‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 73 sur 88 · EXPÉDITION CONTRE LES TSONNONTOUANS · texte numérisé non relu

EXPÉDITION CONTRE LES TSONNONTOUANS

Dans les premiers jours du mois de juin 1687, tout étant préparé pour l'entrée des troupes en campagne, Champigny monta au fort Frontenac pour y surveiller la concentration des approvisionnements. Dès qu'il fut débarqué, il envoya un détachement de Canadiens et de sauvages cerner deux villages situés à sept ou huit lieues et habités par certains [roquois « qui ne mérilaient rien moins que le traitement qu’on leur fit. » On en ramena une quarantaine aû fort, au milieu duquel on les attacha de file à des poteaux, en üitendant leur transfert à Québec et de là en France. La Hontan, qui fut témoin du fait, raconte dans ses lettres que « ces infortunés chantaient jour et nuit, à la maniere des peuples du Canada lorsqu'ils tombent entre les mains de leurs ennemis. Ils disaient qu'on les trahissuit sans raison, qu'on leur rendait le mal pour le bien, que pour les récompenser du soin qu'ils avaient toujours eu depuis la paix de pourvoir ce fort de poissons et de bêtes fauves pour la subsistance de la garnison, on les attachait à des piquets de telle manière qu'ils ne pouvaient ni dormir ni se défendre des moucherons, qu’en reconnaissance du commerce de pelleteries qu'ils avaient procuré aux Français, on les faisait cselaves, après avoir égorgé leurs pères et leurs vieillards. »

On arrêta aussi plusieurs chefs qui étaient venus sans défiance au-devant : gouverneur, et on leur fit subir le mème traitement.

De pareils agissements devaient avoir dans les cantons le contre-coup le plus funeste, La première victime en fut le père Millet, missionnaire chez les Onneyouts, que ces derniers saisirent et torturèrent. Is l’auraient brûlé sans l’intervention d’une matrone qui l’adopta et le cacha dans sa cabane. Le père de Lamberville, missionnaire chez les Onnontagués, dut son salut à l'attachement que lon avait pour lui dans ce canton. Les anciens le firent partir sur-le-champ et conduire au fort Frontenac pour le soustraire au

supplice que lui auraient certainement infligé les guerriers dans leur fureur de représailles.

On peut juger de la durée du ressentiment soulevé dans les cantons par un fait que rapporte un déserteur français nommé Sagean, que les hasards d’une existence aventureuse avaient amené à la Nouvelle-York. Ce coureur des bois accompagnait, deux ans après l'incident, quinze traitants hollandais dans les cantons. Il leur servait d’interprète. À quelques lieues du fort Orange, ils trouvèrent un campement de sauvages, au nombre de dix-neuf cents. « Ils revenaient de faire la guerre aux Français du Canada, dont ils avaient emmené quarante-huit prisonniers de tout sexe et de tout âge, desquels la plupart étaient attachés à des poteaux, entre autres six hommes, auxquels ces barbares avaient déjà arraché les ongles et la chevelure avec la peau de la tête, ce qui fut un spectacle bien touchant pour ledit Sagean, auquel et à ceux de sa compagnie les chefs ayant demandé ce qu’ils voulaient, ils répondirent d’abord qu’ils étaient venus pour les voir, et leur présentèrent du tabac haché, dont chacun emplit son calumet, et ils fumèrent, tous ensemble, chacun sa pipe, dans un grand silence, après quoi ils se mirent à crier : que demandes-tu ? — Pour lors, ledit Sagean leur exposa le sujet de son ambassade, leur disant qu’il était là de la part de l’Onontio des Anglais pour les prier, par l’amitié qui était entre eux, de ne plus massacrer commeils le faisaient les Français qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains, mais de les envoyer au fort Orange pour les rançonner, ce ques les Hollandais appuyèrent de leur côté. Mais bien loin de leur accorder cette demande, ils protestèrent que tant que le soleil et la lune paraîtraient ils ne cesseraient de faire la guerre aux Français et de les massacrer, pour venger, disaient-ils, la perte de plus de quatrevingls des leurs que M. de Denonville, gouverneur de la Nouvelle-France, leur avait enlevés, lesquels il avait envoyés en Europe d’où ils n'étaient jamais revenus,

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et qu'ils devaient cette satisfaction à leurs parents, quine cessaient de pleurer leur perte et d’en demander vengeance, que tantqu’il yaurait des gens de leur nation ils ne cesseraient d'exercer cette vengeance, ce qu'ils accompagnaient de hurlements et d’imprécations épouvantables, s’arrachant les cheveux, se mordant les lèvres et jetant en l'air des tisons de feu tout allumés, pour signilier le souhait qu'ils faisaient que le feu du ciel tombât sur eux et sur leurs descendants s'ils démordaient jamais de cette résolution.

«Ils immolèrent à leur ragele même jour, en présence dudit Sagean et ceux de sa suite, ces six malheureuses victimes auxquelles 1ls avaient auparavant enlevé la chevelure et arraché les ongles, leur ayant fendu le ventre et fait boire leur sang aux petits enfants qui l'avalaient avec une avidité merveilleuse. Ensuite ils les arrachèrent par morceaux qu'ils mirent à bouillir dans des chaudières et dont ils firent un grand festin.

« Ledit Sagean et les Hollandais qui laccompagnaient séjournèrent pendant trois Jours à leur camp. On voulut souvent les régaler de chair humaine, mais ils marquèrent constamment, par les refus qu'ils firent d'en tàter, l'horreur qu'ils avaient pour un mets si odieux, Ayant pris congé d'eux le troisième jour après leur arrivée au camp, ces barbares étalèrent à leurs yeux, avec beaucoup d'ostentation, les chevelures tenant à la peau des têtes de seize hommes francais qu'ils avaient massacrés, plantées sur des perches comme des étendards à la porte de leur chef, »

Dès les premiers jours de son administration M. de Denonville s'était préoccupé des renforts que pourraient Lui fournir Les divers postes des pays d'en haut; ilavail envoyé des instructions à leurs comimandants pour leur indiquer la part qu'ils devraient prendre à la campagne contre les Tsonnontouans ? Font avait reçu l’ordre de marcher avec les Ilinots par le sud des lacs sur le territoire de ces ennemis auxquels il couperail ainsi la retraite; du Lhut, retranché à la tète du

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