‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 95 sur 110 · La courte Nouvelle ou Novellette ne prospérera pas plus · texte numérisé non relu

La courte Nouvelle ou Novellette ne prospérera pas plus

sans profonde intimité que la ballade, lied épique. » VI, p.59.

mentalité desnacelles, lacs et barcarolles, à l’avarice; — malgré les inconséquences dans les personnages (Michel Herz antipathique d’abord à l’auteur lui-même et au lecteur, et se muant vers la fin en homme supérieur), malgré tout cela Les Pigeons de la Cote,par Gutzkow, demeurent agréables à lire; Le point saillant de l’ouvrage (ces pigeons qui semblent si poétiques à l’amoureux de la belle Léa et qu'elle choie en réalité avec tant de diligence, parce qu'ils apportent à son mari les derniers cours de la bourse) est un motif inouï, de modèle réduit, de mème que les trois protagonistes subissent une crise, la crise nouvellistique, mais sans qu'elle les atteigne au plus profond d'eux-mèmes. De petites adresses y guérissent de superficiels défauts; les personnages font partie du décor juif, comme dans Le Tonnelier de Nuremberg, Martin et ses compagnons du décor franconien. Serait-il paradoxal de dire que ce conte est trop objectif, pour être une Nouvelle et qu’il ne semble pas arraché à l'être mème de l’homme qui l’éerivit: « L'objectivité du poète ne peut se trouver que dans la forme de la représentation plastique », écrivait profondément Otto Ludwig. (1)

Ces récits curieux, habiles divertissent ; ils font appel à notre intelligence, mais laissent tout repos à notre rai-

son, à notre imagination, à notre cœur.

1, VI, p, 34.

CONTE ET NOUŸELLE À17

Dans de telles œuvres, si les personnages apparaissent un peu minces, l’on ne saurait contester que le ton général, l'effet atténuera souvent la gracilité des caractères, et ce qu'il y a de superficiel dans la conception poétique. Pourquoi des « nouvelles » de Tieck, le récit intitulé : Le Superflu de la Vie garde-t-il encore aujourd’hui son attirance, beaucoup plus que ces Shakspere et ces Camoëns décidément glaciaux ? C'est que dans ce conte l’auteur se souvient qu'il a été poète et sait nous maintenir dans l’atmosphère sereine, toute dorée d’insouciance, où vivent pendant de longues semaines ses deux héros, doux anarchistes, qui rivalisent avec Diogène. L'on passe ici volontiers à l’auteur, qui a su nous séduire, les lectures de « Tagebuch » ; nous restons dans le domaine de l’'humour, sans nous apercevoir qu'il n’y aurait d’elle au tragique qu'un tout petit pas à faire.

La sécheresse d’un grand nombre des « nouvelles » de Tieck leur vient de ce qu’elles manquent d’efet. Des poètes aussi divers que Grillparzer (1) et Hebbel le constataient en toute sincérité. Ses personnages sont parfois caractérisés de manière réaliste ; mais leurs aventures sont le plus souvent extraordinaires, invraisemblables, et aucun vernis, aucun glacis ne vient adoucir ces contrastes brutaux.

1. Voir dans les Nouvelles de Voyage, de Laube, le chap. Grillparzer.

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Dans quelques-unes des meilleures nouvelles d’Arnim Ja lecture souffre de ce divorce entre rève et réalité ; Le Fol Invalide nous attache d’abord par une peinture frappante, réaliste, et tout d’un coup nous perdons pied ; il semble qu’un second auteur se soit substitué au premier. De tels récits ne nous présentent ni cette « blanke Wirklichkeit » dont parle O.Ludwig, (2) ni cette blanke Phantasie à laquelle obéit parfois Hoffmann ; ils vont tour à tour de l’une à l’autre et nous déroutent.

Si l’on essaie de résumer les différences entre le conte et la Nouvelle, on remarquera surtout que le conte jouit de libertés beaucoup plus étendues. Le sujet n'y a pour ainsi dire point de valeur spécifique ; l’enchaînement des faits peut s’y montrer capricieux, arbitraire ; les hasards s’y ébattent à cœur joie à la condition que le poète, unisse par l'effet, par la « Stimmung » ces éléments disparates. L'effet, dans la Nouvelle, semble sourdre de l'événement inouï lui-même; et son but sera de provoquer en nous, par l'impression qu'il nous laisse, une sorte de création posthume. Dans le conte au contraire, l'effet nous permet de rendre un hommage désintéressé à l’auteur ; nous lui sommes reconnaissants de nous avoir divertis, ou de nous avoir entraînés dans des régions mystérieuses, que seule son imagination pouvait nous découvrir.

Le conte romantique, « Erzæhlung » ou « Mærchen, » vaut, avant tout, par l'effet, qu’il nous mène aux lacs où habitent les ondines, dans les caveaux où se tiennent les

colloques des blonds chevaliers du Bacchus rhénan, dans

1 VID Inn

les naïfs embarquements pour Cythère du jeune Propre-àrien ; qu'il nous fasse compagnons de route, avec Schlemihl, du Malin. Le poète nous transporte au pays du rêve et nous sommes émerveillés de la clarté qui y règne, car le conteur nous le décrit avec réalisme. Dans La Statue de Marbre d'Eichendorff nous voyons avec une merveilleuse précision cette fantasmagorie du château de Vénus ; il semble qu’un Bæcklin ait peint ce tableau somptueux et morne, et qui contraste si vivement dans les autres parties du conte avec les vibrations du ciel, avec les vagues ensoleillées de l'atmosphère.

Doit-on, parce qu’en de tels ouvrages, dans une composition d'ensemble fantastique, le poète emploie le réalisme pour la notation du détail, les appeler Nouvelles ? Sans doute certains de ces contes: Die mehreren Wehmüller, l'Histoire du Brave Gaspard et de la Belle Annette, de Brentano s’approchent de la Nouvelle. Gaspard et sa fiancée présentent comme une ébauche de ces Apollonius, de ces Wacht ; Wehmüller pourrait se réclamer un peu de ces personnages comme la marchande du Procurateur, comme la marquise, comme l’héroïne de La Nouvelle sans titre, à qui l’on a pris, pendant un temps, leur moi ; mais quelque plaisant que soit le peintre des portraits nationaux de la Hongrie, quelque tragique que soit le sort de la Belle Annette, ces héros apparaissent trop passifs pour prendre rang parmi ceux de la Nouvelle Individualiste. Ces récits sont de beaux contes où l’auteur, parce qu’il est poète, dispose librement des actes et du destin de ses héros. La fiancée de Gaspard doit-elle périr

parce que la hache trembla, quand Annette, encore en-

fant, entra dans la chambre du bourreau, ou parce que le cheval du cavalier portant la grâce tomba en route ? Quant au brave Wehmüller,il ne nous intéresse point tant, que nous n’oubliions ses déboires, pour assister, en toute tranquillité d'âme, au Pique-Nique du matou Mores.

Otto Ludwig fait de sa Maria une ingénue d’une pureté admirablement candide;elle traverse, comme en un rêve, cette crise qui bouleversait tragiquement la vie de la marquise ; il faut que notre sentiment, notre sympathie reste toute vive et fraiche pour l'effet artistique, si vrai dans sa poétique fantaisie, où s’épanouit ce conte de Noël. Comme dans la Fuite en Egypte des Années de Voyage de Wilhelm Meister, la réalité ne doit que rehausser l'attrait

mystérieux de la « Stimmung. »

Un grand nombre d'œuvres appelées : nouvelles, mériteraient plutôt le nom de contes.

Le conte est un récit où se donne carrière l’art subjectif de l'écrivain ; la Nouvelle, au contraire, est un récit où la subjectivité de l’auteur semble disparaître sous l’objectivité des événements racontés. L'on trouvera toujours dans le conte quelqu'un des éléments du genre que nous avons étudié, mais la Nouvelle vraiment Nouvelle ne se rencontrera que là où s’en sera produite la synthèse.

Conte et Nouvelle sont deux formes distinctes du genre

épique. L'une et l’autre peuvent, suivant des lois diverses, réaliser leur perfection, atteindre à «cette vérité poétique, qui naît de la concordance parfaite de tous les traits » (1) du récit.

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