ALB£UT
C'est siupide d'être allé vous faire peuri
ANTOINETTE
Oh! ce n'est pas pour moi que j'ai peur !... Une fois déjà, la sainte Vierge m'a sauvée... Elle peut me guérir encore !..= Y a-t-il danger que l'on vous arrête ?
Des imbéciles ont répandu ce bruit... N'y croyez pas.
ANTOINETTE
Quel bonheur!... Je serais tellement désolée s'il vous arrivait la moindre contrariété!... Les religieuses ont eu bien soin de moi, et, malgré cela, depuis que je suis née, vous êtes la première personne qui ait songé à me faire plaisir... A l'hôpital, vous restiez des dix minutes à bavarder près de mon lit... Et les oranges et les bonbons que vous m'apportiez !... Ce n'est pas que je sois gourmande... Mais un homme comme vous^ qui a tant de choses à penser !...
ALBERT
C'est pour me raconter toutes ces balivernes que...
ANTOINETTE
Voilà I... Vous grondez dès qu'onditque vous êtes bon!... [Baissant la voix.) Vous êtes si bon, que vous
avez du chagrin à cause de moi... Je l'ai parfaileraent remarqué hier, lorsque je vous ai fait voir cette rougeur... [Elle porte la main à sa poitrine .)
ALBERT
Vous avez mal remarqué...
ANTOINETTE
N'essayez pas de me tromper... Un jonr... j'étais si faible... comme morte... vous avez dit aux internes : « Pauvre petite Antoinette ! avant la fin de la semaine, elle aura vu les splendeurs de son Paradis !... » Après la visite, vous êtes revenu seul, et vous m'avez fait une piqûre là où j'ai mal maintenant...
ALBERT
Alors, vous...
ANTOINETTE
J'avais ma connaissance, mais je nebougeais pas... J'ai eu l'idée, tout de suite, que vous tentiez quelque chose de hardi... A présent que la mère supérieure a prononcé le mot, je me rends bien compte de ce que vous avez essayé... Nous avions une sœur qui est morte de cela vers Noël... Il fallait, pendant les derniers jours, beaucoup prendre sur soi pour l'approcher... (t^nsiVence.)
ALBERT
Comment appelle-t-on les gens qui font ce que j'ai fait?
ANTOINETTE
Comment?...
ALBERT
Assassins, n'est-ce pas?...
ANTOINETTE
Je savais bien que vous avez du cliagrin!... Il ne faut pas !... Vous m'auriez proposé ce qui est arrivé, j'aurais consenti tout de suite, ..Me croyez-vous donc trop sotte pour comprendre que mon mal peut amener à guérir une foule de gens ? Je voulais être sœur de charité, et consacrer ma vie aux malades... Eh bien ! je livre ma vie en gros, au lieu de la donner en détail...
Il n'y a pas que les sœurs de chaiùté qui savent mourir proprement !
ANTOINETTE
Les savants aussi !... [Elle se jette aux genoux d'Albert.) Quand j'ai appris que l'on vous accusait, je me suis dit aussitôt : « Si on l'empêche de continuer ses expériences, il les achèvera sur lui-même!... » Ne faites pas cela, monsieur le docteur 1... Vous m'avez pour vos observations...
ALBERT
Tu t'es dis cela, toi?... Tu n'as pas pensé : « Il se tuera pour se punir ?... »
ANTOINETTE^ avec effroi.
Oh!... se suicider!... Enlever du monde quelqu'un comme vous, à cause d'une pauvre fille qui sait à peine lire !
ALBERT
J'en ai eu envie, pourtant !... Si tu me vois encore
vivant, c'est que je me suis accordé quelques jours de répit pour connaître la fin de mes travaux. En somme, une curiosité comme celle-là est pardonnable !
ANTOINETTE
Ah ! monsieur, je crois bien, puisqu'elle sauve des gens !..Ô'^*^"s parlez comme un criminel : c'est seulement si vous n'achevez pas vos travaux que vous le serez!... Vous êtes fait pour étudier... Vous n'avez malheureusement pas de religion, c'est ce qui vous oblige à tant réfléchir pour être bon... Moi^ si je n'étais pas pieuse, qu'est-ce que je vaudrais?... Vous avez l'air clonné que je sois prête à mourir... Je le suis parce que Jésus-Christ a été crucifié pour le genre humain et que je regarde comme un honneur d'être traitée un peu comme lui..T]
■" ALBERT
Ah I quel bien lu me fais !... Avec toi, je n'ai pas e^-^-i ,^. à renier mon idole !... Tu ne me la montres pas ridicule et pédante !... Antoinette, tu ne seras ni timide . ni gauche, si je t'annonce la résolution que j'ai prise... Nous pourrons en parler à l'aise, puisque tu viens de l'indiquer de toi-même... Ce matin, je ma suis inoculé le mal dont tu mourras... Désormais, je .' vais vivre double... vivre triple !... Jusqu'à ma convulsion suprême, j'épierai nos deux agonies... Tes yeux brillent !... Ah! tu es bien de ma l'ace, toi !,,, 1 C'est une petite fille qui me comprend le mieux !... f D'oîi vient ce quelque chose qui élève le plus humble au-dessus du plus savant?
ANTOINETTE
Du bon Dieu, monsieur 1 [Louise entre.) \ '^