IX. — DE SAINT-PREUX A MADAME U ORBE
OÙ étes-vous, charmante cousine? où cles-vous, aimable confidenle de ce faible cœur que vous partagez à tant de litres et que vous avez consolé tant de fois ? Venez ; qu'il verse aujourd'hui dans le vôtre l'aveu de sa dernière erreur. N'est-ce pas à vous qu'il appartient toujours de le purifier? et sait-il se reprocher encore les torts qu'il vous a confessés? Non, je ne suis plus le même , et ce changement vous est dû : c'est un nouveau cœur que vous m'avez fait, et qui vous offre ses prémices; mais je ne me croirai délivré de celui que je quitte qu'après l'avoir déposé dans vos mains. 0 vous qui l'avez vu naître , recevez ses derniers soupirs!
L'eussiez-vous jamais pensé? le moment de ma vie où je fus le plus content de moi-même fut celui où je me séparai de vous. Revenu de mes longs égarements, je fixais à cet instant la tardive époque de mon retour à mes devoirs; je commençais à payer enfin les immenses dettes de l'amitié , en m'airachant d'un séjour si chéri pour suivre un bienfaiteur, un sage , qui , feignant d'avoir besoin de mes soins, mettait le succès des siens à l'épreuve. Plus ce départ m'était douloureux , plus je m'honorais d'un pareil sacrifice. Après avoir perdu la moitié de ma vie à nourrir une passion malheureuse, je consacrais l'autre à la justifier, à rendre par me^ vertus un plus digne hommage à celle qui reçut si longtemps tous ceux de mon cœur. Je marquais hautement le premier de mes jours où je ne faisais rougir de moi ni vous , oi elle , ni rien de tout ce qui m'était cher.
M ylord Edouard avait craint l'atlendrissement des adieux, et nous voulions partir sans être aperçus : mais, tandis que tout dormait encore , nous ne pûmes tromper votre vigilante amitié. En apercevant votre porte entr'ouverte et votre femme de chambre au guet , en vous voyant venir au-devant de nous , en entrant et trouvant une table à thé préparée, le rapport des circonstances me fit songer à d'autres temps; et, comparant ce départ à celui dont il me rappelait l'idée, je me sentis si différent de ce que j'étais alors, que, me félicitant d'avoir Edouard pour témoin de