‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 1 sur 110 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les historiens de la littérature, les délicats, les gens cultivés nourrissent en Allemagne une prédilection assez marquée pour la Nouvelle. L’orgueilleuse tendresse dont on entoure ce « genre » frappe dès l’abord.

Un certain nombre de nouvelles sont tenues depuis longtemps pour des ouvrages classiques, sur lesquels le temps n’a plus de prise. Bien des conteurs, sans doute, perdirent au cours du siècle passé leur auréole: Tieck ; Hoffmann, moins fêté, il est vrai, qu’en France. De l’abondante production romantique, certains romans, grandioses esquisses que l’auteur n’acheva point, conservent leur prestige à côté de poésieslyriques où s’épanouissait la « fleur bleue» du mystère. Quelques « Mærchen », plusieurs contes fantaisistes, d'inspiration lyrique, survécurent ; peu de véritables nouvelles. Les membres de la « Jeune-Allemagne » écrivirent beaucoup ; deux ou trois grands romans demeurent, quelques pièces de théâtre vraiment scéniques, et le souvenir de beaucoup d'idées remuées, généreuses, spirituelles, paradoxales, spécieuses. Les nouvelles de la « Jeune- Allemagne » en restent la moins vivante création.

Nous ne décrivons pas l’évolution d’une espèce littéraire. Nous ne dénombrerons ni les défaites, ni les essais infructueux. Nous chercherons, simplement, dans les œuvres encore vivantes, la raison de leur survie. Considérant la technique, nous n’essaierons même point de faire l’histoire de cette technique, ni de dresser une statistique complète des moyens dont se servirent les écrivains. Ce qui nous attirera, c’est ce qu’offrent d’identique certaines œuvres ; quelles lois générales s’y manifestent ; quelle forme de pensée s’y révèle. Nousétudierons done plutôt la psychologie d'un genre. Les dissemblances de détail nous intéresseront moins que le foyer commun où ces nouvelles semblent s’alimenter. La multiplicité des créations

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