V. — LA COMÉDIE DE MOEURS ET DE CARACTÈRE
Le bilan est simple (i). V Indiscret de M. Edmond Sée, Maman Colibri d'Henry Bataille, les Affaires sont les Araires, de M. Mirbeau, les Ventres Dorés,
deM. Emile Fabre et puis, une peinture de mœurs
factices, de mœurs irréelles, qui nous valent, de par le monde, la réputation d'un peuple uniquement préoccupé'de problèmes sexuels et surtoutd'adultère.
Pourtant la génération qui suit ces deux maîtres, Becque et G. de Porto-Riche nous a donné MM. Edmond Sée, André Picard, Henri Bataille. Les deux premiers n'ont pas fourni encore toute leur mesure, mais comptent déjà, le dernier a écrit peut-être les seules comédies de ce temps qui ont chance de survivre avec celles de M. Emile Fabre.
M. Henry Bataille. Il débuta par Ton Sang qui qui posait un problème éternel et moderne et la Lépreuse, évocation de légende et de sentiment. Dans toutes les pièces qui suivront il unira le poète au
(i) 11 est évident que nous ne parlon» pas du théâtre d'auteurs illustres et consacrés comme Henri Lavedan et Jules Lemaitre!
psychologue, le rêve à la vérité la plus stricte et par là il sera plus vrai que tant d'autres. Sa sensibilité subtile éclaire son observation. Il y voit avec son cœur ; sa vérité n'est pas celle du statisticien ni celle du photographe ; sa préoccupation du détail ne nuit pas aux effets de l'ensemble, le Masque, Maman Colibri, la Marche Nuptiale réalisent le théâtre d'aujourd'hui le plus intense, Is plus sobre, le plus vrai que nous ayons eu depuis Amoureuse, depuis Porto- Riche et depuis Jules Renard.
M. EmilQ Fabre ; C'est un Balzacien. Sa vérité est plus extérieure que celle de M. Bataille. Il n'est point poète. Il est tragique, puissant, pessimiste. De son Timon d' Athènes Siux Ventres Dorés, c'est de la peinture de caractère, intense et amère. Il est revenu aux procédés classiques. Chez lui, rien qui ne concourreà l'action ou à la pure intelligence des caractères. C'est un Balzacien dont le style est plus net et plus simple.