‹ La nouvelle HéloïseChapitre 210 sur 214 · IX. — DE FANCHON ANET A SAIKT-PREUX · texte numérisé non relu

IX. — DE FANCHON ANET A SAIKT-PREUX

Ah monsieur ! ah mon bienfaiteur! que me charge-t-ou de vous apprendre!... Madame... ma pauvre maîtresse... 0 Dieu! je vois

■ Le château de Chillon, ancien séjour des baillis de Vevay, est situé dans le lac, sur un rocher qui forme une presqu'île , et autour duquel j'ai vu sonder à plus de cent cinquante brasses, qui font près de huit cents pieds, sans trouver le fond. On a creusé dans ce rocher des caves et des cuisines au-dessous du niveau de l'eau , qu'on y introduit quand on veut par des robinets. C'est là que fut détenu six ans prisonnier François Bonnivard , prieur de Saint-Victor, homme d'un mérite rare, <l'iine droiture et d'une fermeté à toute épreuve , ami de la liberté, ROUSSEAU. ,7

déjà votre frayeur... mais rous ne voyez pas notre désolation... Je n'ai pas un moment à perdre; û faut vous dire... il faut courir... je voudrais déjà vous avoir tout dit... Ah ! que deviendi-ez-vous quand vous saurez notre malheur?

Toute la famille alla hier diner à Chillon. Monsieur le baron , qui allait en Savoie passer quelques jours au château deBlonay, partit après le diner. On l'accompagna quelques pas; puis on se promena lo long de la digue. Madame d'Orbe et madame la baillive marchaient devant, avec monsieur. Madame suivait , tenant d'une main Henriette , et de l'autre Marcellin. J'étais derrière avec l'ainé. Monseigneur le bailli, qui s'était arrêté pour parler à quelqu'un, vint rejoindre la compagnie, et offrit le bras à madame. Pour le prendre elle me renvoie Marcellin : il court à moi, j'accours à lui; en courant l'enfant fait un faux pas, le pied lui manque , il tombe dans l'eau. Je pousse un cri perçant : madame se retourne, voit tomber son iils, part comme un trait, et s'élance après lui...

Ah misérable, que n'en fis-je autant ! que n'y suis-je restée !... Hélas ! je retenais l'ainé, qui voulait sauter après sa mère... elle se débattait en serrant l'autre entre ses bras... On n'avait lu ni gens ni bateau, il fallut du temps pour les retirer... L'enfant est remis; mais la mère... le saisissement, la chute, l'état où elle était... Qui sait mieux que moi combien cette chute est dangereuse?... tlle resta très-longtemps sans connaissance. A peiue l'eut-clle reprise , qu'elle demanda son fils... Avec quels transports de joie elle l'embrassa ! Je la crus sauvée ; mais sa vivacité ne dura qu'un moment. Elle voulut être ramenée ici; durant la route elle s'est trouvée mal plusieurs fois. Sur quelques ordres qu'elle m'a donnés, je vois qu'elle ne ci*oil pas en revenir. Je suis trop malheureuse , elle n'en reviendra pas. Madame d'Orbe est plus changée qu'elle. Tout le monde est dans une agitation... Je suis la plus tranquille de toute la maison.... De quoi m'inquiéterais-je?.... Ma bonne maîtresse ! ah! si je vous perds, je n'aurai plus besoin de personne... 0 mon cher monsieur, que le bon Dieu vous soutienne

quoique Savoyard, et tolérant, quoique prêtre. Au reste, l'année où ce» dernières lettres paraissent avoir été écrites , il y avait très-longtomp* que les baillis de Vevay n'habitaient plus le cliàteau de Chillon. On supposera, si l'on veut, que celui de ce leinps-lâ y. était allé jHisseï queliiiies jours.

dans celte épreuve!... Adieu... Le rncdecin sort de la chambre. Je cours au-devant de lui... S'il nous donne quelque bonne espérance, je vous le marquerai. Si je ne dis rien...

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