‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 21 sur 88 · I. — La NoOuUvELLE-FRANCE. D · texte numérisé non relu

I. — La NoOuUvELLE-FRANCE. D

de plusieurs tables. On les appela topinambours.

Les tentatives de Mr° de Guercheville d’une part et de Poutrincourt de I autre ne devaient pas aboutir; un acte d’insigne piraterie allait bientôt anéantir tous leurs efforts. C’est le premier que nous rencontrons de la part des Anglais au cours de cette histoire, il sera malheureusement suivi d’autres que la faiblesse ou l'indifférence du gouvernement francais laisseront éga. lemer! impurnis.

Le prétexte du différenii snire les Français et les Anglais au sujet de l’Acalic résidait dans ce fait

que Henri IV, par édit du 7 noveinire 1603, avait nommé M. de Monts « lieutenant général au pays de l’'Acadie, du 40° au 46° degré, pour peupler, cultiver et faire habiter les dites terres » et qu’en 1606, trois ans après, le roi d'Angleterre, Jacques [°", accordait une charte de colonisation de la Virginie, du 36° au 45° degré. Les deux concessions empiétaient l’une sur l’autre, mais la prise de possession par les Francais, en vertu d’un titre premier en date, établissait un droit que les Anglais étaient bien décidés à ne pas reconnaître, et nous allons assister à cet étrange spectacle d’un peuple qui, en pleine paix, ne tenant compte que de ses convoitises, profitera de toutes les circonstances pour s'emparer brutalement des territoires qui l’avoisinent.

Pendant que les Français commencaient leurs établissements au Canada et sur la côte d’Acadie, les Anglais, après plusieurs tentatives infructueuses à la Floride, prenaient pied en Virginie et fondaient la ville de Jamestown, dans la baie de Chesapeake. De là, ils envoyaient des navires à la pêche de la morue vers le Nord, an lärge des Monts-Déserts. Un de leurs capitaines, Samuel Argall, surpris par les brumes si fréquentes dans ces parages, fut poussé à la côte, où il rencontra des sauvages qui, le croyant Français, l'informèrent qu’il trouverait des hommes de sa nation à Saint-Sauveur, |

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Les Anglais avaient grand besoin de vivres, ils étaient « dans un pauvre état, déchirés, demi-nus », épuisés par «ie dure navigation ; ils s'informent dilicemment des ‘orces des Français, et, certains d’avoir la supériorité du nombre et le l'armement, ils courent à pleines voil®s sui le navire de La Saussaye, à l’ancre dans la baie. Le commandant était à terre avec la plupart de ses hommes; il n’y avait à bord que quelques matelots.

A l'aspect de ce bâtiment qui arrivait en ennemi, le sieur de La Motte Le Villin, lieutenant de La Saussaye, s'empresse d'organiser la défense, mais les Anglais étaient soixante soldats et avaient quatorze pièces d’artillerie; après une vive canonnade ils abordent le vaisseau des Francais, s'en saisissent, pillent tout ce qu'ils y trouvent, et leur chef, Argaiïl, dérobe la commission du roi que La Saussaye avait laissée dans son coffre.

On était alors en paix avec l'Angleterre ; l’acte de Samuel Argall constituait sans discussion possible une piraterie. Le procédé qu’il employait en s'emparant de la commission du commandant français allait lui permettre, avec une merveilleuse hypocrisie, de justifier son agression.

Le lendemain, La Saussaye, qui ne pouvait s’expliquer une pareille attaque, « venait trouver l’Anglais, qui lui fit bonne réception et lui demande sa commission. Il va à son coffre pour la prendre, croyant qu'on ne l’avait point ouvert. Il y trouve toutes ses hardes et commodités hormis la commission, dont il demeura fort étonné. Et alors l'Anglais faisant le fàché, lui dit : « Quoi? vous nous donnez à entendre que vous avez «commission du roi votre maître, et vous ne la pouvez « produire? Vous êtes donc des forbans et pirates qui «méritez la mort !» Dès lors les Anglais partagèrent le butin entre eux. » (Champlain.)

Satisfait sans doute du succès de sa ruse, Argall, sur les observations des Pères jésuites, consentit à laisser une quinzaine de Français partir avec La Saussaye

dans une chaloupe pour rejoindre Terre-Neuve où ils trouveraient des navires qui les rapatrieraient; pareil nombre avait pu s'échapper au moment de l'attaque et gagner le large dans une barque. De bonne fortune ils rencontrèrent un bâtiment français qui les conduisit à Saint-Malo.

Les autres furent emmenés par Argall en Virginie, où le gouverneur anglais « voulut les faire mettre à mort comme forbans, mais Argall se banda contre lui, disant qu'il leur avait donné sa parole. Et se voyant trop faible pour les soutenir et défendre, il se résolut de montrer les commissions qu’il avait dérobées, »

Le gouverneur, les voyant, s'apaisa, mais il réunit son conseil et décida de faire raser toutes les demeures et forteresses des Français jusqu’au 46° degré, prétendant que ce pays lui appartenait. Pour accomplir cette résolution, Argall retournait avec trois vaisseaux à Saint-Sauveur, à Sainte-Croix et à Port-Royal, où il brûlait et détruisait toutes les constructions après en avoir chassé les habitants. Ces malheureux, réfugiés dans les bois, y élevèrent des cabanes de troncs d'arbres et vécurent de chasse et de pêche, avec leurs amis les sauvages abénaquis.

Les réclamations de Poutrincourt, ruiné par ce pillage, restèrent sans résultat ; au milieu des troubles de la Régence la destruction des postes francais en Acadie passa inaperçue.

Mr° de Guercheville, qui avait envoyé La Saussaye à Londres pour y appuyer ses plaintes, ne put obtenir que la restitution de son navire; quant au dommage que lui causait la destruction de Saint-Sauveur, il lui fut seulement fait quelques promesses dont elle altendit vainement la réalisation.

Ainsi s’accomplit le premier pas des Anglais dans une voie qu'ils ont suivie méthodiquement jusqu’à nos jours, laissant les leurs agir, les blämant au besoin, mais profitant toujours de leurs actes, fussent-ils, comme celui d’Argall, de véritables crimes,

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Retour de Champlain au Canada; fondation de la | ville de Québec.

La ruine des établissements d’Acadie avait enlevé au sieur de Monts toute espérance de ce côté; sur les conseils de Champlain, il résolut alors de diriger ses efforts vers le Canada, et ayant encore obtenu du roi, pour une année, le privilège de la traite des pelleteries, il fréta deux navires, dont l’un commandé par Dupont Gravé devait séjourner à Tadoussac, pendant que Champlain, à qui l’autre était confié, irait édifier une habitation dans l’intérieur des terres, en remontant le fleuve Saint-Laurent.

Partis de Honfleur le 13 avril 1608, les deux bâtiments arrivaient le 3 juin à Tadoussac ; Dupont Gravé s'y inslallait pour commercer avec les indigènes venus en grand nombre en cet endroit avec les peaux que les arrivants recherchaient. Champlain de son côté remontait le Saint-Laurent jusqu'à l’endroit où Jacques Cartier avait hiverné et que les sauvages algonquins du voisinage nommaient Kebbec, terme signifiant rétrécissement, parce qu’en cet endroit le fleuve est resserré entre deux côtes élevées. La ville qu'allait y créer Champlain a pris le nom du lieu où elle a été fondée.

« Le site qu'il choisit convenait admirablement à son dessein d'organiser une France nouvelle dans l’Amtrique. Placé à cent trente lieues de l'embouchure du Saint-Laurent, Québec possède un havre magnifique

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