‹ La nouvelle HéloïseChapitre 45 sur 214 · XXVI. — A JULIE · texte numérisé non relu

XXVI. — A JULIE

Que mon état est changé dans peu de jours ! Que d'amertumes se mêlent à la douceur de me rapprocher de vous ! Que de tristes réflexions m'assiègent ! Que de traverses mes craintes me font prévoir! 0 Julie! que c'est un fatal présent du ciel qu'une âme sensible ! Celui qui l'a reçue doit s'attendre à n'avoir que peine et douleur sur la terre. Vil jouet de l'air et des saisons , le soleil ou les brouillards , l'air couvert ou serein , régleront sa destinée , et il sera content ou triste au gré des vents. Victime des préjugés, il trouvera dans d'absurdes maximes un obstacle invincible aux justes vœux de son cœur. Leshouiracs le puniront d'avoir des sentiments droits de chacjue chose , et d'en juger par ce qui est véritable plutôt que par ce qui est de convention. Seul il suffirait pour faire sa propre misère , en se livrant indiscrètement aux attraits divins de l'honnête et du beau , tandis que les pesantes chaînes de la nécessité l'attachent à l'ignominie. Il cherchera la félicité suprême sans se souvenir qu'il est homme : son cœur et sa raison

'Odieux! se sentir mourir, et n'oser dire : Je me sens mourir; Metast.

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