‹ La nouvelle HéloïseChapitre 153 sur 214 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

cicté. C'est , je croîs , vous dire assez qu'on n'entend pas vous en exclure, à moins que cette exclusion ne vienne de vous. En voyant par la lettre ci-jointe que j'ai fait plus que vous ne me demandiez, apprenez à prendre un peu plus de confiance en vos amis , et à ne plus reprocher à leur cœur des chagrins qu'ils partagent quand la raison les force à vous en donner. M. deWoImar veut vous voir; il vous offre sa maison , son amitié , ses conseils : il n'en fallait pas tant pour calmer toutes mes craintes sur votre voyage ; et je m'offenserais moi-même si je pouvais un moment me défier de vous. Il fait plus , il prétend vous guérir, et dit que ni Julie, ni lui , ni vous , ni moi , ne pouvons être parfaitement heureux sans cela. Quoique j'attende beaucoup de sa sagesse, et plus de votre vertu , j'ignore quel sera le succès de cette entreprise. Ce que je sais bien, c'est qu'avec la femme qu'il a , le soin qu'il veut prendre est une pure générosité pour vous.

Venez donc , mon aimable ami, dans la sécurité d'un cœur honnête , satisfaire l'empressement que nous avons tous de vous embrasser, et de vous voir paisible et content ; venez dans votre pays et parmi vos amis vous délasser de vos voyages , et oublier tous les maux que vous avez soufferts. La dernière fois que vous me vîtes j'étais une grave matrone , et mon amie était à l'extrémité ; mais à présent qu'elle se porte bien, et que je suis redevenue fille;' me voilà tout aussi folle et presque aussi jolie qu'avant mon mariage. Ce qu'il y a du moins de bien sûr, c'est que je n'ai point changé pour vous , et que vous feriez bien des fois le tour du monde avant d'y trouver quelqu'un qui vous aimât comme moi.

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