XXX. — REPONSE
Fille infortunée! hélas! qu'as-tu fait.' Mon Dieu! tu étais si digne d'être sage! Que te dirai-je dans l'horreur de ta situation, et dans l'abattement où elle te plonge? Achèverai-je d'accablerton pau\Te cœur ? ou t'offrirai-je des consolations qui se refusent au mienPTe montrerai-je les objets tels qu'ils sont, ou tels qu'il leconvienl de les voir? Sainte et pure amitié, porte à mon esprit tes
douces illusions; et, dans la tendre pitié que tu m'inspires, abusemoi la première sur des maux que tu ne peux plus guérir.
J'ai craint, tu le sais, le malheur dont tu gémis. Combien de fois je te l'ai prédit sans être écoulée!... il est l'effet d'une téméraire confiance... Ah! ce n'est plus de tout cela qu'il s'agit. J'aurais trahi ton secret , sans doute , si j'avais pu te sauver ainsi : mais j'ai lu mieux que toi dans ton cœur trop sensible : je le vis se consumer d'un feu dévorant que rien ne pouvait éteindre. Je sentis dans ce cœur palpitant d'amour qu'il fallait être heureuse ou mourir ; et quand la peur de succomber te fit bannir ton amant avec tant de larmes , je jugeai que bientôt tu ne serais plus, ou qu'il serait bientôt rappelé. Mais quel fut mon effroi quand je te vis dégoûtée de vivre, et si près de la mort ! N'accuse ni ton amant ni toi d'une faute dont je suis la plus coupable , puisque je l'ai prévue sans la prévenir.
Il est vrai que je partis malgré moi ; tu le vis , il fallut obéir ; si je t'avais cme si près de ta perte, on m'aurait plutôt mise en pièces que de m'arracher à toi. Je m'abusai sur le moment du péril. Faible et languissante encore, tu me parus en sûreté contre une si courte absence : je ne prévis pas la dangereuse alternative où lu l'allais trouver ; j'oubliai que ta propre faiblesse laissait ce cœur abattu moins en état de se défendre contre lui-même. J'en demande pardon au mien ; j'ai peine à me repentir d'une erreur qui l'a sauvé la vie ; je n'ai pas ce dur courage qui le faisait renoncer à moi ; je n'aurais pu te perdre sans un mortel désespoir, et j'aime encore mieux que tu vives et que tu pleures.
Mais pourquoi tant de pleurs, chère et douce amie? Pourquoi ces regrets plus grands que ta faute , et ce mépris de loi-même que tu n'« pas mérité? Une faiblesse cffacera-t-elle tant de sacrifices? et le danger même dont tu sors n'est-il pas une preuve de ta vertu ? Tu ne penses qu'à la défaite , et oublies tous les triomphes pénibles qui l'ont précédée. Si tu as plus combattu que celles qui résistent, n'as-tu pas plus fait pour l'honneur qu'elles? Si rien ne peut le justifier, songe au moins à ce qui l'excuse. Je connaisà peu près ce qu'on appelle amour; je saurai toujours résister aux transports qu'il inspire : mais j'aurais fait moins de résistance à un amour pareil au tien ; et sans avoir été vaincue , je suis moins chaste que loi.
Ce langage te choquera; mais Ion plus grand malheur est de l'a-