‹ La nouvelle littérature, 1895-1905Chapitre 37 sur 44 · VI. — COMÉDIE FANTAISISTE CONTE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

VI. — COMÉDIE FANTAISISTE CONTE DRAMATIQUE

M. Franc Nohain par Vingt mille âmes se révélait peintre exact et assuré des mœurs provinciales ; par La Fiancée du Scaphandrier, Papa les P'tits Bateaux, Aux temps des Croisades, etc., il renouvelait la fantaisie et la poussait aux limites où elle atteint à la fois la comédie d'observation et la satire

philosophique. M. Alfred Jarry avec Ubu-Roi créait une formidable caricature du bourgeois qui atteignait aux cauchemars rabelaisiens et aux imaginations de Swift, M. Roger Le Brun, dans Le Bonheur des Hommes essayait le drame moderne le plus simple et le plus émouvant, parce qu'éternel, la révolte du sang et l'orgueil du sacrifice. On sait quel délicieux conte dramatique nous a présenté M. André Rivoire avec 11 était une Bergère et le comique de MM. Edmond Guiraud, Pierre Soulaine mérite qu'on s'y arrête.

La confusion n'est pas moindre au théâtre que dans le roman ou la poésie. Ici, encore, bien qu'elle ait survécu dans les journaux, la critique dramatique doit accepter une part de responsabilité dans la décadence de notre théâtre. A force de complaisances — d'autant que certains critiques sont aussi des auteurs — elle a diminué elle-même son autorité et nous avons pu juger, lors d'un incident récent, le cas que les directeurs faisaient d'elle.

Cependant il semblerait ici, comme partout, qu'il y eut un retour vers la simplicité et la vérité. M. Edouard Schuré déclare :

« Or, parmi les temples nécessaires, il n'en est pas que notre temps appelle d'un plus impérieux désir que le théâtre.

« Le théâtre, ce miroir de la vie, est un mouleur formidable de l'âme des foules et même de l'âme de l'élite. Car il agit sur l'être humain tout entier :

sens, àmc, esprit; et il agit par un exemple, par une action éloquente, aussi réelle et plus intense que la vie. Son influence est capitale dans le bien comme dans le mal. S'il n'est pas une école de beauté, de vérité et de renaissance, il devient fatalement une école de laideur, de mensonge et de mort. Qu'il soit l'esclave du luxe, de la frivolité et de la spéculation industrielle, comme dans notre société aveulie, et le théâtre ne sera guère autre chose que le reflet chatoyant et trompeur des vices, des ignorances et des lâchetés d'une époque. Mais placez à son centre l'âme consciente avec tous ses pouvoirs , faites rayonner à son foyer incandescent la divine Psyché, déployez ses ailes — et le théâtre sera le miroir de la vie meilleure, l'éducateur du peuple, l'initiateur qui conduit l'homme à travers la forêt de la vie et les mirages du rêve au sommet des plus hautes vérités. Le théâtre actuel est l'image docile et passive de l'histoire et de la société ambiante. Le théâtre de l'avenir remoulera l'homme et la société à son image. Car il sera le temple de l'Idée, le foyer ardent de l'Ame consciente, libre et créatrice. »

Sans doute. Mais il y a place pour deux théâtres, Corneille et Mohère, la peinture du meilleur et du pire. Toute renaissance se résumera ici : Tragédie (i),

(i) Dans une remarquable étude {La Tragédie contempo raine), M. Charles Méré développe des théories intéressantes sur l'avenir et la vie delà tragédie moc'erne. {La Chroviqu l'joâ, in-i6 carré.

tragédie élargie aux ressources et aux embellisse^ ments du théâtre de plein air : comédie de mœurs . Il n'y a place sur la scène que pour le poète et Tobservateur. D'ailleurs le music-hall n'empiétera pas sur le théâtre ; il a une place importante à prendre dans le domaine de la beauté, mais elle est surtout artistique et non littéraire.

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