PREMIÈRE PARTIE
mes craintes! Je puis préparer ma constance aux autres malheurs, mais toutes les forces de mon àme défaillent au seul soupçon de celui-là.
Je vois le peu de fondement de mes alarmes , et ne saurais les calmer. Le sentiment de mes maux s'aigrit sans cesse loin de vous; et, comme si je n'en avais pas assez pour m'abattre , je m'en forge encore d'incertains pour irriter tous les autres. D'abord mes inquiétudes étaient moins vives. Le trouble d'un déjjart subit , l'agitation du voyage , donnaient le change à mes ennuis ; ils se raniment dans la tranquille solitude. Hélas! je combattais; un fer mortel a percé mon sein , et la douleur uc s'est fait sentir que longtemps après la blessure.
Cent fois, en lisant des romans, j'ai ri des froides plaintes des amants sur l'absence. Ah ! je ne savais pas alors à quel point la vôtre un jour me serait insupportable ! Je sens aujourd'hui combien une àme paisible est peu propre à juger des passions, et combien il est insensé de rire des sentiments qu'on n'a point éprouvés. Vous le dirai-je pourtant? je ne sais quelle idée consolante et douce tempère en moi l'amertume de votre éloignement, en songeant qu'il s'est fait par votre ordre. Les maux qui me viennent de vous me sont moins cruels que s'ils m'étaient envoyés par la fortune ; s'ils servent à vous contenter, je ne voudrais pas ne les point sentir ; ils sont les garants de leur dédommagement, et je connais trop bien votre àme pour vous croire barbare à pure perte.
Si vous voulez m'éprouver, je n'en murmure plus; il est juste que vous sachiez si je suis constant , patient , docile , digne en un mol des biens que vous me réservez. Dieux! si c'était là votre idée, je me plaindrais de trop peu souffrir. Ah! non , pour nourrir dans mon cœur une si douce attente , inventez , s'il se peut, des maux mieux proportionnés à leur prix.