I. — La NoUvELLE-FRANCE
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« Lorsaue dans le commencement, disait-il, on nous parlait de ces terres sans arbres, je m'inaginais un pays brûlé, où ja terre était si chétive qu'elle ne pouvait rien produire ; mais nous avons remarqué le contraire, et il ne s’en peut trouver de meilleure, ni pour les blés, ni pour la vigne, ni pour quelques fruits que ce soit. — Il y a des prairies de trois, de six, de dix et de vingt lieues de long ct de trois de large, environnées de forêts de même étendue, au delà desquelles les prairies recommencent. On rencontre quelquefois des herbes fort basses ; quelquefois on les voit hautes de cinq à six pieds: le chanvre qui y croît ralurellement monte jusqu’à huit pieds. Un habitant n'emploierait point des dix années à abattre le bois et à le brûler, dès le jour même de son arrivée il mettrait la charrue en terre. »
M. de Frontenac, rendant compte à son tour à Colbert des résultats du voyage de Jolliet, écrivait au ministre, le 44 novembre 1674, en lui transmettant une carte des régions explorées : « Le sieur Jolliet, que M. Talon m'a conseillé d'envoyer à la découverte de la mer du sud lorsque j'arrivai de France, en est de retour depuis trois mois et a découvert des pays admirables et une navigation si aisée par les belles rivières qu'il à trouvées, que du lac Ontario €: du fort Frontenac on pourrait aller en barque jusque dans le golfe du Mexique, n'ayant qu’un seule décharge à faire dans l’endroitoù le lac Erié tombe dans celui d'Ontario, qui dure peut-être une demi-lieue, et où l’on pourrait avoir une habitation. — Il a été juscu’à dix journées près du golfe du Mexique. »
En récompense de ses services, l’île d’Anticosti, à l'entrée du Saint-Laurent, fut concédée à dolliet, par Icttre patente du roi Louis XIV, « au titre de fief et en considération de sa découverte du pays des [linois. » À sa mort, en 1696, ce fief d'Anticosti fut dévolu à ses enfants, el resta pendant près de deux cents ans la propriété de ses héritiers.
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ANXII
Le comte de Frontenac.
Louis de Buade, comte de Palluau ct de Frontenac, nommé gouverneur en remplacement de M. de Courcelles, était un homme de cinquante ans, d'un esprit vif et pénétrant, d'un caractère ferme mais entier. Sa carrière militiure avait été brillante : il avait servi successivement en Flandre, en Italie, en Allemagne, devant Candie ; il avait eu un bras cassé à la bataille d'Orbitello ; il assistait en 166% à la journée du Saint- Gothard, oùse distingua le régiment de Carignan, qu'il allait retrouver au Canada. D'une valeur éprouvée, d'une capacité égale, il s'était avancé jusqu'au grade de lieutenant général des armées. C'était, dit Saint- Simon, « un homme de beaucoup d'esprit, fort du monde et parfaitement ruiné. » Sa femme passuit, comme lui, pour intelligente et distinguée ; elle donnait le ton de l'élégance et avait un logement à l’Arsenal, où fréquentait la meilleure société de Paris.
« Le mari, constate méchamment Saint-Simon, n'eut pas trop de peine à se résoudre d'aller vivre et mourir à Québec, plutôt que de mourir de farm ici, »
Il avait eu comme compétiteur le gendre de madame de Sévigné. Celle-ci écrivait en effet Le 6 avril 1672 à la comtesse de Grignan : «Ayez une vue surle Canada comme d’un bien qui nest plus à portée; M. de Frontenac en est le possesseur, On n'a pas toujours de pareilles ressourees; mais quot que votre philosophie puisse imaginer, c’est une triste chose que d'habiter un
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