Hebbel. Briefe, IV, p
dans le bouleversement. Mais il ne songe plus à elle pendant un temps assez long. Sa fuite est un motif en rapport avec l'idée essentielle de la Nouvelle ; quelque désir, quelque volonté qu'il ait eu de mourir, il n’a pas pu ne pas embrasser la liberté qui s’offrait à lui. Le cataclysme l’a mû, malgré lui; homme, il a obéi à cet instinct de sauver cette vie qu'individu, il voulait rejeter ; et cette action en une pareille situation, nous semble aussi égoïste que nécessaire. Ce n'est que plus tard qu'il « verra » l’acte qu'il agit impulsivement ; et que, sous l’empire du sentiment, il regrettera d'abord, et se félicitera ensuite d’avoir échappé à la mort. Son acte en soi n’était pas logique; il l’est par rapport au tout. Sa fuite apparaît bien comme l'effet de la catastrophe, mais elle nous intéresse parce qu’elle est symptomatique de son caractère juvénile, et de l’égoïsme de l’humanité que met à nu un tel cataclysme. Même nécessité, même vérité complexe dans le dénouement. Lesjeunes gens se rendent au service d'actions de grâce : Dieu les a sauvés tous les deux dans l'instant où ils allaient mourir ; donc, égoïstement, ils ont le droit, le besoin de le remercier. Josèphe ne pense point qu’elle a failli ; Jéronimo, qu'il a douté de Dieu en voulant se suicider. Et le peuple, égoïstement, « unilatéralement », necherche qu’à se venger sur quelqu'un du désastre général; le peuple n’a pas, ne peut pas avoir la pensée qu'il y ait eu quelque chose de providentiel dans lalibération des deux amants, et qu'il ne faut pas, en les tuant, prétendre en remontrer à Dieu. Les motifs d'action de ce peuple sont nécessaires comme ceux des deux amants, et ceux-cicomme
ceux-là, sans rapports de causalité entre eux, concourent
à la représentation vivante, plastique, de l'idée centrale. Tous les Personnages ont raison à leur point de vue. Nous le voyons ; nous aPProuvons, « nouvellistiquement », que les amants soient massacrés Par cette horde. Le poète nous mène où il veut, et nous ne songeons même pas qu'on eût sans doute fait à Josèphe des funérailles expiatoires, si elle avait été décapitée quelques instants avant le tremblement de terre.
On pourrait pour les chefs-d'œuvre de la Nouvelle noter ainsi l'énergie latente des motifs, le mouvement qu'ils contiennent. Par exemple, dans La Marquise l’idée qu'une dame du monde ne saurait être violée. Qu’une vachère soit violentée par un chemineau, Passe encore! Qu’importent ces rustres ? D'où la nuance qui se reflète dans l’indignation du père, dans le sourire du médecin ; dans les jovialités de la sage-femme ; dans l'audace de l’annonce.
Gœthe aimait, tantôt avant, tantôt après la réalisation d'une œuvre, à la résumer dans un raccourci schématique. Auerbach (1) voit avec raison dans cette clarté avec laquelle on peut en noter les motifs, l'indice d’un récit bien fait, artistique. Ce n’est là ni la « silhouette », ni ce résumé en quelques mots dont parlait Paul Heyse. Essayons, en schématisant ainsi Le Tremblement de Terre, de montrer cette richesse, cette plénitude de motifs, que l’on trouverait également dans les plus remarquables nouvelles,