‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 55 sur 88 · A LA RECIERCHE DU GRAND FLEUVE · texte numérisé non relu

A LA RECIERCHE DU GRAND FLEUVE

dre ; ils élèvent un échafaud, dont le plancher n'est fait que de perches, et par conséquent est percé à jour, afin que la fumée du feu qu'ils font dessous passe au travers et chasse ces petits animaux qui ne la peuvent supporter; on se couche sur ces perches, au-dessus desquelles sont des écorces étendues contre la pluie, »

Dans le même dessein, Jolliet et ses compagnons utilisèrent leurs voiles pour en faire une espèce de cabane dans laquelle ils étaient à peu près à l'abri des moustiques et des rayons du soleil, dont la chaleur devenait insupportable. Comme ils descendaient ainsi au fil de l’eau, ils aperçurent à terre des indigènes armés de fusils qui les invitèrent à débarquer et à venir à leur bourgade, où ils leur otfrirent du bœuf, de l'huile d'ours et des prunes blanches qu'ils trouverent excellentes. [ls apprirent alors qu'ils n'étaient plus qu’à dix journées de la mer, et que d’autres Européens, du côté de l'Est, fournissaient à cette peuplade des étoffes et des armes.

La nouvelle de l'approche de la mer redoubla l'ardeur des Français, qui reprirent le cours de leur explorution.

Les prairies avaient disparu, les deux côtés de la rivière étaient bordés de bois, de cotonniers, d’ormes admirables de hauteur et de grosseur. Les mugissements lointains des bœufs sauvages donnaient cependant lieu de supposer que derritre ce rideau d'arbres des prairies leur servaient de pàturages.

Vers le 33° degré, après avoir presque toujours descendu dans la direction du Sud, on aperçu au bord de l’eau un village et l’on entendit des sauvages qui par des cris continuels s'animaient au combat. Ils élaient armés d’ares, de flèches, de massues et de boucliers.

« Hs se mirent, dit lhistorien de l'expédition, en étal de nous allaquer par terre et par eau ; une partie S'embarque dans de grands canots de bois, les uus pour monter la rivicre, [es autres pour la des-

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cendre, afin de nous couper le chemin et nous envelopper de tous côtés, ceux qui étaient à terre allaient et venaient comme pour commencer l'attaque. De fait de jeunes hommes se jetèrent à l’eau pour se venir saisir demon canot; mais lecourantles ayant contraints de reprendre terre, un d’eux nous jeta sa massue, qui passa par dessus nous sans nous frapper. J'avais beau montrer le calumet et leur faire signe par gestes que nous ne venions pas en guerre, l'alarme continuait toujours, et l’on se préparait déjà à nous percer de flèches, quand les vieillards apercurent notre calumet qu'ils n'avaient pas bien reconnu de loin ; mais comme je ne cessais de le faire paraître, ils en furent touchés, arrêtèrent l’ardeur de leur jeunesse, et mème deux de ces anciens, ayant jeté dans notre canot leurs arcs et leurs carquois pour nous mettre en assurance, ils y entrèrent et nousfirent approcher de terre, où nous débarquàämes, non pas sans crainte de notre part. »

On trouva enfin un indigène qui parlait l’illinois et servit d'interprète. Grâce à lui, cette chaude alarme n'eut pas de suite, et l’on parvint à faire comprendre à ces barbares que l’on allait à la mer. Quelques renseignements leur furent demandés sur la contrée, mais ils répondirent qu'ils seraient fournis huit ou dix lieues plus bas, à un autre grand village nommé Arkansas. Le lendemain, l'expédition arrivait à cette bourgade, qu’elle ne devait pas dépasser.

Jolliet pria les anciens de lui faire connaître ce qu’ils savaient de la mer; ils lui répondirent qu'on en était à quelques journées, mais qu'il y avait sur le trajet plusieurs nations avec lesquelles ils étaient en guerre et qui les empèchaient d'entretenir aucun commerce avec les Européens, car ces ennemis, armés de fusils et très aguerris, faisaient des courses incessantes sur le fleuve.

Pendant cet entretien, on apportait continuellement dans de grands plats de bois de la sagamité, du maïs entier et des morceaux de chien. Les hommes étaient

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