IV. — L'HUMANISME
M. Fernand Gregh ne créa point une école à proprement parler. A la poésie éclatante et souvent vide du Parnasse, fluide, ésotérique du symbolisme,le grave et douloureux et puissant poète qui évoquait, en d'admirables pages lyriques, le devoir que nous tracent les aïeux, M. Gregh a voulu opposer la poésiehumaine.
— Cette poésie humaine, caractéristique des tendances de la jeunesse, de l'écrivain qui le premier avait voulu concilier 4es rythmes nouveaux avec l'expression de la vie, M. Fernand Gregh l'a appelée la poésie humaniste. Le mot est heureux, on a cru voir dans le manifeste de M. Gregh [Figaro, la décembre 1902) une tentative d'embrigadement qui n'était pas dans la pensée du poète. La Maison de l'Enfance, la Beauté de Vivre, les Clartés Humaines, rOr des Minutes, réalisent heureusement le noble programme de l'auteur. (En même temps que des artistes, soyons des hommes.,. Nous ne sommes ni mystiques, ni sceptiques . . . ) .
. . . Substance universelle ou Raison souveraine. Vaste inconnue où tient mon sort, qui que tu sois, Force qui m'auras fait naître et mourir, — reçois Dans l'humble vérité de cette heure sereine, Reçois en mon esprit, silencieux autel Où tremble ta lueur auguste qui dévie, Au mystère où bientôt aboutira ma vie Le consentement grave et tendre d'an mortel. . .
. . . Rien ne pourra remplir cette âme aride et triste I Toute la gloire et tout l'amour sont superflus : Toujours elle voudra quelque chose de plus, Et, comme un grand feu mort qui brusquement rougeoie. Son désir renaîtra des cendres de sa joie !...
On sent qu'il n'y a pas dans les idées énoncées par M. Gregh, un simple appel de chef d'école, il y a une grande et douloureuse émotion d'art et de vie. Répudiant les didactismes étroits, les subjectivités banales, M. Fernand Gregh gravit la colline qui domine la cité d'aujourdhui sur laquelle s'éploie l'aurore. Et songeant au destin des hommes, aux joies éphémères de l'amour et de l'orgueil, il entame le chant Lucrécien avec un cœur blessé, mais toujours confiant dans la Bonté et la Beauté de Vivre.
Des hommes ont meurtri d'un refus volontaire
Ton cœur nu qui s'offrait, Ton cœur qui, ne pouvant demeurer solitaire.
Se reprend à regret.
Peut-être avaient-ils droit de le haïr ? Peut-être
Est-il aussi trop nu ?
Il blessait leur tristesse en laissant trop paraître
Son orgueil ingénu.
— Mais la vie après tout n'en est pas moins la vie.
Et, dans l'éternité, La mort n'en mettra pas moins d'accord leur envie
Avec ta vanité.
Peuvent-ils empêcher d'ailleurs qu'un cher poème
T'enlève ton souci, Et que, si plein d'erreurs sans doute et de torts même,
Tu sois heureux ainsi ?
Et n'as-tu pas, le soir, toute la paix possible Dans ta vieille maison ?...
Et puis ne sens-tu pas, d'une force invincible. Que ton âme a raison ?