‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 70 sur 110 · C. —- L'ARTISTE · texte numérisé non relu

C. —- L'ARTISTE

La Composition de la Nouvelle

— La Technique proprement dite —

Tout ce que nous essayions de montrer jusqu'ici relève de ce que l’on pourrait appeler la Technique Interne de la Nouvelle. Pour toutes les formes littéraires, cette technique interne présente une grave importance, mais elle est toujours contrebalancée (1) par celle de la Technique Externe.

1. Humboldt. Werke, Abt, I, t. II, Ueber Hermann und Dorothea, p. 224. « Denn nur beides zusammengenommen, sein innerer Charakter [de l’œuvre d’art] und seine æussere Regelmæssigkeit, bestimmt die Vortrefflichkeit desselben.» Humboldt distingue ensuite le jugement « esthétique » du caractère interne de l’œuvre,

et le jugement « technique ».

Dans les ouvrages métriques, et non seulement dans les poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade, le rôle joué par cette forme externe saute aux yeux. Son importance demeure encore très apparente dans le drame, où la scène, les actes de la pièce exigent du dramatiste une sorte de soumission. Pour le roman l’auteur semble jouir de plus de latitude, mais — nous le notions déjà en passant, — le roman demande, par sa complexité, par son ampleur, une sorte de composition architectonique, sans quoi il n’existerait plus en tant que roman. Les meilleurs, les romans « classiques » sont d'ordinaire admirablement composés, équilibrés. Il ne suffit ni au dramatiste, ni au romancier d'être poète, il faut aussi qu'il soit ouvrier sachant son métier.

Dans la Nouvelle, il semble d’abord qu'il n’en aille pas de même. Qu'un maître nouvelliste, comme Gottfried Keller, ne se soucie point des règles, qu’il prétende ne pas les connaître, ne serait pas un argument contre la technique du genre qu'il observe instinctivement, par là même qu’il la crée. On le voit du reste, dans le roman, échouer au point de vue technique, après toute sorte de tâtonnements.

Mais ce qui frappe davantage et pour un peu mettrait en doute l'existence d’une technique objective de la Nouvelle, c’est de constater que des écrivains, nouvellistes par accident, excellèrent du premier coup en cet art,

Droste-Hülshoff n'écrivit qu’une seule nouvelle ; et l’un

des plus célèbres spécialistes, l’un des théoriciens les plus infatigables du genre, Paul Heyse, admire, avec un peu de stupéfaction, que «cette poétesse qui, moins que personne, fut auteur », (1) ait pu écrire une nouvelle qui demeure un modèle du genre. À propos du Pauvre Ménetrier, même admiration étonnée.

C’est que la technique de la Nouvelle, plus que celle d'aucune autre forme littéraire, apparaît contingente, relative, singulière. Ou les lois qui la régissent ressortissent aux lois générales de l’art; ou elles varient avec chaque écrivain, en raison de la singularité du thème à laquelle se subordonne l'originalité de la technique. Mais, comme nous le voyions, la singularité du thème n’existe pour ainsi dire que par l’action qui la met en valeur, par les caractères qui réagissent contre elle, et ces caractères sont issus d'une vision unique, plastique, et d’une contemplation suggestive du nouvelliste, D'une vision très forte, naîtra nécessairement toute l’œuvre. La technique semble faire corps organiquement avec la conception de la Nouvelle. L'œuvre, pleine d’une vigueur expressive, d’une force latente semble si bien naître d’un seul jet, que l'effet d'ensemble offusque notre vision du détail, de la composition.

Est-ce à dire que le nouvelliste soit comme porté par sa conception et, ayant créé, ne semble point forcé d’organiser? Le chapitre sur l’action nous a déjà montré avec quel soin minutieux, avec quelle diligence prévoyante, Gœthe infusait à son ouvrage une logique interne parfaitement cohérente. Mais à côté de cette psychologie que le

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