‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 43 sur 88 · CIE · texte numérisé non relu

CIE

royaume, je ne puis me persuader qu'il réussisse dans son dessein en laissant en d’autres mains que les siennes la seigneurie, la propriété des terres, et méme le commerce, qui fait l’âme de l'établissement. Depuis que les agents de la Compagnie ontfait entendre qu'ils ne souffriront aucune liberté de commerce, non seulement aux Français, qui avaient coutume de passer en ce pays, pour le transport des marchandises de France, mais encore aux propres habitants du Canada, jusqu’à leur disputer le droit de faire venir, pour leur compte, des denrées du royaume, je reconnais très bien que la Compagnie, continuant de pousser son établissement jusqu'où elle prétend le porter, profitera beaucoup en dégraissant le pays ; elle lui ôtera le moyen de se soutenir et fera un obstacle essentiel à ses progrès, et dans dix ans il sera moins peuplé qu'il ne l’est aujourd’hui. »

Les observations de Talon eurent sans doute quelque succès, car en 4675 la Compagnie, dont les dépenses étaient d’ailleurs considérables, accepta le remboursement de ses actions et les terres quilui avaient été concédées furent définitivement réunies au domaine royal.

L'évèque de Québec avait obtenu, grâce aux influences dont il disposait à la cour, le gouverneur de son choix, mais il n’eut pas, il faut ledire, à s’en louer plus que de M. d’Avaugour ; M. de Mézy apporta dans les discussions entre le pourvoir civil qu’il représentait ct l'autorité religieuse, comme dans les négociations avec les tribus iroquoises, une fermeté de caractère qui surprit Ceux qui croyaient pouvoir compter de sa partsur une condescendance aveugle et une parfaite docilité. La révocation de certains membres du conseil, l'élection d’un syndic chargé de représenter les intérêts de la ville de Québec amenèrent entre l’évêque et le gouverneur une brouille complète ; elle se termina,

comme pour ses prédécesseurs, par le rappel de M. de Mézy, qui mourut sur ces entrefaites, et fut remplacé par M. de Courcelles.

se dans que les | méme Depuis e qu'ils n seule-

isser en France, jusqu'à compte, ien que ssement caucoup on de se grès, Cl ne l’est

quelque dépenses embourt été conne royal.

influenr de son suer plus dans les résentait >ciations ‘aractère ter de sa rfaite doconseil, intérêls ue et Île termina, ippel de s, et fut

En même temps que ce dernier recevait ses pouvoirs, le marquis de Tracy était nommé vice-roi d'Amérique, avec mission de se rendre à Cayenne pour en chasser les Hollandais qui s'en étaient emparés, puis aux Antilles afin d'y recevoir le serment de fidélité des gouverneurs et des conseils souverains ainsi que des habitants, et enfin à la Nouvelle-France dans le but d'y régler les différends survenus entre les diverses autorités.

M. Talon était à la même date envoyé comme intendant au Canada.

« Ces trois messieurs, disent les Annales de l'Hôtel- Dieu de Québec, étaient doués de toutes les qualités qu'on pouvait souhaiter. Ils joignaient à un extérieur prévenant beaucoup d'esprit, de douceur, Ge prudence, et s'accordaient parfaitement pour donner une haute idée de la puissance et de la majesté royale; ils cherchèrent tous les moyens propres à former ce pays, et y travaillèrent avec une grande application. Cette colonie, sous leur sage conduite, prit des accroissements merveilleux. »

Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, était un ancien lieutenant général qui avait donné de nombreuses preuves de valeur dans les combats et d'habileté dans des négociations délicates dont il avait été chargé. I avait été commissaire général de l’armée en Allemagne, et l’âge ne lui avait enlevé ni son ardeur ni son énergie. Îl amenait avec lui le régiment de Carignan, dont les vieux soldats venaient de faire en Hongrie une brillante campagne contre les Turcs; un grand nombre de ses officiers appartenaient à la noblesse, et le plupart se fixèrent avec leurs hommes au Canada lorsque le régiment fut licencié.

Daniel de Remi, seigneur de Courcelles, successeur de M. de Mézy, était également un officier de mérite et d'expérience.

Enfin M. Talon, précédemmentintendant du Hainaut, allait se montrer habile administrateur, se passionner

pour l’œuvre dont il avait la charge et apporter dans ses fonctions le zèle le plus ardent et des idées dont la largeur et la justesse ne furent pas toujours appréciées par Colbert à leur exacte valeur.

Par les mêmes navires que le régiment de Carignan, dont la superbe tenue enthousiasma les Canadiens, arrivèrent un grand nombre de familles, des artisans, des engagés, une douzaine de chevaux, les premiers que l’on eût vus dans le pays, des bœufs, des moutons pour les nouveaux colons. Ce fut l'effort le plus grand accompli jusqu'alors, et s'il avait été continué pendant quelques années la Nouvelle-France eût été dans l'avenir à l'abri de toutes les attaques. Le baron d’Avaugour en avait signalé la nécessité ; Talon allait y insister, mais les guerres de Louis XIV contre ses voisins absor)aient toutes ses forces et Colbert répondait à son intendant le 5 janvier 4666, « qu'il ne fallait pas encore songer à former en Amérique un État puissant; que des obstacles insurmontables s’y opposaient, et que le roi devait surtout empêcher que son royaume se dépeuplât à l’avantage du Canada. »

L'appareil dont s’entourait le vice-roi était pour la population de Québec, et surtout pour les sauvages accourus dans cette ville, un sujet d'étonnement et d'admiration. Il ne sortait pas sans étre accompagné de vingt-quatre gardes, de quatre pages, de six laquais, et environné d’un grand nombre d'officiers richement vêtus; mais ce fut surtout chez les Peaux Rouges que l'impression produite par cette magnificence et le nombre des soldats débarqués fut la plus forte. Les Hurons envoyèrent douze députés au grandchefOnontio pour lui souhaiter la bienvenue et lui dire leur joie de voir enfin arriver ce secours destiné à les protéger contre les crueis Iroquois qui menaçaient d'achever bientôt l’anéantissement de leur nation. Celui d’entre eux qui prit la parole prononça un discours dor: la forme pittoresque plut infiniment à M. de Tracy.

« A tes pieds, lui dit-il, tu vois les débris d’une

dès aur'; les pas de C lui terri une Juill de 1e qu'y le no des licue,

r dans s dont appré-

ignan, 1diens, tisans, cmiers outons ; grand endant é dans baron n allait tre ses | répone fallait un État y Oppoque son »

pour la auvages ment et mpagné laquais, hement ges que ce et Île rte. Les Onontio eur joie Jrotéger ‘achever d'entre dor: la

Page 1