‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 19 sur 88 · AS · texte numérisé non relu

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prières funèbres, ces marauds dansaient et hurlaient loin de là se réjouissant de leur trahison, et pourtant quoiqu'ils fussent grand nombre, ne se hasardaient pus de venir attaquer les nôtres, lesquels pour ce que la mer baissuit fort se retirèrent en la barque. Mais comme ia mer fut basse et n'y avait moyen de venir à terre, cette méchante gent vint derechef au lieu où 1ls avaient fait le meurtre, arrachcrent la croix, déterrerent l’un des morts, prirent sa chemise et la vètirent, montrant leurs dépouilles qu'ils avaient emportées, et parmi ceci encore tournant le dos à la barque jetaient du sable à deux mains par entre les fesses en dérision, hurlant comme des loups, ce qui fâcha merveilleusement les nôtres, lesquels ne manquaient de tirer sur eux leurs pièces de fonte, mais la distance était fort grande, et avaient déjà cette ruse de se jeter pur terre quand ï'ls y voyaient mettre Le feu, de sorte qu'on ne savait s'ils avaient été blessés ou autrement. »

Les vents contraires et la crainte de manquer de vivres par suite de l'hostilité des naturels hâterent le retour à Port-Royal, où la saison d'hiver se passa cette fois sans trop de souffrances. Au printemps on sema du blé et des légumes, puis, sous là direction de Champlain et de Lescarbot, dont la robuste gaité soufenait tous Les esprits, on construisit un moulin servant à broyer le grain, un alumbic pour fabriquer du goudron, des fourneaux destinés à préparer du charbon de bois.

Malheureusement, en France, pendant ce mème temps, de Monts voyait la société qu'il avait formée ruinée par les agissements de marchands hollandais dont Les navires avaient entevé Les pelleteries acquises au cours d’une année de tralie sur Ie Saint-Laurent, IL informa Poutrincourt de sa situation eritique, el celui-ci ne pouvant plus compter sur aucun secours, dutse résigner à abandonner PortRovyat dont il Rissa les batiments à la garde des indigènes du voisinage,

avec iesquels il avait toujours entretenu les meilleurs rapports. Lescarbot, Champlain et tous leurs compagnons retournèrent avec lui en France.

Trois ans après, à la suite d’un arrangement avec deux négociants de Dieppe, Poutrincourt revenait à la côte d’Acadie; il y retrouvait les choses exactement dans l’état où il Les avait laissées : les meubles étaient aux mêmes places; rien n'avait été dérangé par les indigènes, dont l'accueil fut le même que par le passé. Müälheureusement les dissensions religieuses vinrent troubler à leur tour cette nouvelle tentative ; ‘atholiques et huguenots apportaient sur cette terre nouvelle leurs passions aveugles et leurs tristes préjugés. Déjà dans le premier voyage de Champlain celui-ci avait assisté entre serviteurs du Seigneur à d’étranges scènes assez peu faites pour aider à la conversion des infidèles. Il avait vu le ministre protestant et le curé s’entrebattre à coups de poing sur le diffcrend de la religion. « Je ne sais pas, dit-il en raconlant cette rixe scandaleuse, qui était Le plus vaillant et qui donnait le meilleur coup, mais je sais très bien que le ministre se plaignait quelquefois au sieur de Monts d’avoir été battu ; ils vidaient en cette facon les questions de controverse. Je vous laisse à penser si cela était beau à voir; les sauvages étaient tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, et les Français mêlés selon leurs diverses croyances disaient pis que pendre de l'une et de l’autre religion. »

Un autre historien des débuts de la colonie, le père Sagard, parlant des premières expéditions au Canada, raconte qu’ «en ces commencements où les Français furent vers lPAcadie, il arriva qu'un prêtre et un ministre moururent presque en même temps : les matelots qui ies enterrèrent les mirent tous deux dans une mème fosse pour voir si, morts, ils demeureraient en paix, puisque, vivants, ils ne s'étaient pu accorder, »

Ces lulies intestines devaicut amener Champlain et

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