Cité par Ricarda Huch: Blütezeit, p
390 CHAPITRE Vlli
ainsi dire, partiale. Elle ne veut voir de la vie d’un homme qu'un épisode frappant, une situation où il nous révèle un aspect singulier, symptomatique, de son caractère foncier. Elle est forcément expressive. Ce qu’elle nous montre de faits, de choses, d'hommes n’a de valeur que par son rapport avec l’élément essentiel de la Nouvelle. Ce dont elle entoure le caractère principal n’apparaît que comme l’une de ces draperies, dont les statuaires disent qu’elle accuse le nu; ce n’est point un vêtement qui donne sa forme à la statue, mais le contraire. Héros et actions doivent faire étroitement corps ensemble, L’ « unilatéralité » du caracière favorise cette union, où monde extérieur et monde intérieur s'expriment ensemble et souvent l’un par l’autre : l’action exprimant la pensée, et la singularité de l’événement formant en quelque sorte la contre-partie du caractère « unilatéral ».
Les écueils que présente la technique font parfois échouer les tentatives d'écrivains de valeur. Dans ce balancement que l’on retrouve dans le fond et la forme de la Nouvelle, si l’auteur incline trop d’un côté, il lui arrive de perdre le centre de gravité. Par exemple, lorsqu’ilétofte trop son ouvrage, dont le dessin s’efface alors. C’est presque toujours le cas de Tieck, et souvent de Stifter. L'écrivain se méprenant sur l'importance relative des notations symptomatiques, les a accumulées anatomiquement, « scientifiquement », disait Novalis, juxtaposées comme une mosaique, dirions-nous, où chaque cube de pierre apparaît isolé. Le récit n'offre plus cette unité, cette nécessité interne qui subjugue la foi du lecteur, parce
qu’elle communique l'impression de la vie. Ou bien (exem-
ple: Hebbel) il élimine tellement les détails accessoires, il évide si bien la Nouvelle, qu’elle perd pour ainsi dire toute forme.
Sans doute, dans ce genre il ne faut point de poids mort, ou, comme disait Hebbel, de matériaux bruts, « stofflich roh » (1), mais chaque élément n'a pas besoin de sortir impérieusement de celui qui le précède; s’il ne doit point y avoir d'événements ou de motifs parasites, étrangers, ce n'est point forcément par un lien logique qu’ils doivent être liés entre eux, mais par la cohésion née de leur rapport avec l’idée essentielle de la Nouvelle ; chaque partie doit surtout être à sa place, et enfermer en soi une force, une énergie, un mouvement comme les molécules de la physique, qui les agrège en un tout. Si au point de vue de la technique externe, la Nouvelle doit être drapée et non pas habillée, il ne s’ensuit pas qu’il faille en faire un squelette. Il faut qu’elle ait un corps, ce qui suppose toujours une certaine plénitude enfermée dans des contours, un centre vital. La concentration doit attirer l’attention sur un point capital, pour un effet de représentation plastique, artistique.
Un exemple montrera clairement ce que l’on peut entendre par cette énergie physique, cette force de cohésion que recèlent les parcelles de la Nouvelle. Jéronimo, dans Le Tremblement de Terre, allait se suicider, quand le cataclysme se déchaîne ; pourquoi ne se laisse-t-il pas tuer sous les décombres de la ville? Sa maîtresse ne vit plus sans
doute, soit que l’exécution ait eu lieu, soit qu’elle ait péri