‹ La nouvelle HéloïseChapitre 20 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que vous honorez ma retenue ? el mon inviolable respect méritaitil cet affront de votre p .; l? Bien loin que le départ de votre pt'ie nous ait laissé plus de liberté , à peine peut-on vous voir seule. Votre inséparable cousine ne vous quitte plus. Insensiblement nous allons reprendie nos premières manières de vivre et noîre ancienne circonspection, avec cette unique différercc qu'alors elle vous était à charge, et qu'elle vous plail maintenant.

Quel sera donc le prix d'un si pur hommage, si votre estime ne l'est pas? et de quoi me sert l'abstinence éternelle et volontaire de ce qu'il y a de jilus doux au monde , si celle qui l'exige ne m'en sait aucun gré? Certes, je suis las de souffrir inutilement, et de me condamner aux plus dures privations sans en avoir même le mérite. Quoi! faut-il que vous embellissiez impunément, tandisque vous me méprisez? faut-il qu'incessamment mes yeux dévorent des charmes dont ma bouche n'ose ap,. rocher? fau',-il enfin que je m'ôte à moi-même toute espérance sans pouvoir au moms m'honorer d'un sacrifice aussi rigoureux? Non; puisque vous ne vous fiez pas à ma foi , je ne veux plus la laisser vainement engagée : c'est une sûreté injuste que celle que vous tirez à la fois de ma parole et de vos précautions; vous êtes trop ingrate, ou je suis trop scrupuleux , et je ne veux plus refuser de la fortune les occasions que vous n'aurez pu lui ôter. Enfin, quoi qu'U en soit de mon sort, je sens que j'ai pris une charge au-dessus de mes forces. Julie , reprenez la garde de vous-même, je vous rends un dépôt trop dangereux pour la fidélité du dépositaire , et dont la défense coûtera moins à votre cœur que vous n'avez feint de le craindre.

Je vous le dis sérieusement : comptez sur vous, ou chassez moi, c'est-à-dire ôlez-moi la vie. J'ai pris un engagement téméraire. J'admire comment je l'ai pu tenir si longtemps; je sais que je le dois toujours ; mais je sens qu'il m'est impossible. On mérite de succomber quand on s'impose de si périlleux devoirs. Croyezmoi, chère et tendre Julie, croyez-en ce cœur sensible qui ne vil que pour vous; vous serez toujours respectée : mais je puis un instant manquer de raison , et l'ivresse des sens peut dicter un crime dont on aurait horreur de sang- froid. Heureux de n'avoir point trompé votre espoir, j'ai vaincu deux mois, et vous me devez le prii de deux siècles de souffrances.

hoLiîStAiJ.

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