I. -— La NouvELLE-FRANCE
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Détroit, du côté du lac Huron, devait concentrer en ce lieu les diverses nations des lacs; Nicolas Perrot, qui se trouvait chez les Sioux, fut chargé de rassembler les coureurs des bois en traite dans ces parages ainsi que les sauvages de la baie des Puants et de serendre avec eux à Michillimakinac ; le commandant de ce dernier poste, de la Durantaye, eut pour mission de réunir les Outaouais, les Hurons et les Saulteurs pour gagner ensuite le fort du Détroit. Mais la plupart des alliés, que les tristes agissements de M. de La Barre avaient mécontentés, ne fournirent que des contingents bien inférieurs à ceux que l’on attendait ; plusieurs comme les Outaouais et les Hurons entretenaient d’ailleurs à notre insu des relations avec les [roquois. Tonti. qui espéraitréunir cinq ou six cents Illinois, n’en amena que quatre-vingts ; les chefs ne voulurent pas en laisser partir d’autres. Ils avaient en effet reçu l'avis qu’un oros parti de Tsonnontouans s'était mis en marche pour manger leurs villages. Le fait était exact, mais cette bande avait été arrêtée en route par un envoyé de Dongan chargé de l’avertir que le canton allait être attaqué par les Français.
En partant de Michillimakinac, de la Durantaye surprit un parti de trente Anglais accompagnés de sauvages qui allaient en traite au nord des lacs, ce qui leur était formellement interdit, aux termes du traité de 1686. Il les fit prisonniers et nos alliés pillèrent leurs marchandises. Une autretroupe de pareilnombre, rencontrée par Tonti au lac Érié, subit le même sort.
Le 10 juillet 1687 l’armée, ayant à sa tête M. de Denonville, arriva sur les bords du lac Ontario, au pays des Tsonnontouans, en même temps que cent soixante coureurs des bois et quatre cents sauvages amenés par la Durantaye, Tonti, du Lhut et Perrot, qui remirent au gouverneur les soixante prisonniers anglais. Avec ces derniers, ils aient saisi un nommé Marion, déserteur français, qui leur servait de guide et d'interprète auprès de nos älliés, chez lesquels il avait séjourné
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avant de se rendre à la Nouvelle-Angleterre. M. de Denonville le fit passer par les armes.
Les divers corps se réunirent sur là plage à l’'embouchure de la rivière des Sables; on y éleva un retranchement pour protéger la flottille qui avait servi à remonter le Saint-Laurent et à traverser les lacs. «C'était, ditun contemporain, le spectacle Le plus extraordinaire qu'on eût jamais vu dans ce pays et qu'on puisse se figurer en Europe. On y voyait un fort grand nombre de visages tout différents, avec une pareille diversité d'armes, de parures, de danses et de manières. On y entendait des chansons, des cris, des harangues de toutes sortes de tons et de langues. La plupart de ces barbares n'avaient, pour tout habit, que des queues de bêtes derrière le dos, et des cornes sur la tête. Ils avaient le front et les joues peints en vertou en rouge, le nez et les oreilles percés et chargés de fer, et tout le corps colorié de diverses figures d'animaux. » (De Saint-Vallier.)
Le 12 juillet, on se mit en marche ; l'avant-garde était dirigée par M. de Callières, commandant de Montréal ; elle comprenait trois compagnies de Canadiens, sous les ordres de la Durantaye, du Lhutet Tonti, flanqués à gauche des sauvages qu'ils avaient amenés ; une autre bande de trois cents Peaux-Rouges chrétiens conduits par de Sainte-Hélène les soutenait à droite. Le corps principal, composé de soldats réguliers et de miliciens, au milieu desquels avait pris place le gouverneur, suivait à quelque distance.
La bourgade ennemie la plus importante se trouvait à sept lieues des bords du lac. Dans la premitre journée les troupes, àtravers bois, parcoururent quatre lieues. Le lendemain, par une chaleur extrême, l'avant-garde s’engagea dans un vallon profond, couvert d'épais taillis. Elle y fut brusquement assaillie par cinq cents Iroquois embusqués à la tête de ce défilé. Deux ou trois cents autres s'élaient cachés dans des marécages voisins du sentier que suivait l'armée ;
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ils devaient la prendre à revers et la placer entre deux feux ; trompés par l’impôrtance de l'avant-garde, ils sortirent de leur retraite aussitôt qu’elle eut passé devant eux. Poussant alors des hurlements forcenés, ils commencèrent contre le détachement une violente fusillade, puis le chargèrent le casse-tête à la main pendant que l’autre bande l’assaillait en tête avec la même fureur. Il y eut parmi les alliés unc véritable panique : les Outaouais en particulier s’enfuirent en désordre au premier choc; mais les sauvages chrétiens secomportèrent mieux,etles Canadiens, encouragés par leurs officiers, engagèrent d'arbre en arbre, contre les assaillants, une fusillade qui en tua ou blessa un certain nombre. Leur résistance permit d'attendre sans lâcher pied les troupes régulières que le gouverneur, au bruit des coups de feu et des cris de guerre, avait fait avancer au plus vite. Marchant à leur tête, 1l chargea les rsonnontouans qu'il mit en fuite. Dix hommes avaient été tués de notre côté, et une centaine blessés dans cette rencontre. Plus de quatre-vingts [roquois étaient restés sur le champ de bataille; nos sauvages les scalpèrent et les Outaouais, qui avaient lâchement pris la fuite aux premiers coups de feu, se vengèrent de leur poltronnerie en coupant les cadavres en morceaux pour les mettre à la chaudière.
Les troupes, qui avaient campé sur place après cette rude affaire, trouvèrent le lendemain la bourgade incendiée ; les Tsonnontouans, reconnaissant l’impossibilité de résister à cette invasion, avaient mis le feu pendant la nuit à leurs cabanes et s'étaient enfuis au loin. Dix jours furent employés à détruire trois autres villages et les champs qui les entouraient, à couper le maïs sur pied et à enlever le grain qui servit à ravitailler les postes des lacs. Cette œuvre achevée, une partie des troupes revint avee M. de Denonville à Niagara; le reste regagna le fort Frontenac et Montréal.
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puissance se trouva ébranlée; par le fait de la destruction de leurs provisions, beaucoup périrent de misère l'hiver suivant ; leurs esclaves s’enfuirent ; de neuf cents guerriers ils se virent réduits à quatre ou cinq cents. Enfin les intrigues des Anglais, qui cherchaient à nous enlever le commerce des pelleteries dans les hauts pays, se trouvèrent déjouées. Pour y apporter un dernier obstacle, le gouverneur remit en état le fort de Niagara, dont La Salle avait si bien compris l'importance comme base de communication avec les lacs et comme barrière aux courses des Iroquois, amenant à leur suite les marchands de la Nouvelle-York. Ilen confia la garde à une centaine de soldats sous le commandement du capitaine de Troyes qui venait de se signaler à la baie d'Hudson, et redescendit à Québec. Malheureusement les vivres laissés dans les magasins étaient avariés, le scorbut se déclara bientôt parmi les hommes ; le défaut de médicaments permit à l'épidémie de se développer d’une manière effrayante; quatre-vingt-dix malades et le capitaine succombèrent en quelques jours. Les autres, épouvantés, abandonnèrent le fort pour rejoindre Montréal.
La leçon infligée aux Tsonnontouans avait d'abord cffrayé les autres cantons ; mais les pertes subies par ces barbares n'étaient pas suffisantes pour mettre un terme à leur soif de vengeance, et les incursions des bandes dans la colonie recommencèrent bientôt. L'une d'elles enleva trois soldats auprès du fort Frontenac; une autre vint faire quelques prisonniers et brûler des fermes aux abords du fort Chambly; elle avait, on l’apprit depuis, reçu des munitions de la Nouvelle- York et des encouragements du colonel Dongan à pousser son attaque au cœur même de la Nouvelle- France. Au printemps de 1688, un détachement conduit au fort Frontenac par M. de Sainte-Hélène était altaqué dans les rapides ; plusieurs hommes étaient tués ou pris, les autres s’enfuirent pour éviter le même sort. A Sorel, à Contre-Cœur, à Saint-Ours, à Boucherville,
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