‹ La nouvelle HéloïseChapitre 35 sur 214 · XIX. — A JDLIE · texte numérisé non relu

XIX. — A JDLIE

Rien ne m'arrête plus ici que vos ordres ; cinq jours que j'y ai passés ont suffi et au delà pour mes affaires ; si toutefois on peut appeler des affaires celles où le cœur n'a point de part. Enfin vous n'avez plus de prétexte, et ne pouvez me retenir loin de vous qu'afin de me tourmenter.

Je commence à être fort inquiet du sort de ma première lettre; elle fut écrite et mise à la poste en arrivant ; l'adresse en est fidèlement copiée sur celle que vous m'envoyâtes ; je vous ai envoyé la mienne avec le même soin; et si vous aviez fait exactement réponse, elle aurait déjà dû me parvenir. Cette réponse pourtant ne vient point, et il n'y a nulle cause possible et funeste de son retaid, que mon esprit troublé ne se figure. 0 ma Julie ! que d'imprévues catastrophes peuvent en huit jours rompre à jamais les plus doux liens du monde! Je frémis de songer qu'il n'y a pour moi ({u'un seul moyen d'être heureux , et des millions d être misérable '. Julie, m'auiiez-vous oublié.^ Ah! c'est la plus affreuse de

' On me dira que c'est le devoir d'un éditeur de corriger les fautes de langue. Oui bien pour les éditeurs qui font cas de celte corrcclion; oui bien pour les ouvrages dont on peut corriger le style sans le refondre et le gâter ; oui bien quand on est assez sur de sa plume pour ne pas substituer ses propres fautes à celles de l'auteur. Kt, avec tout cela, qu'aura-l-on gagné à faire parler un Suisse comme uo académicien ?

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