SCÈNE III
LOUISE, JEANNE, ANTOINETTE. Antoinette est une jeune fille de dix-huit ans, très frêle, qui serait jolie sans sa pâleur et son air maladif. Elle est enijclit bon net blanc et pèlerine bleue : costume d'orphelinat. Excessivement intimidée d'abord, elle s'apprivoise rapidement.
LOUISE
Vous comptiez voir mon mari, mademoiselle. Je ne sais trop si ce sera possible.
ANTOINETTE
Il m'a écrit d'être ici vers dix heures.
LOUISE
Il est si distrait!... Dans le cas où il vous aurait oubliée, n'avez-vous rien à lui faire dire?... Je men chargerais volontiei*s.
16 LA NOUYKLLE IDOLE
Madame est trop bonne...
LOUISE
Il s'agit d'une simple consultalion ?
ANTOINETTE
Oui, madame.
LOUISE
Vous avez été dans le service de M. Donnât ?
ANTOINETTE
Oui, pour une maladie de poitrine.
LOUISE
Vous allez mieux ?
ANTOINETTE
Beaucoup mieux. Notre médecin de Là-bas ne pouvait en croire ses yeux. Si cela continue, à la fin de 1 année, on m'admettra au noviciat.
LOUISE
Vous êtes dans une maison religieuse ?
ANTOINETTE
Oui. Un orphelinat, près de Chartres... Je m'appelle Antoinette Milat. Toute petite, je suis restée sans parents et madame la comtesse de Gernay, chez laquelle ma mère avait été femme de chambre, m'a placée là.
LOUISE
Ainsi, vous serez religieuse ?
Si ma guéi'ison se maintient... Il faut qu'une sœur
soit forte... S'occuper des enfants, veiller les malades...
LOUISE
Vous venez de Chartres exprès pour voir mon mari ?
ANTOINETTE
Oui, madame.
LOUISE
Vous avez grande confiance en lui ?
ANTOINETTE
Ah! bien, vrai, si je n'avais pas confiance!... Demandez un peu dans quel état j'étais quand on m'a conduite à l'hôpital... Personne ne pensait que j'en réfih^Dperais... M. Donnât pas plus que les autres... Une fois, qu'il me croj'ait sans connaissance, il a dit à un interne que j'ea avais pour deux ou trois jours... Alors, j'ai demandé les sacrements...
LOUISE
Et tout de même il vous a tirée d'affaire?
ANTOINETTE
Il est si savant, et, avec cela, bon et patient... Bien des sœurs ne sont pas si douces que lui.