QUATRIEME PARTIE
tendre, crois-moi, crois-en ma tendre amitié, crois-en tous les sentiments qui peuvent naître dans le cœur de la pauvre Claire , j'aurais un intérêt trop sensible à t'en garantir pour l'abandonner à toi seule.
Ce que M. de Wolmar t'a déclaré des connaissances qu'il avait avant Ion mariage me surprend peu : tu sais que je m'en suis toujours douté ; et je te dirai de plus que mes soupçons ne se sont pas bornés aux indiscrétions de Dabi. Je n'ai jamais pu croire qu'un homme droit et vrai comme Ion père, et qui avait tout au moins des soupçons lui-même, pût se résoudre à tromper son gendre et son ami; que s'il l'engageait si fortement au secret, c'est que la manière de le révéler devenait fort différente de sa part ou de la tienne , et qu'il voulait sans doute y donner un tour moins propre à rebuter M. de Wolmar que celui qu'il savait bien que tu ne manquerais pas d'y donner loi-méme. Mais il faut te renvoyer ton exprès ; nous causerons de tout cela plus à loisir dans un mois d'ici.
Adieu, petite cousine; c'est assez prêcher la prêcheuse : reprends ton ancien métier, et pour cause. Je me sens tout inquiète de n'être pas encore avec toi. Je brouille toutes mes affaires en me hâtant de les finir, et ne sais guère ce que je fais. Ah! Chaillot, Chaillot!... si j'étais moins folle!... mais j'espère de l'être toujours.
P. S. A propos , j'oubliais de faire compliment à ton altesse. Dis-moi , je t'en prie , monseigneur ton mari est-il atteman , knès , ou boj'ard ? Pour moi , je croirai jurer s'il faut l'appeler madame la boyarde '. 0 pauvre enfant! toi qui as tant gémi d'être née demoiselle , le voilà bien chanceuse d'être la femme d'un prince ! Entre nous cependant, pour une dame de si grande qualité, je te trouve des frayeurs un peu roturières. Ne sais-tu pas que les petits scrupules ne conviennent qu'aux petites gens, et qu'on rit d'un enfant de bonne maison qui prétend être fils de son père?