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A LA RECHERCHE DU GRAND FLEUVE

était debout et tout nu, tenant ses mains étendues et levées vers Le soleil, comme s’il eût voulu se défendre de ses rayons, lesquels néanmoins passaient sur son visage entre ses doigts. Quand nous fûmes proche de lui, 1l nous fit ce compliment : « Que le soleil est beau, Français, quand tu nous viens visiter ; tout notre bourg t'attend et tu entreras en paix dans toutes nos cabanes. » Cela dit, ilnousintroduisit dans lasienne, où il y avait une foule de monde, qui nous dévorait des yeux et qui cependant gardait un profond silence.

« Après que nous eûmes pris place, on nous fit la civilité ordinaire du pays, qui est de nous présenter le calumet. Il ne faut pas le refuser, si on ne veut passer pour ennemi. Pendant que tous les anciens pétunaient après nous, pour nous honorer, on vint nous inviter de la part du grand capitaine de tous les Ilinois à nous transporter en sa bourgade, où il voulait tenir conseil avec nous. Nous y allàmes en bonne compagnie, car tous ces peuples, qui n'avaient jamais vu de Français chez eux, ne se lassaient pas de nous regarder. Ils se couchaient sur l'herbe le long des chemins; ils nous devançaient, puis il retournaient sur leurs pas pour nous venir voir encore.

« Étant arrivés au bourg du grand capitaine, nous le vimes à l’entrée de sa cabane, au milieu de deux vieillards, tous trois debov!‘ et nus, tenant leur calumet tourné vers le soleil. Il nous harangua en peu de mots, nous félicitant de notre arrivée ; 1l nous présenta ensuite son calumet et nous fit fumer, en même temps que nous entrions dans sa cabane, où nous reçûmes toutes leurs caresses ordinaires. »

Au conseil succéda un grand festin: de la farine de maïs bouillie dans l’eau et assaisonnée de graisse ; des poissons; un grand chien qu’on venait de tuer, et une pièce de bœuf sauvage, tels furent les mets offerts aux Français. Les morceaux étaient présentés à leur bouche par un des indigènes, € Comme on ferait à un petit enfant. »

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Il fallut ensuite visiter tout le village, composé de 300 cabanes. Pendant que les deux blancs marchaient dans les rues, un des chefs « haranguait continuellement pour obliger tout le monde à les voir sans être importuns. » On leur présentait des ceintures, des jarretières et d’autres ouvrages faits de poils d'ours ou de bœuf, et teints en rouge, en jaune et en gris.

Le lendemain, les explorateurs, conduits par la foule à leurs canots, reprenaient leur navigation. Au confluent du Missouri, ils faillirent être entrainés dans un rapide dont, heureusement pour eux, le bruil signala la présence à temps pour y échapper. «Je n'ai rien vu de plus affreux, déclare le père Marquette ; un embarras de gros arbres entiers, de branches, d'ilots flottants, sortait de l'embouchure de la rivière avec tant d’impétuosité qu'on ne pouvait s'exposer au travers sans grand danger. L'agitation était telle que l’eau en restait toute boueuse et ne pouvait s’épurer. »

Après un parcours d’une vingtaine de lieues, Jollict parvint à l’endroit redouté des Maloumines, où, lui avaient-ils affirmé, un Manitou dévorait les passants. C'était une petite anse de rochers dans laquelle se dégorgeait tout le courant du fleuve, « lequel étant repoussé par une île voisine était contraint de passer par un petit canal, ce qui ne se faisait pas sans un furieux combat de toutes ces eaux rebroussant les unes sur ‘es autres, et sans un grand tintamarre donnant la terreur à des sauvages qui craignent tout. »

Au furet à mesure que l’on descendait le cours du fleuve, l’aspect de ses bords se modifiait, et l’on commençait à voir des cannes, aux nœuds couronnés de feuilles vertes, longues et pointues; elles étaient fort hautes et en si grande quantité que les bœufs sauvages parvenaient à peine à s’y frayer un passage.

Enfin le père Marquette ajoute: « Jusqu'à présent, nous n'avions point été incommodés des maringouins, mais nous entrons comme dans leur pays. Voici ce que font les sauvages de ces quartiers pour s’en défen-

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