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ailleurs que les colons de la Nouvelle-Angleterre et leur gouverneur Nicolls les encourageaient instamment à la résistance. Nicolls avait même adressé aux représentants du Massachusetts et du Connecticut des lettres pressantes par lesquelles il les invitait à profiter de l’occasion pour chasser les Français du Canada en unissant leurs forces et en commençant par détruire le corps de M. de Sorel engagé contre les Agniers. Mais ces deux États, dont les habitants étaient occupés à leurs moissons, repoussèrent cette proposition.
C'était le même gouverneur qui écrivait d'autre part à M. de Tracy, alors que ce dernier lui demandait de s'opposer de son côté aux supplices que les Agniers, ses bons amis, infligeaient aux prisonniers français : «Je m'efforcerai dans toutes les occasions de prendre les intérêts des Européens au milieu des païens d’Amérique, comme cela convient à un chrétien, pourvu toutefois que les domaines du roi d'Angleterre ne soient pas envahis et que la sécurité de ses sujets ne se trouve pas mise en danger. Sur tout autre point j'agirai envers vous avec courtoisie et respect, d'autant plus volontiers que votre caractère honorable est connu dans cette partie du monde aussi bien qu’en Europe. »
Manifestation touchante d’une cordialité apparente, destinée à masquer des agissements qui ne tendaient à rien moins qu'au pillage et à la destruction de notre colonie.
Au cours des négociations, le vice-roi avait invité à sa table les envoyés iroquois, parmi lesquels se trouvait un des chefs de guerre compagnons du Bâtard flamand. M. de Tracy témoigna, au cours de ce festin, combien la perte de son neveu, tué récemment, lui était sensible, et il ajouta que le bien public l’avait engagé nonobstant cela à donner la paix au Bâtard fMamand, qui la lui avait demandée.
L'autre chef Agnier, se moquant de la douleur de son hôte, étendit insolemment un bras en présence de
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L'expédition décidée contre les Agniers fut organisée par M. de Tracy qui, malgré ses soixante-deux ans, voulut la commander en personne. Elle se composait de six cents soldats du régiment de Carignan, d’un nombre égal de Canadiens et d’une centaine d’Algonquins alliés. Lorsque cette petite armée fut prête à quitter Québec, le vice-roi la passa en revue devant le Bàtard flamand qui, voyant une troupe si considérable et si bien armée, laissa couler ses larmes et dit tristement : « Nous sommes perdus! » Il pria seulement le chef français de sauver sa femme et ses enfants.
Le rassemblement général eut lieu à la fin de septembre au fort Sainte-Anne récemment construit près du lac Champlain. M. de Courcelles, impatient de prendre une revanche de sa précédente campagne, partit en tête avec quatre cents hommes ; quelques jours après, M. de Tracy suivit avec le reste des troupes. De Québec jusqu’au fort Sainte-Anne la route s’accomplit assez facilement en canots ou en chüloupes, mais au-delà il fallut porter, dans les rapides et aux endroits dépourvus d’eau, les trois cents embarcations, ainsi que les armes et les munitions.
Malgré les précautions prises, les vivres vinrent à manquer et la fanine aurait fait périr bien des hommes, si l’armée, réduite à cette extrémité, n’avait rencontré un bois de châtaigniers chargés de fruits dont elle put se nourrir quelques jours.
Cependant les Agniers ignoraient que leur canton allait être envahi et ils auraient sans doute été surpris si quelques-uns des leurs, ayant rencontré des Algonquins qui les attaquèrent, n'avaient fui en toute hâte et prévenu de l’arrivée des troupes. Le nombre des assaillants les épouvanta tellement que les Français, bien