‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 40 sur 110 · Hebbel, Tagebuch, I · texte numérisé non relu

Hebbel, Tagebuch, I

bon ou mauvais aloi de cette activité dans les récits de Laube, l’on peut discuter; mais non pas sur le principe incontestable qui l’inspirait. Comme l’écrivait Jean-Paul, «< la femme ne devient jamais aussi individuelle que l’homme ; dans ses différences, elle conserve davantage, au moins en apparence, les grandes formes générales de l'humanité et de la poésie, par exemple elle est bonne,

mauvaise, vierge, épouse, etc. (1). »

Si nous essayions d’extraire de l’étude des caractères nouvellistiques quelques résultats positifs, nous arriverions aux modestes conclusions que voici.

La Nouvelle nous présente une réaction. Cette réaction peut être celle de la vie ordinaire, des circonstances extérieures, sur des caractères originaux ; ou cette réaction, provoquée par des circonstances extérieures originales, sur des individus moyens. Dans ce dernier cas, les actes, semblant jaillir du cœur mème des personnages, revêtent d'ordinaire une forme dramatique. Les héros, surpris par la crise, révèlent l’aspect foncier, parfois imprévu, le trait essentiel de leur caractère, celui que le raisonnement, le sentiment, l'éducation ou l’habitude leur cachaient parfois à eux-mêmes. [ls manifestent, dans une situation anormale, leur être normal.

Leur caractère ne marque point, comme dans le drame,

1, Jean-Paul. Vorschule der Aesthetik, Progr. X, $ 59.

le point de départ de l’action; ni, comme dans le roman, le point d’arrivée. Leur influence sur les événements ne se manifeste pas aussi fortement que dans le drame, de mème que l'influence des événements sur eux n’est point aussi forte que dans le roman. Ils ne sont pas aussi étroitement que les héros dramatiques liés aux événements qu’ils provoquent, aux partenaires qu'ils mettent en mouvement. Ils ne s’assimilent pas non plus, comme les personnages de roman, les événements extérieurs ; ils font plutôt contraste avec eux, el c’est ce contraste que rend plastiquement l’auteur, sans l'expliquer nile raconter. Leurs actes sont « égoïstes », et, techniquement, n’ont d'autre but que de manifester leur moi. La Nouvelle exige une concentration dramatique autour de la réaction qui en forme le ressort. Le caractère n’évoluant pas, mais se détendant brusquement, le dénoûment suit immédiatementla réaction, et, presque toujours, équivaut à la «catastrophe » tragique.

La singularité de la situation dans laquelle se trouvent engagés les héros de la Nouvelle, donne à leurs actes une valeur caractéristique, et non typique, comme dans le drame.

Sans doute, la ligne de démarcation entre les trois genres littéraires n'apparaît pas nettement tracée. Le nouvelliste ne peint qu'un moment isolé de la vie ; mais il peint la vie par l’action, comme le dramatiste. Pour objet essentiel de sa représentation artistique,ilne prend point, comme le romancier, les « Gesinnungen und Begebenheiten » (1) ; il n’analyse pas les sentiments, ni ne raconte

1. Gœthe, Lettre à Schiller, 8 juillet 1795, et Wilhelm Meisler, livre V, chap. 7.

les âmes, mais fait jouer devant nous l’activité de ses héros ; et ce qu'il y a en elle de spontané nous suggère cependant une vision de cette âme, qu’elle « métaphorise » par des actes extérieurs.

Enfin, il faut retenir qu'un certain caractère, celui du « Grübler », du rèveur méticuleux, à qui manque, comme dit Freytag, la force joyeuse, se rencontre fréquemment, adapté aux conditions des deux genres, dans la Nouvelle et le drame allemands. Nous pouvons ajouter que ce caractère n'est pas non plus inconnu du roman allemand, (Paul Meyerhæfer, dans Dame Souci, Jœrn Uhl), qui, de son côté, accommodant de tels personnages aux exigences de cette forme d'art, nous les montre médiocres, et non originaux, et retrace leur évolution, l’éducation qu'ils reçoivent de la vie.

À quoi tient la présence de ce même caractère dans les trois genres, sinon à l’existence, d’abord, et ensuite, à

l'importance de ce caractère dans la race allemande ?

Cette constatation nous induit à nous poser une autre question. Sile Nouvelliste nous montre un caractère ethnique de la race à laquelle il appartient, nous révélera-t-il d'aventure une partie de lui-même ? On pourrait supposer, par exemple, qu'un écrivain, doué de ce caractère réveur-méticuleux, tantôt peignît sous ces traits le héros de sa Nouvelle, et tantôt complétât sa peinture par un

caractère qui tit contraste avec lui et nous montrât une

de ces femmes viriles, dont il envie la décision rapide, le ressort.

En d’autres termes, peut-on retrouver dans la Nouvelle quelque chose du nouvelliste ? Y a-t-il trace de subjectivité dans ce récit impersonnel ? Peut-il arriver que la Nouvelle ne nous intéresse point seulement objectivement, mais parce que nous y sentons vibrer le cerveau,

le cœur de l'écrivain ?

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