‹ La nouvelle littérature, 1895-1905Chapitre 5 sur 44 · OO · texte numérisé non relu

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nous en donner ensuite... sa notation propre et toujours intéressante (i)... »

Il est critique littéraire et critique d'art. Un de ses livres les plus complets L'Art en silence, contient sur l'Esthétique de Stéphane Mallarmé, des pages d'une intelligence singulière, sa dernière « Etude », De Watleaa à Whisller a soulevé une curiosité générale. L'œuvre vaste de M. Mauclair échappe au cadre de cette étude. Elle a reflété trop de beautés diverses pour que son évolution s'en puisse résumer succinctement. On dira cependant que la confusion actuelle qui règne dans les esprits n'a pas été sans écho dans l'œuvre de M. Mauclair.

M. Maurice Leblo:vd. — « Le romantisme avec tout ce qu'il contient de faux et d'outré sévit encore dans nos intelligences.... il corrompt et brûle le sang de notre race .... L'art de demain se distinguera sur tout par l'absence presque totale de ces techniques prétentieuses et subtiles.... Les prochaines réformes littéraires aboutirent à un ejffort simpliste (a). »

Et comme les autres, M. Maurice Le Blond bat en brèche le romantisme pour aboutir. ... à une apologie de Zola « romantique ». La lucidité un peu vide de sa critique, son ardente bonne volonté, des

(i) Poètes d'aujourd'hui. Ad. Van Beveret Paul Léautaud. (a) Essai sur le Naturisme.

facultés d'enthousiasme intelligent, un style clair, vivant n'ont pas empêché M. Maurice Le Blond de louer précisément ceux-là qu'il condamnait en principe ; de M. Retté à Emile Zola, il a admiré des romantiques. Il n'a pas voulu voir que Coupeau, que l'abbé Froment, que MP'^ Rougon sortaient en ligne droite des Misérables, qu'ils étaient aussi faux, aussi vulgairement symboliques que Fantine, Jean Valjean, aussi loin de l'humanité que les Burgraves qui parlent par antithèses chez le grand Hugo. M. Maurice Le Blond qui est un esprit juste s'est laissé gâter par le vent des tendances sociales qui souffle sur les jeunes têtes. Mais, comme il est clairvoyant et soucieux de beauté, il comprendra sans doute en quelle maritorne mafflue, il risquerait de couronner la déesse immortelle qu'il a suivie d'abord.

M. Gabriel Trarieux. — Critique sévère, nuancée, combative. La Lanterne de Diogene est un recueil d'études d'apparence achevée. Avec un réel souci d'art plus vivant, plus humain — un peu didactique — M. Trarieux représente une tendance d'art caractéristique. Sa conférence sur La mission du Drame atteint une réelle hauteur de pensée — malgré quelques concessions aux erreurs de l'art démocratique.

M. Edmond Pilon — A étudié tour à tour les figures curieuses du passé et du présent. Ses Portraits français intéressent surtout par le style gracieux et

sûr, mais ses monographies de contemporains, bien que s'abstenant volontairement de dénigrer, n'en dénotent pas moins une clairvoyance peu commune, et, parce qu'il sourit souvent, il ne faudrait point conclure à l'indulgence aveugle de ce critique.

C'est parmi ce passé vivant où M. de Régnier a entraîné tant de jeunes gens, vers les deux siècles héroïques et galants, que nous retrouverons Fer- NAiiD Caussy, esthéticien méticuleux, trop méticuleux mais qui, sur Senac de Meilhan, le Prince de Ligne et Choderlos de Laclos écrivit des pages sérieuses.

M. Pierre de Bouchaud, maintenant, aux marbres de Versailles, préfère les marbres d'Italie, mais tour à tour ils eurent son admiration et provoquèrent ses livres concis et lyriques où la critique d'art et d'histoire se fleurit de poésie. Les travaux de M. Akdré Lebey s'apparentent mieux à l'histoire. M. Léon Bog- QUET, pieusement, en poète et en compatriote, a conté la vie et analysé l'œuvre d'Albert Samain. M.Emile Magne après Bertrand de Born étudie Scarron et son milieu. Les Sentiments, de M. Gilbert DE Voisins rappellent les Prétextes d'André Gide. C'est la même critique incisive, d'une sensibilité peut-être artificielle, mais adroitement nuancée. Pour arriver à comprendre ainsi les œuvres et en jouir, une patiente et complète éducation artistique était nécessaire. M. Adrien Mithouard, excellent

poète, auteur du Tourment de l'Unité, prêche le retour à la simplicité en art. M. Jean Viollis s'est exercé, sous son nom et sous divers pseudonymes, à une critique violente, un peu étroite, critique de combat, souvent dogmatique, parfois purement scolastique. M. Alphonse Séché tantôt seul, tantôt avec M. Jules Bertaut, agence d'habiles monographies dramatiques. M. Jules Bertaut à la Revue Hebdomadaire fait preuve d'une conscience sans défaillance, d'un jugement sain dont on nous avait déshabitués. Hier ses Chroniqueurs et Polémistes l'ont placé au premier rang et décèlent une sensibilité ironique et spirituelle. De M. Philéas Lebesque, poèteet critique, on consultera avec fruit l'Au-delà des Grammaires. Les concises et précises études de M. Jean de Gour- MONT valent qu'on s'y intéresse.

M. Georges Polti, est peut-être le seul qui garde le souci des idées générales dans la critique dramatique. On a trop oublié ses 36 Situations dramatiques qu'on a tant pillé. Nul n'a plus que M. G. Polti, — avec une éducation très complète de l'intelligence scénique, — le sens de la continuité, de l'influence et des ressorts d'une idée dramatique, idée que le ciel, la race, la terre ont créée. M. Gabriel Boissy défend •&\ec une activité inlassable la renaissance du théâtre héroïque et tragique, la valeur moralisatrice de l'idéal latin et fonde même des théâtres pour y mettre en œuvre ses théories. L'héroïsme tragique avait déjà trouvé un défenseur dans M. Paul-

Louis Garnier dont on connaît les premiers enthousiasmes philosophiques et littéraires.

L'esprit traditionniste royaliste, l'idéal classique de M. Maurras avait mis en M. Georges Grappe ses espoirs les meilleurs. Il semble qu'il les réalisera en talent, sinon en idées.

Erudits et Bibliophiles.

M. Ad. van Bever a donné des éditions critiques de Jodelle, d'Agrippa d'Aubigné. Il a publié des morceaux choisis des conteurs libertins, les œuvres galantes des conteurs italiens. Son érudition est sûre , mais surtout curieuse , sa critique minutieuse. II a contribué à créer une méthode bibliographique dont l'usage s'est généralisé. Les notices dont il a précédé ses rééditions suffisent à prouver que sa sensibilité n'est pas moindre que sa conscience d'érudit et qu'en plus de la patience, de la subtilité, de la méthode, il possède aussi les qualités du créateur. Il le faut d'ailleurs pour évoquer l'âme du passé et la faire revivre hors de la poussière des documents.

M. A. van Bever a donné en outre (avec M. Paul Léautaud) une anthologie les Poètes d'Aujourd'hui C1880-1900). Son exemple fut suivi par M. A. M. Gossez qui donna les Poètes du Nord, sur le même plan.

Rappelons encore les travaux de M. de Gourmont

et les noms de MM. Dauze, l'habile el savant directeur de la Revue biblio-iconographique, Georges Vicaire, Champion, Pierre Dufay, G. de Dubor, Paul d'Estrées, Henri d'Alméras, Fernand Caussy, Paul- Louis Hervier; Virgile Josz et Georges Riat sont morts d'hier.

M. Casimir Stryensk, qui s'est dévoué à la mémoire de Stendhal, M. Roger Boutet de Monvel {Les Variétés) historien autant qu'essayiste, M. Jean MÉLiA, devraient être compris dans cette étude, mais nous retrouverons ailleurs tous ces noms et d'autres — car les limites de l'essai sont vagues et le domaine de l'érudition se subdivise en tant de districts qu'il nous serait impossible de les connaître tous.

Journalistes.

Tout le monde fait du journalisme, peu ou prou, et malgré les justes récriminations des artistes, il se fait encore beaucoup de critique dans les journaux. Dans les uns, elle a revêtu la forme de l'interview, pour les autres, ils ont conservé leurs critiques attitrés. Ces derniers ne brillent pas en général par un souci fort apparent de découvrir des talents ignorés ou de guider le goût du public. M. Gaston Deschamps, très certainement apporte dans ses feuilletons du Temps une sincérité visible, mais malgré toute sa bonne foi, nous devons avouer qu'il appa-

— Tirait comme très mal renseigné et d'une timidité qui confine à l'injustice.

M. Marcel Ballot {Figaro) se manifeste assez hostile aux débutants, cependant il a de l'érudition un espritclair,et néanmoins subtil, et il a osé des vues originales qu'on n'a pasassezremarquées. Le Journal des Débats avec MM. A. Albalat, Chaumeix, et Ghantavoine — qui ont de l'érudition, du goût, des mérites convenables, de l'esprit, — possède M. Henri BiDOu dont la causticité et la finesse valent qu'on s'y arrête, M. Louis Lumet [Petite République), dont la bienveillance n'exclut point la perspicacité et qui sait se libérer du sectarisme particulier aux journaux politiques. M. Charles Foley (Echo de Paris), plus intéressé par les travaux de philosophie et d'histoire que par les romans, M. Léon Blum (Humanité), M. H. Lapauze (Le Gaulois) érudit et curieux, suffisent à démontrer que la critique des quotidiens conserve encore une influence et des mérites. Tous ceux que nous venons de nommer sont d'autre part trop connus, pour qu'il soit utile d'insister et leur âge comme leur notoriété les place en dehors du cadre de cet ouvrage.

Une mention spéciale doit être faite en faveur de M. LÉON Bailby, l'ancien directeur de la Presse, qui s'est fait suivre à \ Intransigeant par MM. Henry d'Alméras, Louis Paillard, H. deBruchard, Flem Paul- Louis Hervier, F. Métenier, E. Beaudu, Gh. Méré,

E. Casanova, D. H. Asselin, Doury et de qui l'on connaît la bienveillance éclairée pour les débutants de valeur et dont le journal a toujours été ouvert aux tentatives nouvelles. En dehors delà critique directe, MM. Paul Acker et Albert Flament, se sont fait un nom.

M. Albert Flament, chroniqueur d'impressions quotidiennes s'est instauré l'historien, le moraliste et le juge des fêtes, des livres et des âmes de ce temps. Sous le masque de six à sept pseudonymes, il rit et sourit des moeurs actuelles, mondaines, politiques et littéraires...

M. Paul Acker s'est soigneusement gardé dans ses Petites Confessions de tout dogmatisme et semble avoir voulu seulement passer pour un reporter. Mais il y a « la manière » et la sienne pleine de rouerie n'est point la plus indulgente bien qu'on en ait dit. Il excelle à tirer les aveux les plus sincères de ses interviewés. Il a, de plus, un souci très judicieux et très passionné de notre langue.

Citons aussi, M. Maurice Reclus qui se signala à l'Humanité Nouvelle.

Critiques d'Art.

M. JosÉPHiN Péladak se place en avant de nos critiques d'art. Nul n'a plus sûrement que lui ni avec plus de franchise développé une critique précise^ basée sur des principes immuables, sur une

connaissance approfondie des chefs-d'œuvre éternels. L'iiomme qui a écrit la Dernière leçon de Léonard de Vinci, s'élève bien au-dessus de tous les nomenclaleurs de salons qu'on décore du titre de critiques d'art — mais, ici, nous sortirions des limites prescrites à ce travail.

Cependant nous ne négligerons pas M. Achille Segard : Il avait publié deux volumes d'études à la fois sévères et fines, avait l'un des premiers remis à la mode les analyses biographiques et critiques. Son Itinéraire fantaisiste et surtout Les Volupteux et les Hommes d'Action ne doivent pas rester ignorés. Il abandonne la critique littéraire pour la critique d'art oiî il parvient à rester un honnête homme, ce qui, de nos jours, est malaisé. En effet, la critique d'art est le métier le plus envahi. Les illustres prédécesseurs ayant laissé à notre génération que l'ignorance domine, un nombre suffisant de clichés conventionnels, une troupe habile maniant ces mêmes clichés, a institué la critique payée, payée par des toiles de peintres et des croquis. Dès que ces jeunes hommes possèdent une collection, les voici prêts à crier que tel peintre a du génie pour le lancer et augmenter la valeur des toiles qu'ils conservent. C'est la spéculation la plus ouvertement effectuée.

Il y a, toutefois de bons critiques d'art, parmi lesquels, certains pour échapper à ce reproche et conserver leur franc-parler, refusent les « souvenirs » et les « cadeaux. » Georges Lecomte, Charles

Morice, Frantz Jourdain, Camille Mauclair, Gabriel Mourey, Marius-Ary Leblond, Tristan Leclère (Klingsor) Pierre Hepp, J. L. Vaudoyer, René Jean, Gh. Ponsonnailhe, etc.

Traducteurs.

C'est parmi les critiques qu'il faut ranger encore les jeunes écrivains qui ont influencé, en nous traduisant les maîtres étrangers, l'évolution des lettres. M. Henri Albert s'est infatigablement dévoué à l'oeuvre de Nietzsche, etc., et il a su faire œuvre personnelle en de nombreux essais. MM. Louis Fabulet et Robert d'Humières à celle de Kipling, M. H. D. Davray a celle de Wilde, de Wells, de Stevenson. M. Maurice Strauss à celle de Meredith, M. Semenoff à celle de Gorki, M. B. Kosakiewiecz à celle de Sienckiewiz, M. PmLEAS Lebesgue (traducteur d'auteurs portugais). M. Jacques de Coussanges, etc.

Histoire et critique historique.

On rencontre rarement des historiens parmi les rennes hommes. Pourtant la génération dont nous avons tracé les débuts, manifesta de bonne heure son goût pour les études précises. Il n'entrait point dans le cadre de notre ouvrage d'apprécier les méthodes ou les travaux. Nous nous sommes bornés à les mentionner.

M. Jacques BouLSiNGEii. — Avec un soin scrupuleux servi par un sens psychologique très averti ouvre les Comptes de Louise de Savoie et s'intéresse aux Protestants de Nîmes après l'édit de Nantes. M. André Lebey s'applique à la biographie exacte du Connétable de Bourbon à l'histoire de Napoléon 111 ou aux avatarsdu Condotierre Castruccio Castracani; M, Henri d'Alméras s'adonne aux romans de l'histoire {Emilie de SainteAmaranihe, Cagliostro, Fabre d'Eglantine. Les Dévotes de Robespierre, Le Marquis de Sade).

La question de l'évasion de Louis XVII hors du temple suscite une nuée d'historiens parmi lesquels MM, Otto Friedrichs, Henri Provins, et Ad. Lanne se font spécialement remarquer.

Citons aussi, MM. Georges Riat, Georges Toudouze, Boussac, Philéas Lebesgue, etc.

MM. G. Lenôtre, Frantz Funk-Brentano et G. H. Gausseron , Edouard Gachot , Fr Lolliée, Bord , V* de Reiset, G" Fleury, etc., n'appartiennent plus à notre génération , surtout à cause de leur notoriété qui les place hors pair (i).

(i) Nous ne pouvons terminer cette étude sans mentionner la revue La Chronique (Ancienne Chronique des Livres) excellent recueil de critique mensuelle que dirigeait M. P. CagninaccidontM. Edouard Beaudu était secrétaire, et qui compta parmi ses meilleurs rédacteurs MM. R. G. Aubrun, G. Boissy, Hertz, Thevenin, etc..

Eloquence.

Nous aurions peu de noms ou trop à citer en dehors de J. Paul Boncour, de Moro Giafferi, G. Félix-Makchand, avocats et conférenciers littéraire et politique et nous ne voulons pas nommer les jeunes parlementaires pour n'être soupçonnés ni de flagorneries, ni de complaisance à l'égard d'un parti.

Philosophie.

Enfin, outre les thèses de doctorat ou d'agrégation nous ne connaissons pas de travaux philosophiques se rapportant à la période que nous étudions en dehors des études de MM. Jules de Gaultier et P. Lasserre sur Nietzsche, de M. Brewster sur ÏAme Païenne, et des travaux de MM. Edouard DujARDiN, Gaston Danville, Remy de Gourmont.

Critique sociale ou économique.

Voyages. — A l'écart des professionnels théoriciens de la politique socialiste ou des anarchistes universitaires, nous devons nommer M. Henri Dagan dont l'intelligence large, éclairée, précise, le sens esthétique, l'enthousiasmesanssectarismeontgroupé autour de r ÛEuyre iVouye//e quelques libres esprits. Nul n'a moins que lui de superstitions politiques

et son essai sur la Condition du peuple au XX^ siècle s'éloigne des banalités optimistes du journalisme et du Parlement. Ce n'est pas lui qui chassera les poètes de la cité future, car il les goûte avec discernement et lient compte de leur pensée, sanspour cela que sa méthode ou son érudition puissent être mises en défaut. Citons aussi Les Pages Libres de MM. Maurice Kahn et Guieysse, Les Cahiers de la Quinzaine de M. Péguy qui ont révélé des talents ignorés.

M. Robert d'Humières nous a fait un tableau de Vile et l'Empire de Grande-Bretagne. M. René PuAux qui est un poète, s'est fait en France le défenseur de l'indépendance finlandaise et nous lui sommes redevables de traductions et d'études sur la littérature de ce grand duché.

M. Henri Mazel avec la Synergie Sociale s'est affirmé de façon telle qu'il sort, par sa notoriété, des limites de notre travail.

Conclusion.

Impressionniste et analytique, la critique nouvelle n'a pas de credo définitif; cependant il semble qu'on pourrait obtenir d'elle une majorité sur le programme suivant : Retour à la raison, à la méthode, à la clarté, à la simplicité, Respect des traditions morphologiques de la langui, Guerre à l'esprit romantique. M. Paul Reboux a résumé ces tendances :

« Notre devoir, à nous qui écrivons, est de ne point contribuer, sous le prétexte de nouveauté, à des écarts de goût qui faussent les jugements et troublent les intelligences.

« Conservons, pour modèle unique, la vie, et pour unique aspiration la vérité. Tout ce qui touche à la vie peut se traduire en beauté. Il n'est pas une seule œuvre d'art qui ne prenne au foyer de la vie sa clarté première.

« Soyons simples, soyons clairs, ne raffinons ni notre esprit ni notre sensibilité; ne nous appliquons jamais à éprouver ce que les autres n'éprouvent point, car nos ouvrages échapperaient à la compréhension, et une œuvre d'art est destinée à être saisie pour être aimée.

« Ne nous efforçons pas. Que rien ne révèle en nos écrits les difficultés que nous pûmes éprouver en les composant. Un artiste bien doué ne doit souffrir que pendant la gestation. Mais il doit créer avec fâcihté, pour que sa création porte les marques de l'ordre, de l'harmonie et de l'aisance, sans lesquels il n'est point de chef-d'œuvre.

« Et surtout cachons notre art au lieu de l'exhiber en formules pompeuses et, vides. Ne croyons pas qu'il suffise d'être un novateur pour mériter des louanges. Prenons garde de substituer à ce que nous détruirions des esthétiques falotes et des productions éphémères I »

Ces paroles sont excellentes, mais prenons garde

cependant qu'elles ne nous rendent injustes. Il ne faut pas confondre simplicité et banalité, tradition et routine, médiocrité et classicisme. N'oublions pas

QUK c'est au nom DE LA SIMPLICITÉ ET DE LA CLARTÉ QUE LES PÉDANTS ONT NIÉ LA BEAUTÉ VRAIMENT TRA- DITIONNELLE.

La critique de tous les temps a toujours justifié quelque peu sa réputation d'inintelligence et de routine, surtout lorsqu'elle était faite par des pédagogues. Aujourd'hui que les écrivains s'en mêlent qu'elle évite avec la ceinture dorée, son ancienne renommée.

A propos d'un hémistiche de Bérénice, Voltaire écrit : c'est une Expression heureuse et neuve dont Racine enrichit la langue, et que par conséquent on critiqua d'abord (i). D'autre part, ceux qui ont ri de certaines expressions non moins heureuses apportées par les symbolistes ou les nfituristes ignoraient souvent qu'on en pouvait trouver exemple chez les classiques (Cf. Voir des odeurs (Buffon, Le chien). — Entendre le silence (id.) — Que de fois le professeur qui chicanait un jeune poète sur ses audaces démontrait seulement qu'il ignorait l'usage des tropes de rhétorique, et que ce qu'il considérait comme une taute n'était qu'une « figure de mot ».

Tout l'art du critique doit tendre à distinguer ce qui est conforme au génie d'une langue et non à

(i) Œuv). Comp. de Voltaire. Paris, 1817. Littérature, 1. 11.

suivre le goût public ou la mode. L'art d'un Richepin est plus contraire que celui de Paul Claudel à l'âme de la race. — « Celui qui n'a égard en écrivant qu'au goût de son siècle, songe à sa personne plus qu'à ses écrits, dit La Bruyère. Il faut toujours tendre à la perfection, et alors cette justice qui nous est refusée par nos contemporains, la postérité sait nous la rendre... »

Certes, nous croyons défendre aussi la pensée classique et la tradition française, de clarté, de sobriété et de mesure, ce qui ne veut pas dire que nous louerons les pâles épigones et les imitateurs et les plagiaires (i). La beauté est fière, claire et nue, mais elle a ses caprices, ne l'oublions pas et ne la confondons pas avec cette quadragénaire qui la singe et qui n'ayant plus la force de courir les chemins nouveaux blâme sa rivale et tous ceux qui n'imitent pas sa marche chancelante.

(i) Et pour les nouveaux auteurs comme pour les plus grands ne faut-ilpas toujours rappeler ce passage deQuinlilicn (Inst. Orat. X, i). « Modeste tamen et circumspecto judicio.. . pronuntladum est ne, (quod plerisquo accidit) damnent quai non intelligunt, etc . . . »

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