement recherchée etobtenue par Pierre Chauvin, capilune de vaisseau qui, d'accord avec le sieur Dupont Gravé, marin et négociant de Saint-Malo, entreprit de conduire une colonie au Canada et d'y exploiter le privilège exclusif des pelleteries qui lui était concédé, Dupont Gravé voulait remonter le fleuve Saintsuurent jusqu'aux trois rivières, où un établissement

lui semblait plus facile ; Chauvin préféra rester à Tadoussac, près de l'embouchure du fleuve; il réunit

une quantité considérable de riches fourrures de castors, de martres, de renards noirs, de loutres que les sauvages des alentours venaient lui livrer contre des couteaux, des haches ou des hamecons. Son chargement terminé, il regagna la France, laissant seize de ses hommes hiverner en cet endroit, dans une baraque en bois, où dans le fort de l'hiver le froid et la faim les décimérent, [ls seraient tous morts de misère si les indigènes des environs ne les avaient secourus ctnourris du produit de leur chasse.

Un second voyage des deux associés, exécuté dans des conditions analogues en 1600, fut aussi lucratif au point de vue commercial, mais ne donna pas de meilleurs résultats quant à la colonisation.

En 1601, Chauvin mourtit au moment où il se préparait à un troisième voyage et son privilège passait au gouverneur de Dieppe, Aymard de Chastes, qui forma une compagnie de marchands de Dieppe, de Rouen et de Saint-Malo pour organiser une expédition dont il confia le commandement à Dupont Gravé; celui-ci s’adjoignait à son tour l'homme qui allait bientôt fonder Québec et réaliser le rêve de Jacques Cartier en créant la colonie du Canada.

Né à Brouage, en Saintonge, d'une famille de marins, Samuel de Champlain fit d'abord aux Antilles et au Mexique un voyage au retour duquel il était nommé géographe du roi.

Le projet du gouverneur de Chastes le séduisit et il obtint du roi Henri [IV de se joindre à l'expédition.

Parti de Honfleur le 15 mars 1603 avec Dupont Gravé, il remontait le fleuve Saint-Laurent jusqu'au sault Saint-Louis et recueillait sur le pays des informations qu'à son retour il publiait sous ce titre curieux :

« Des sauvages, ou voyage fait enla France-Nouvelle, contenant Îles mœurs, façon de vivre, mariages,

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guerres et habitations des sauvages de Canada; de la decouverte de plus de quatre cens cinquante lieues dans le païs des sauvages; quels peuples y habitent, des animaux qui s'y trouvent, des rivières, lacs, isles etterres, et quels arbres et quels fruits elles produisent. A Paris, chez Claude de Montr'æil, tenant sa boutique en la cour du Palais. »

Le privilège d'imprimer est daté du 15 novembre 1603.

Pendant ce voyage, M. de Chastes était mort et avait été remplacé dans son privilège par Pierre du Guast, sieur de Monts, gentilhomme protestant qui s'était attaché à La fortune de Henri IV et avait été nommé par lui gouverneur de Pons. Il avait accompagné comme volontaire le capitaine Chauvin à Tadoussac, et le souvenir qu'il avait gardé de ce voyage le décida à essayer de former un établissement plus au Sud, dans l'Acadie, dont le climat moins rude et la terre plus fertile permettraient de s’y fixer sans exposer aux mécomptes éprouvés par ceux qui avaient hiverné en plein Canada. Accompagné de quelques gentilshommes, de cent vingt soïdats et ouvriers catholiques et protestants, il partait du Havre le mars 160% et arrivait en vue des côtes de l’Acadie le 6 mai suivant.

Champlain, à la requête du roi qui avait pris un vif intérêt à la relation de son premier voyage, faisait partie de l’expédition avec Dupont Gravé et Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt, gentilhomme de Picardie, qui désirait depuis longtemps voir ces terres de la nouvelle France et y choisir quelque lieu propre pour s’y retirer en compagnie de sa femme et de ses enfants, avec l'espoir d'y trouver plus de tranquillité qu’en Europe. I allait y rencontrer les mêmes luttes, les mêmes convoitises, et constater finalement que là comme dans le vieux monde la force brutale et la pertidie triomphent troÿ souvent.

Après un hivernage à l’île Sainte-Croix pendant

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lequel trente-six honimes succombèrent aux attaques du scorbut, de Monts descendit vers le Sud et s'arrêta à Port-Royal, aujourd'hui Annapolis, où il résolut de s'installer définitivement. Le site était bien choisi ; lü nature n'a rien épargné pour en faire un des plus beaux ports du monde : la baie à deux lieues de long sur une grande lieue de large ; une petite île occupe le milieu du bassin et les vaisseaux peuvent en approcher de fort près; le elimat y est tempéré; des terres fertiles, de vastes prairies environnées de profondes forêts, s’'étendaient aux alentours ; la chasse y était abondante et le rivage poissonneux.

De Poutrincouri, frappé des avantages que présentait ce site attrayant, en demanda là concession à M. de Monts qui la lui accorda.

Dans l’automne de 1605, de Monts, laissant le soin de sa colonie naissante à Dupont Gravé, repassa en France, où il vit son privilège révoqué sur les plaintes des pêcheurs bretons, basques et normands; ilchargea néanmoins Poutrincourt, qui l'avait accompagné, de conduire un *avire à Port-Royal, pour y transporter du matériel et de nouveaux colons. Parmi eux se trouväit Marc Lescarbot, avocat au Parlement de Paris, qui à écrit une relation fort intéressante de ce voyage.

« Ayant eu l'honneur, dit-il, de connaître le sieur de Poutrincourt quelques années auparavant, il me demanda si je voulais être de la partie. Après avoir bien consulté en moi-même, désireux non tant de voir le pays que de reconnaitre l& terre oculairement à laquelle j'avais ma volonté portée, et fuir un monde corrompu, je lui donnais ma parole. »

Arrivé, pour s'embarquer, à la Rochelle, l'avocat qui jetait ainsi la robe aux orties pour courir le monde, composail pour s'égayer l'esprit, en attendant l'heure du désart, et faisait imprimer un adieu à la France, « reçu avec applaudissements du peuple ». Il commence par Ces Vers, Quiue manquent pas d'unc certaine gràce :

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Ores que la saison du printemps nous invite

À sillonner le dos de la vague Amphitrite,

Et cingler vers les lieux où Phœbus chaque jour Va faire tout lassé son humide séjour,

Je veux ains que pariir dire adieu à la France, Celle qui m'a produit et nourri dès l'enfance : Adieu non pour toujours, mais bien sous cet espoir Qu'encores quelque jour je la pourrai revoir.

Il était bien Francais, celui qui écrivait ces vers ; voir du pays lui semblait fort plaisant, mais l’adieu Qà la douce mère » n'était pas prononcé sans esprit de retour; avant même de s'embarquer il promettait de revenir.

Le départ n'alla pas tout seul, Lescarbot nous en retrace, dans un style fort alerte, Les diverses péripéties :

€ Arrivés que nous fümes à La Rochelle, nous V trouvames notre navire, appelé le Jonas, du port de centéinquante tonneaux, prèt à sortir hors les chaines de la ville pour attendre le vent, Cependant nous faisions bonne chère, voire si bonne qu'il nous tardait que ne fussions sur mer pour faire diète; ce que nous ne fimes que trop quand nous y fûmes une fois, car deux mois se passerent avant que nous vissions terre. Mais les ouvriers parmi la bonne chère {car ils avaient chacun vingt sols par jour) faisaient de merveilleux Hinlamarres au quartier de Saint-Nicolas oùils étaient logés; ce qu'on trouvait fort étrange en une ville si réformée que la Rochelle, en laquelle ne se fuit aucune dissolution apparente, et faut que chacun marche œil droit S'il ne veutencourir la censure soit du maire soitdes ministres de la ville, De fait il yen eul quelques-uns prisonniers lesquels on garda à Phôtel de ville Jusqu'à ce qu'il fallèt partir, et eussent été châtiés sans fa considération dr vovoge, auquel on

savait bien qu'ils n'auraient pas toutes leurs aisos. Car

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IS payérent assez pau apres la folle enchere de la pe ne quils avaient baillée aux bourgeois de ladite ville pour Les tenir en devoir.

« Notre Jonas, ayant sa charge entière, est enfin tiré hors la ville, à la rade, et pensions partir le huitième ou le neuvième d'avril. Mais comme il y a ordinairement de la négligence aux affaires des hommes, avint que le capitaine ayant laissé le navire mal garni, n'y étant pas lui-même ni le pilote, ains seulement six ou sept matelots tant bons que mauvais, un grand vent s'élève dans là nuit, qui rompt le câble du Jonas et le chasse sur un avant-mur qui est hors la vil contre lequel il choque tant de fois qu'il se crève. Et bien vint que la mer pour lors se retirait, car si ce désastre fût arrivé de flot le navire était en danger d'être renversé avec une perte beaucoup plus grande qu'elle ne fut; mais il se soutint debout et y eut moyen de le radouber, ce qui fut fait en diligence. A ce spectacle était presque toute la ville de la Rochelle sur les remparts.

« La mer était encore irritée et pensâmes aller choquer plusieurs fois contre Iles grosses tours de la ville. Enfin, nous entràmes dedans, bagues sauves. Le vaisseau fut vuidé entièrement et fallut faire nouvel équipage. La perte fut grande et le voyage presque rompu pour jamais, Car après tant de coups d'essais, je crois qu'à l’avenir nul ne se fût hasardé d’ailer planter des colonies par delà, ce pays étant tellerient décrié que chacun nous plaignait sur les accidents de ceux qui y avaient été par le passé. Néanmoins, le sieur de Montsetses associés soutinrentvirilementeette perte.

« Enfin à toute force l’onzième de may 1606, à la faveur d’un petit vent d'Est on gagna la rade de la Palisse, puis nous fimes voile en pleine mer tant que peu à peu nous perdimes de vue les grosses tours et la ville de La Rochelle, puis les îles de Ré et d'Olcron, disant adieu à la France. »

La traversée ne s'accomplit pas sans encombre, les vents furent presque toujours contraires parce qu’on était parti trop tard, et les mauvais temps donnèrent

matière à la verve du gai compagnon.

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On arriva enfin aux bancs de Terre-Neuve, et l’on lit route vers Port-Royal, assez à temps pour rencontrer Dupont Gravé qui, se croyant abandonné, avait pris le parti de repasser en France.

Les premiers Jours après le débarquement furent employés en réjouissances. « Le sieur de Poutrincourt fit mettre un muid de vin en perce, et donna permission de boire à tous venants, tant qu'il dura, si bien qu'il v en avait qui se firent beaux enfants. »

Pendant lautomne, Pontrincourt et Champlain visitèrent les côtes au sud; les indigènes leur apportaient des vivres en échange de menus objets, iis eurent parfois maille à partir avec eux.

Lescarbot nous dépeint plaisamment comment les choses se passaient : « Le sieur de Poutrincourt ayant pris terre, voici parmi une multitude de sauvages, des fifres en bon nombre, qui jouaient de certains flageolets longs faits comme des cannes de roseaux, peinturés par dessus; mais non avec telle harmonie que pourraient faire nos bergers, et pour montrer l’excellence de leur art ils sifflaient avec le nez en gambadunt. EE comme ils accouraient précipitamment pour venir à la barque, 1l y cut un sauvage qui se blessa grièvement au talon contre le tranchant d’une roche, dont il fut contraint de demeurer sur la place. Le chirurgien du sieur de Poutrincourt, à l'instant, voulut apporter à ce mal ce qui était de son art, mais ils ne le voulurent permettre que premièrement ils n'eussent fait à l’'entour de l’homme blessé leurs simagrées, Ts le couchérent done par terre, lun d'eux lui tenant la lôte en son giron, et firent plusieurs criaillements et chansons, à quoi le malade ne répondait sinon : Ho! d'une voix plaintive.

«Ce qu'ayant fait, ils le permirent à la cure du chirurgien et s’en allèrent comme aussi le patient après qu'il fut pansé; mais deux heures après ilrevint le plus gaillard du monde, ayant mis à l'entour de sa

tôte 1e bandeau dont était enveloppé son talon, pour être plus beau fils.

« Pour le maïs, les fèves et raisins frais cueillis ils ea apportaient plus qu'on ne voulait à l’envi lun de l’autre, et en récompense on leur attachait au front une bande de papier mouillée de erachat, dont ils étaient fort glorieux. On leur montra, en pressant le raisin dans un verre, que de cela nous faisions du vin que nous buvions et on les voulut faire manger du ‘aisin, mais l’ayant en la bouche ils le crachaient comme poison, tant ce peuple est ignorant de la meilleure chose que Dieu ait donnée à l’homme aprèsle pain.

« Néanmoins ne manquent-ils point d'esprit ct feraient quelque chose de bon s'ils étaient civilisés, mais ils sont cauteleux, larrons et traîtres, et quoiqu'ils soient nus on ne se peut garder de leurs mains car si on détournait tant soit peu l’œil et voyent l’occasion de dérober quelque couteau, hache ou autre chose, ils n’y manqueront point et metiront le larcin entre leurs fesses ou le cacheront sous le sable avec le pied si dextrement qu’on ne s’en apercevra point. »

Deux coups de feu tirés sur un sauvage qui avait dérobé une hache amencèrent des représailles; ses compagnons, au point du jour, vinrent sans bruit, « ce qui leur était aisé à faire, n'ayant ni chevaux, ni cherrettes, ni sabots», jusque sur le lieu où dormaient cinq des hommes de Poutrincourt: voyant l’occasion belle à faire un mauvais coup, ils donnèrent dessus à traits de flèches et coups de masse, et en tuérent trois, le reste demeurant blessé,

Après avoir repoussé cette attaque, les Français rendirent les dernicrs devoirs à leurs morts, que l'on enterra sur cette terre inconnue, au pied d’une croix que l’on avait plantée.

« Maïs l’insolence de ce peuple barbare fut grande après les meurtres par eux commis en 6e que comme nos gens chantaient sur nos morts les oraisons cl

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