PREMIERE PARTIE
La monade est la substance simple, dont la donnée est impliquée par l'existence des substances composées.
Une substance est un être considéré dans sa complexité logique, comme le sujet de ses qualités.
Déterminer une substance comme un sujet de qualités c'est la définir pour la pensée.
Sans définition, sans attribution de qualités, sans établissement de relations en conséquence, il n'y a pas de connaissance, et la substance alors demeure un terme tout abstrait (1).
La monade, ou substance simple, doit donc être définie.
Une substance peut aussi être considérée comme «ne quantité^ c'est-à-dire comme composée d'éléments de la même nature qu'elle-même sous l'aspect qualitatif, et qu'on appelle ses jmrlies.
LA KOUVCLLS MOMADOLOGIE.
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En ce cas, si Ton regarde la substance composée comme actuellement donnée, et les parties que l'on y distingue, comme données aussi, et non point comme de simples possibles pour la pensée (2), ces sujets partiels forment ensemble un tout qui est aussi un nombre déterminé; car un composé déterminé ne peut pas se former d'un agrégat indéterminé d'éléments de composition.
Démonstration. — Si la (b'vision d'une substance composée donnée pouvait se penser comme interminable en elle-même, il faudrait qu'elle fiit objet de pensée, en même temps, d'une part, comme donnée de composition, puisque telle est rhypothèse, et, d'une autre part, comme impossible à former par voie de composition, car les éléments dans lesquels elle se divise, y étant, par hypothèse aussi, multipliés sans terme, ne peuvent s'y trouver de manière à constituer un assemblage terminé. La pensée d'une substance composée à rinfini est donc contradictoire en soi, ou dans sa propre formule (3).
La monade étant sans parties n'a ni étendue ni figure, car une propriété essentielle de l'idée de l'étendue est la divisibilité en parties, qui elles-mêmes en admettent d'autres, et cela sans fin (4).
Les monades ne peuvent pas former en se composant entre elles des étendues, parce que ce qui est étendu ne peut pas sans contradiction résulter d'un assemblage d'inétendus. La division des substances composées, dans respace, est un mode d'intuition de ces substances qui ne touche pas les sujets simples. Les monades sont les serais atonies de la nature^ comme les nomme Leibniz (5). Ni la vue, ni l'imagination ne sauraient les atteindre.
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Il en est du rapport de la monade au temps comme de son rapport à Tétendue. Une monade ne peut venir à Texistence ou en sortir (6) par voie de composition ou de décomposition en parties, puisqu'elle n'a point de parties. Si elle commence ou finit, ce ne peut être que dans Tinstant (7). Elle a sa vie dans le temps (art. xii), elle n'y peut avoir sa formation ; car si elle se formait d'éléments antécédemment donnés, elle ne serait pas simple (art. vn). Elle est modifiable, mais ses modes dans le temps présupposent une limite antérieure apposée au temps.
La monade, ainsi définie dans ce qu'elle na pas^ doit maintenant être définie dans ce ^{xelle est. Ce qu'elle n'a pas, c'est la composition quantitative. Ce qu'elle est, c'est un composé qualitatifs ou un sujet de relations internes, subjectives. Au défaut de telles relations, elle resterait indéterminée comme sujet, et, en d'autres termes, répondrait à un concept abstrait, non à une réalité (8).
Une monade ne peut avoir de relations qu'à ellemême, ou à d'autres monades. Mais les rapports de cette seconde espèce, les rapports externes, en supposent toujours un de la première, un rapport interne. Il faut qu'il y ait en chaque monade une qualité commune à toutes, et qui soit propre pour chacune : c'est le sentiment de soi, le rapport du sujet à l'objet, dans le sujet; une distinction et à la fois une identification.
Ce rapport interne est la représentation ; il est la con^ science^ si on le considère dans sa forme; le phénomène, si on le considère dans sa matière.
Vn phénomène ne peut pas être pour la conscience
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autre chose qu'un représenté; car, autrement que comme représenté, on ne saurait dire ce qu'il est.
Si les monades étaient réduites à leur commun caractère indéterminé de puissance représentative, elles seraient toutes identiques. Elles ne laisseraient pas de pouvoir être conçues à l'état multiplié, distinctes les unes des autres solo numéro (9). En effet, bien que la quantité n'entre pas dans leur constitution, qui est sans parties, elle s'applique à leurs rapports extrinsèques, chacune d'elles pouvant être considérée comme une unité dont la répétition forme des nombres.
La vie d'une monade commence, lorsque l'objet et le sujet, constitutifs de son essence, éprouvent des modifications qui font varier leur rapport dans le cours du temps (art. xii). La représentation qualifiée, répétée et diversifiée de ce rapport, avec le sentiment de soi, commun à toutes les monades, mais plus ou moins clair et distinct chez les unes ou chez les autres, est un co/«posé de phénomènes. La conscience particulière d'un phénomène comme différencié d'avec d'autres phénomènes est une perception.
Les phénomènes admettent une distinction principale entre eux, entant que les modifications et les variations affectent plus spécialement ou l'objet ou le sujet.
Soit que nous considérions les phénomènes dans leur rapport à l'objet, ou au sujet modifiés, ils ne peuvent avoir ce qu'on nomme leur siège que dans une monade, car un composé ne saurait posséder, en tant que composé, la conscience, c'est-à-dire penser. Ce serait une proposition sans raison, et même inintelligible, que
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celle-ci : une réunion d'éléments étrangers à la pensée est un tout qui pense, un tout qui se rapporte lui-même, comme objet, à lui-même comme sujet. Il ne servirait de rien d'invoquer à ce propos Texpérience au défaut de la logique. Les éléments chimiques, à propriétés définies, dont les composés présentent d'autres propriétés que celles de ces éléments ne souffrent pas la comparaison avec des pensants qu'on supposerait formés par des assemblages de non pensants, parce que les propriétés, en chimie, sont définies de part et d'autre, dans le composant et dans le composé, comme appartenant à un même ordre de relations sensibles. Mais des éléments dont la pensée se formerait, l'esprit n'a rien à dire de relatif à la pensée, si ce n'est qu'ils ne sont point la pensée. Il faut toujours, en approfondissant, arriver au rapport conscient, dans sa simple dualité interne, et ce rapport est la définition de la monade.
On appelle matérialiste, toute philosophie qui définit la pensée comme le produit d'une composition dont les éléments n'impliquent point la pensée. Mais il n'est pas possible de penser quelque chose qui n'implique pas la pensée. Il n'y faut pas d'autre réfutation.
Les modes de ce rapport qui est la représentation supposent trois lois ou rapports, généraux, distincts et toutefois inséparables.
Le premier est donné dans l'activité interne de la monade, en tant qu'elle est un principe de son propre devenir, une force suscitative de ses états par des actes modificateurs du rapport donné entre le sujet et l'objet de la représentation.
Considérée dans la monade en général, et dans une grande partie de la vie de toute monade, cette force, dans tout ce qui n'est point conditionné extérieurement, est spontanée, sans réflexion ni délibération.
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Il n'y a nul empêchement logique à admettre que Tactivilé interne d'une monade suscite certaines déterminations instantanées de soi, dans son rapport de sujet à objet, sans enfreindre les limites de sa nature (iO), puisque sa nature première n'est précisément que cette puissance. Mais sa nature acquise et ses rapports externes (art. ix-x) peuvent seuls donner de l'extension et de l'importance à de telles déterminations, auxquelles ne conviendrait jusque-là que le nom d'acci^ dents,
Le second des rapports généraux compris dans la représentation est Vappétition, Il fournit, dans la monade, à ractivité sa fin. Mais ni en elle-même, ni pour être atteinte la fin ne s'offre dans l'objet, dans la relation de l'objet au sujet, qu'en supposant quelque chose d'indépendant, au moins en partie, de l'activité du sujet. L'appétition implique le sentiment d'un devenir^ dont tantôt elle procède et que tantôt elle anticipe. Elle procède d'une perception, et le sujet, en son activité, réagit (11).
Le troisième des rapports généraux compris dans la représentation est la perception externe^ qui suppose à la fois le sujet percevant et l'objet perçu, c'est-à-dire, d'une part, la monade, son activité, principe de l'activité des substances composées, et, de l'autre, la pluralité des monades, leur état de dépendance mutuelle (12). Une monade n'a point en soi les conditions de toutes les modifications qu'elle éprouve quand elle s'envisage comme objet. Cet objet est susceptible à' états auxquels le sujet adapte des actes. Le sujet sent que l'objet varie sans sa participation active et sans appétition de sa
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part. C'est ce sentiment, c'est une représentation sensible donnée au sujet de l'objet, sous cette condition, qui constitue une perception externe.
La perception externe comprend une impression et une connaissance : l'impression est celle que le sujet reçoit de son état, comme sujet modifié partiellement sans son acte; c'est la sensation. La connaissance est l'avertissement qui lui est donné de la présence de quelque chose d'extérieur à lui, c'est-à-dire d'autre rjite lui.
Ce sentiment et cette notion se rapportent à une extériorité qu'il convient de distinguer sous le nom d'altè^ rite : c'est l'extériorité essentielle et radicale, donnée consciente, irréductible, de la pluralité des monades et de leurs liaisons. Il ne faut pas confondre cette idée de l'externe avec l'intuition spatiale, qui ne fait que lui donner une forme dans les sensations (art. xlvi).
Les perceptions et les sensations sont régies par des lois.
Une loi est une relation d'ordre général, ou une propriété (une qualité spécifique) servant à lier et à séparer, à distribuer d'après leurs caractères, des classes plus ou moins étendues de phénomènes
D'entre les lois qui régissent les sensations, les unes leur sont appliquées par la forme inhérente à l'acte percevant, chez un sujet dont la puissance perceptive est assez développée : telles sont l'unité et la pluralité, le sujet et l'attribut, et d'autres rapports d'ordre général. D'autres en grand nombre se découvrent seulement à l'expérience. 11 existe, en rapport avec ces dernières, des qualités spécifiques dont chacune est d'ailleurs indéfinissable, c'est-à-dire irréductible à toute autre source de connaissance. Elles s'appliquent à
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celles de ses perceptions auxquelles le sujet attribue spontanément rextériorité. Ce sont des qualités sensibles pures : le son en tant que sonorité, simplement; la couleur en tant que coloration, etc.
Tout ce qui a la forme externe est soumis, pour chaque monade, en son acte de perception, à une forme essentielle commune, portant sur toutes les qualités sensibles. Et de môme tout ce qui lui est représenté comme interne est soumis à une forme, ou loi essentielle commune, entièrement différente de la première.
Ces deux catégories — terme qui sera justifié en traitant des lois comme fonctions logiques — embrassent, celle-là, les choses de Fespace; celle-ci, les choses du temps.
La loi commune des phénomènes internes est la succession. Toute monade, depuis celles de Tordre inférieur, c'est-à-dire les moins élevées en intelligence, dans la mesure où elle a conscience de ses états et de ses perceptions, se les représente comme successifs : représentation souvent confuse, mais nécessaire, puisque à son défaut les rapports caractéristiques du sujet et de Tobjet s'évanouiraient par l'identification de leurs termes en un sentiment présent, lui-môme anéanti au môme instant que produit. Car l'anticipation mentale du devenir est impliquée par tout acte qu'une fin motive; et le devenir n'aurait aucun sens s'il n'y avait, pour ce qui devient, un avant et un après (13).
Le rapport général de Va{>ant et de V après au présent, qui a pour limite Vinstant, est la loi du temps. L'intervalle de temps entre deux instants déterminés est la durée; le rapport particulier du postérieur à l'antérieur est un rapport de succession,
La mémoire, chez toute monade, dépend du senti-
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ment clair ou obscur du rapport de succession. Il n'est pas de conscience, si élémentaire qu'elle soit, qui n'implique ainsi le temps pour se répéter en se rapportant à elle-même, n'éprouvât-elle aucun changement pendant qu'elle se sent durer.
La mémoire qui localise avec plus ou moins de précision les faits dans le temps n'est pas la fonction d'une monade d'ordre inférieur, à perceptions confuses; elle exige l'organisation (art. xxxviii).
La représentation des phénomènes externes, en tant que donnés et modifiés dans le temps^ est un transport que la mémoire fait à ces phénomènes perçus de la loi des perceptions elles-mêmes, phénomènes internes. Cette représentation est celle du changement de l'objet, qui devient, d*un instant à un autre^ différent de ce qu'il était, sous tel ou tel rapport. Le devenir externe est perçu dans le devenir interne qui lui correspond art. xxi).
La loi fondamentale qui lie entre eux les phénomènes représentés dans une monade sous la forme externe est la loi de l'étendue, en vertu de laquelle ils sont vus ou imaginés dans l'espace (art. xi). La monade d'ordre inférieur possède elle-même la représentation obscure de cette position hors d'elle de l'objet différent d'elle. C'est la forme la plus élémentaire de ce lieu et de cette distance^ que perçoivent des monades d'ordre supérieur.
Les monades inférieures sont liées, dans leurs rapports de proximité variable, par des qualités actives A'attraction ou de répulsion^ affections internes qui répondent aux attractions et répulsions des molécules des corps dans lesquelles la physique mécanique n'envisage que des lois du mouvement en fonction des distances.
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Ces monades sont ainsi douées de la vague intuition de la spatialité^ ont une certaine représentation des rapports de coexistence dont la représentation dans l'espace est une forme. Elles ont des sentiments d'ordre élémentaire, correspondant à ces sensations plus distinctes et à ces notions précises qui s'appliquent aux mêmes relations quand on passe à des monades d'intelligence développée (14).
Des sensations ou confuses, ou dont nous ne possédons point ridée, peuvent être données chez les monades inférieures, en ceux des rapports externes que nos sensations propres, complétées au besoin par des inductions, nous révèlent comme des mouvements du genre ondulatoire (15). Les molécules des corps vibrants sont des composés de monades, on peut donc supposer aux Tnonades des qualités, des affections internes en rapport avec les mouvements de ces composés; peut-être même des états sensitifs qui auraient de l'analogie avec les sensations correspondant aux mêmes mouvements, pour les monades supérieures. Les états de pression et les communications de mouvement attribués à des attractions sont les moins complexes d'entre ces phénomènes ; et, d'une autre part, les phénomènes de réaction, la répulsion, Télasticité. De là les ondulations de composés spéciaux empiriques ou hypothétiques (gaz, cristaux, etc., éther), et les sensations variées des monades qui composent les molécules des différentes espèces. Les phénomènes d'émotion proprement dite, les passions, le plaisir et la peine, au moins au degré où ces termes s'entendent, ne sont vraisemblablement pas des affections attribuables aux monades inférieures.
LA MONADE li
Les éléments qui reçoivent des physiciens le nom de molécules ne sont ni des monades — car ils existent dans les corps comme leurs parties, qui sont ellesmêmes tantôt de composition homogène et tantôt hétérogène, — ni des composés de monades dans un sens d'organisation qui sera défini plus loin (art. xxvi et suiv.;. Les molécules sont essentiellement relatives aux fonctions mécaniques, comme le dit leur nom, qui est le diminutif de masse — la masse étant Tun des deux coefficients de tout mouvement, — et comme le confirme leur emploi dans ces grandes lois de l'ondulation qui composent, en dehors de celle de la pesanteur, presque toute la physique. A ce titre, et comme parties constituantes des corps, qui en possèdent les propriétés communes et dont on parvient à mesurer approximativement les dimensions et les distances mutuelles, les molécules revendiquent une existence empirique incontestable. Il n'en est pas de même de l'atome.
L'atome se définit comme un corps élémentaire qui serait à la fois qualitativement indécomposable et quantitativement indivisible. 11 diffère donc de la molécule. Il diffère également de la monade, parce qu'il a un poids spécifique et d'autres propriétés qui sont induites de l'étude des corps simples, c'est-à-dire de l'étude des corps physiquement composés et qualitativement indécomposables, tandis qu'on ne lui attribue aucune propriété de l'ordre représentatif. L'indivisibilité, qui n'est pas un caractère physique, est en désaccord avec l'existence empirique autant qu'avec l'idée de l'étendue pure. L'atome semble donc n'être qu'une conception proprement chimique, servant à définir le sujet d'un certain groupe de propriétés, indépendamment de leur siège physique, de même que la monade est la conception
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métaphysique de Têtre en dehors de la physique et de la chimie tout à la fois.
La question du rapport réel des idées de masse, molécule et atome à Tétendue n'étant pas séparable de celle de la réalité de Tétendue, c'est-à-dire de ce qu'il faut entendre par cette réalité, n'est pas une question scientifique (16).
Au point de vue de la connaissance humaine et de ses conditions de développement, nous devons transporter à bien peu près du positif au négatif ce que nous avons admis d'attributions possibles à la sensibilité de la monade la plus étémentaire. Les sensations, encore qu'indispensables pour la moindre extériorisation et pour la mutuelle localisation la plus réduite des monades liées, sont bien loin, chez elles, d'une claire intuition spatiale, accompagnée de la perception de rapports multipliés de position et de coexistence, de distance et de contenance. Il faut dire, en termes du commun langage, que la monade élémentaire n'a pas la connaissance de l'étendue, ses sensations ne pouvant être que ce que les nôtres seraient, abstraction faite de cette connaissance à l'état développé, dont il nous est bien difficile de nous séparer par la pensée.
La monade est, par contre, imperceptible pour nous qui ne percevons rien d'extérieur que sous la condition d'une intuition spatiale précisant des rapports multipliés. Les substances composées nous sont seules perceptibles ^art. XXIV et xxv} : disposition inverse de celle qui régit la monade élémentaire, bornée aux relations les plus simples.
La monade, quelle qu'elle soit, par le seul fait qu'elle est ainsi placée hors de l'atteinte de notre expérience, peut se nommer une conception métaphysique. Sa défi-
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LA MONADE i3
nition est exclusivement qualitative, car une réunion de qualités ne fait pas une quantité. Ses qualités ellesmêmes sont définies par des relations (de sujet à objet, d'interne à externe, de succession, d'appétition, d'action et de passion). Le nom de substance simple, que nous lui avons donné, signifie le concept de Têtre, réduit à ses rapports essentiels constitutifs. Il est le signe ou symbole de cette réalité fondamentale donnée à la connaissance dans une loi, dans une fonction. Les développements de cette fonctioû, son application à des relations nombreuses et plus vastes se produisent et se différencient les uns des autres par la composition des monades en des ordres de sujétion divers.
Ainsi, le concept de monade, s'il est bien appliqué, ne contredit pas le principe de relativité (art. iv); il l'affirme, il en est l'expression la plus générale.
Les notions géométriques de l'étendue divisée et figurée, et des mouvements de ses parties, sont données chez les monades selon leurs degrés d'élévation. L'ordre des représentations ainsi constitué pour elles ne peut sans contradiction être regardé comme la propriété d'un sujet en soi, externe, indépendant d'elles, ou qui serait formé par la juxtaposition et l'ensemble des représentés.
Formé par les monades, cela ne se peut, car étant indivisibles et inélendues, tout assemblage qui s'en peut faire est incompatible avec l'idée d'un sujet qui serait étendu et divisible sans fin en parties homogènes.
La somme des monades, en un composé partiel quelconque, et, par suite, en tout composé de ces composés, est un nombre fini (art. ii); il est donc impossible d'atteindre par la multiplication des monades la somme
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a LA NOUVELLE MONADOLOGIE
supposée du sujet en soi dont les parties seraient sans fin.
Le même argument établit l'impossibilité de ce sujet comme indépendant des monades. Quel qu'il fut, en effet, ce sujet ne pourrait satisfaire à la définition de retendue géométrique que moyennant la supposition d'éléments de composition, ou parties, qui seraient de la même nature que lui-même (17V.
1/idée de la divisibilité sans terme ne laisse pas d'être inhérente à celle de l'étendue, et cela va sans difficulté. En effet, l'idée de possibilité entre dans l'idée de divisibilité. Or, la possibilité logique de la division, en tant qu'elle ne sort pas de la représentation, reste toujours d'accord avec cette représentation ou intuition de l'étendue. 11 suit de là que l'usage, en mathématique, des infinitésimaux et de la notation
leibnitiennc : dx^ dy^ -^ ne soulève aucune difficulté,
pourvu qu'on regarde les dx et les dy comme des symboles de quantités telles qu'on ne puisse en assigner aucune, de la même nature, qui ne soit plus grande. C'est ainsi que Leibniz les définissait. La contradiction naît seulement de Tunion que le réalisme, soit mathématique, soit matérialiste prétend faire, en un même concept, de la division terminée. Ce concept contradictoire une fois écarté, la démonstration du caractère représentatif des notions spatiales est acquise.
La perception des mouvements, le calcul de ceux qui ne sont point perceptibles, ne laissent pas de répondre à des réalités, à des phénomènes réels et réglés, ainsi qu'aux modes variés de nos sensations. Ce sont des rapports de correspondance entre les monades de tout ordre (art. xxi).
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LA MONADE i^
La théorie du temps se modèle sur celle de Tespaoe, en ce qui concerne la divisibilité. Le mouvement, la vitesse, qui est un rapport du temps mesuré à l'espace mesuré, sont essentiellement des représentations. Ce qui est donné de réel et d'actuel dans le temps (art. xn), comme dans Tespace (art. xin), c'est le phénomène. La multiplication des phénomènes actuellement donnés, de quelque nature qu'ils soient, pourvu seulement qu'on puisse les regarder comme distincts les uns des autres, soumis en conséquence aux conditions du nombre et du tout, et non comme des parties imaginaires, illusoires, d'un tout réellement indivisible et solidaire (18), a nécessairement un terme, ainsi que la multiplication des monades a un terme. Multiplication et division sont au surplus les formes corrélatives d'une même notion, la quantité.
Les phénomènes nous sont représentés comme distincts et distribués dans le temps. Ceux qui sont regardés comme passés ont eu l'existence actuelle, en de certains rapports définis ; c'est ce qu'on entend quand on leur applique ce mot : passé. Les phénomènes dont nous nous souvenons, ou dont nous induisons l'existence sous cette condition déterminée de temps, ont dans notre pensée tout ce qu'il faut pour être distingués les uns des autres, dès qu'ils ont des qualités différentes, ou occupent des lieux différents, ou enfin, quoique semblables d'ailleurs, se placent différemment dans le passé. Cela suffit pour qu'ils soient nombrables à aussi bon titre que le sont des phénomènes actuels. Il faut, en effet, ou que nous pensions que ce qui les
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distingue ne possède pas la réalité, mais qu'ils forment tous ensemble un passé indivisible (19), — ou peut-être même qu'ils sont de pures illusions, étrangères à la vraie nature des choses (20), — ou, sinon, ces phénomènes passés sont, comme les phénomènes présents que nous distinguons les uns des autres, soumis à la loi du nombre; leur énumération, si elle est matériellement possible pour une intelligence, est terminable
, pour cette intelligence, et, dans tous les cas, nous devons, exécutable ou non, la tenir en elle-même pour terminée,
/ L'opinion de l'indivisibilité réelle des phénomènes distribués dans le cours du temps, et l'opinion de leur caractère illusoire, sont contraires à la croyance naturelle en la raison humaine et en ses lois (art. lxvmi). 11 n'y a donc pas, autant que vaut cette croyance, de régression possible à Vinfini des phénomènes dans le temps; le monde phénoménal a eu un premier commencement, c'est-à-dire a procédé d'un acte qui n'a pas lui-même été la suite de phénomènes antérieurs.
L'idée de Véternité du monde est une idée contradictoire en soi, pour ce qui concerne l'éternité que les docteurs scolastiques appelaient a parte ante. Elle n'est pourtant point contradictoire, quand on l'applique a parte post. Cela tient à ce que, dans ce dernier cas, à le bien voir, c'est la négation et non l'affirmation de l'éternité qui se pose; c'est l'indéfini à la place de l'infini; c'est la possibilité de la prolongation du cours du temps dans un avenir sans bornes, — concept inexpugnable, puisque la possibilité du nombre est inépuisable, — tandis que la régression dans un passé sans commencement signifierait que ce cours, arrivé au moment présent, est un infini actuel, une somme terminée de phénomènes, qui comptée dans l'autre sens ne pourrait jamais se terminer (21).
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La thèse logique de la possibilité d\in premier commencement de phénomènes a paru longtemps sujette à telle objection, que, s'il en était ainsi, <c quelque chose serait donc provenu de rien », — « le néant aurait produit quelque chose ». — Au point de vue de la logique pure et formelle, l'argument est sophistique, parce que, appuyé comme il veut Tètre sur le principe que tout ce qui existe a une cause^ il reproche à l'adversaire de prendre pour cette cause le rien^ le néant. Mais l'adversaire ne commet pas cette faute grossière, il nie simplement qu'il y ait nécessairement une cause antécédente à tout phénomène (22).
Au point de vue métaphysique de la causalité, accordé avec la position d'un premier commencement, il faut dire qu'il y a une cause présente au monde, dès que le monde existe, non toutefois qui puisse être définie comme donnée antérieurement à la création. Et il faut bannir, en excluant ainsi tout antécédent, non la pensée du possible hors des conditions de la connaissance — d'où en prendrait-on le droit? — mais la spéculation sur l'inconditionné, les définitions fallacieuses du sujet absolu, supposé hors des catégories de la raison, ou contradictoire à toute application que ces catégories puissent recevoir. Le principe de relativité ne fait ici que poser une limite, il ne porte point luimême un jugement, qui ne pourrait être en ce cas qu'une négation sans application à quoi que ce fut de déterminé (23).
La cause du monde est la cause des monades, des substances composées de monades, et de l'ordre total que les monades ont composé à l'origine, puisque aucune n'a pu être produite autrement qu'instantanément, qu'elles n'ont point d'organes par le moyen desquels elles puissent agir sur les autres (art. i et u), et
LA HOUTELLE MOKADOLOOIE.
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que tout phénomène est donné en dernière analyse dans une simple monade, quel que soit Tétat de la substance composée dont elle est un élément, et de quelques phénomènes d'étendue et de mouvement que cette substance puisse être représentée comme le siège (art. vu).
L'ordre merveilleux, d'une complexité inimaginable dans les deux sens de Téchelle de grandeur, dont le monde offre le spectacle étonnant, depuis les lois invariables, mais d'applications si multipliées, des molécules à propriétés spécifiques, jusqu'à la multitude des organes combinés et mutuellement subordonnés pour des fins communes, jusqu'aux sentiments, aux passions et aux actes déployés dans les rapports des organismes entre eux, et en y comprenant enfin les principes du jugement et les vues de finalité, sur lesquels se guident les pensées conscientes, cet ordre universel est un système parfait de relations dont l'idée n'est autre que celle du fait intégral constituant la loi de la nature. L'intelligibilité de ce fait est la même que celle du fait le plus élémentaire et de la loi la plus simple. Elle n'est ni plus grande ni moindre. Le principe de relativité ne s'éclaire pas lui-même en se portant, avec la connaissance, aussi loin qu'elle est accessible, il reste le plus fondamental des aprioris^ mais il ne s'obscurcit pas non plus en recevant des applications plus complexes. Il ne se dépasse pas lui-même, et ne se clément pas, en réclamant un siège et un auteur où il ait son intégrité et son unité.
11 n'y a rien dans les modifications propres d'une monade, qui renferme analytiquement la raison des modifications d'une autre monade et, par conséquent^ des substances composées (art. vu). L'activité de l'une
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ne rend pas compte de la passiveté de l'autre. Quand nous retranchons de notre idée de Tefficacité d'une action (cause ou force) Timagination du transport de quelque chose qui agit pour modifier quelque autre chose au lieu où elle est transportée, il ne nous reste que ridée de la relation de deux faits dont le second succède au premier, ou l'accompagne (24). Or, cette tran^ sitivité n'est pas même l'image qu'elle voudrait être, une vraie apparence; car il n'apparaît rien de la puissance transportée, ni de son mode de transport. On n'assiste jamais qu'à la succession des phénomènes.
Les cas auxquels s'applique cette représentation fictive, étendue à toutes les circonstances dans lesquelles Texpérience nous a instruits d'un rapport constant de séquence de phénomènes, peuvent se ramener à trois, qui sont :
1** Le cas de la communication du mouvement par le mou» vement. En la constatant on ne saurait jamais aller au delà de la définition du rapport de fait entre le mouvement du corps moteur et le mouvement du corps mû, selon les conditions où ils se trouvent. Le contact, la pression, le choc, la masse et la vitesse, sont des idées formées d'après nos sensations. L'attraction et la répulsion sont l'expression des faits de diminution ou augmentation de distance, à moins d'être des idées prises de nos affections mentales et transportées aux rapports du corps en mouvement. Le tout n'est rien que modes et formes de représentation (art. xin et suiv.) (25).
2® Le cas du rapport réciproque de production de la pensée et du mous^ement^ et celui de la communication de la pensée d'un esprit à un autre. Ce dernier rapport s'établit uniquement par l'entremise d'une certaine communication de mouvement, et nous n'avons aucune connaissance allant au delà du rapport de fait entre des pensées relatives à un mouvement imaginé, désiré, voulu, et ce mouvement perçu en conséquence; ou, réciproquement, entre des mouvements, les uns perçus,
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les autres supposés, et nos modifications mentales qui en sont la suite, et dont quelques-uns nous servent, employés à dessein, pour signes représentatifs de nos idées (26).
3° Les cas de causalité de toutes les sortes que nous présente Venchainement des phénomènes naturels, La complexité de ces cas, lorsque les séquences constantes qu'on observe entre les phénomènes ne rentrent pas immédiatement dans les précédents, est un obstacle à l'exacte définition de la cause. La cause est multiple, éloignée, mélangée, confuse, pour un effet qu'on envisage, au contraire, dans une simplicité relative. Et ce n'est pas encore là le plus grave défaut de cette espèce de causalité. La vérité, c'est que nous appliquons Tidée d'une relation causale aux liaisons entre des groupes de phénomènes naturels, sitôt que nous pouvons définir leur ordre constant de succession, encore bien qu'il nous soit impossible de dire où se place entre eux ce dont nous aurions l'idée claire comme cause (27).
On reconnaît, d'après ces considérations, que la fiction de la transitivité causale est un mode de représentation symbolique de la succession en tant qu'efiîcacement produite en un sens déterminé. II s'y est joint, pour les philosophes, un concept de métaphysique réaliste : Vessence d'une force capable de se transporter là où elle doit opérer. On s'expliquerait mal sans cela qu'ils ne se fussent pas aperçus de l'inutilité d'une migration de la cause pour expliquer l'effet, puisque l'action d'un sujet sur un autre ne se comprend pas mieux, envisagé dans le second qu'envisagé dans le premier.
Ce n'est pas le propre de l'harmonie préétablie de susciter ces difficultés. Elle est au contraire appelée à les supprimer. On les avait senties dès Porigine de l'analyse sceptique, et la métaphysique réaliste n'a jamais pu que les dérober sous des mots dont toute la signification n'est que symboles pris de l'expérience, images de liaison des phénomènes successifs.
L'analyse de la relation de causalité ne peut jamais que nous laisser en face de ce rapport élémentaire et radical de deux faits, qui consiste en ce que, Tun étant donné, l'autre toujours l'accompagne ou lui succède. Un rapport de ce genre peut se nommer une harmonie. Et cette harmonie, si on la considère dans l'ensemble et dans la suite de tous les cas possibles où elle s'observe, n'est autre chose que l'ordre du monde, représenté dans son intégrité comme un faisceau de causes et d'effets reliés entre eux dans l'espace et dans le temps. Cet ordre est pour nous une donnée, autant que notre connaissance peut s'étendre. Il faut l'appeler une har^ mon ie prééta biie .
L'harmonie préétablie n'est pas la négation de la causalité; elle en est l'établissement dans tout ce qui regarde le conditionnement mutuel des phénomènes, quand il n'admet aucune ambiguïté, et que des conséquents certains à l'avance répondent aux antécédents acquis. L'ordre de détermination des phénomènes successifs est cette œuvre de l'intelligence ordonnatrice suprême qui compose les lois de la nature, qui est la nature elle-même, en ce qui touche les relations. Ces lois règlent les modes d'activité et les modes de passiveté des monades en correspondance régulière de ceux-ci à ceux-là dans les différentes classes et séries de phénomènes, toutes rattachées d'ailleurs les unes aux autres. Tout ce qui se produit passivement dans une monade quelconque est une application de la loi qui veut que le conditionné paraisse quand tous les conditionnants sont acquis en d'autres monades. C'est cela qui est la nécessité ^ r ordre du nécessaire.
Notre connaissance réelle ne peut nulle part dépasser les rapports que l'expérience nous découvre entre les
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antécédents et les conséquents dont la liaison est constante. Mais la valeur de Texpérience est dominée par la haute signification de cette constance, d'où naît notre attente, et plus encore par l'anticipation innée qui est inséparable en nous d'une appétition suivie d'une volition.
On peut prendre pour une bonne formule de l'harmonie préétablie une fonction mathématique en la supposant étendue à l'universalité des phénomènes. Ce n'est cependant qu'une analogie, les déterminations portant ici sur des rapports d'actes et de qualités suscités chez les monades, et non pas sur des quantités simplement. La similitude n'en existe pas moins, en imaginant que la fonction soit donnée par un nombre immense d'équations et de variables (28), et il n'en est pas de mieux faite pour exprimer la nature d'une loi consistant en ce que, telle suite de phénomènes étant donnée, telle autre suite se produit ipso facto, dans un ordre de relations différent du premier. Mais ce n'est plus la loi de conséquence^ mathématique^ déterminant des quantités de différentes espèces les unes par les autres; et ce n'est pas la loi de conséquence logique déterminant les idées. L'harmonie préétablie est la loi de conséquence naturelle^ la loi de la nature qui régit les causations psychiques et physiques.
L'activité spontanée des monades, leurs perceptions, leurs états passifs, les fins qu'elles poursuivent dans leurs sphères même les plus bornées (art. v et vii-xii) amènent des actions et des réactions qui impliquent, pour le complément de la vie de chaque être élémentaire, le sentiment de la causation tant active que passive. On peut admettre que l'expérience de la plus simplxî monade établit pour elle, dans les limites de
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^es relations, une obscure conscience de ce fait: qu'elle agit sur quelque autre monade, et que quelque autre agit sur elle. Ce n'est là autre chose qu'une correspondance naturelle, c'est-à-dire souverainement préétablie entre les représentations qui sont Tinterne original des monades, et celles qui procèdent des déterminations Jiées chez les unes des actes des autres, et qui sont pour elles des sensations externes.
Il n'y a nul obstacle logique opposable à cette pensée : que les monades sont les sièges de modifications internes rigoureusement spontanées, c'est-à-dire non déterminées par des antécédents soit internes, soit externes. N'étant pas liées à autre chose qu'à la simple existence des monades qui en sont les causes, ces modifications ne sont donc pas nécessaires. Elles ne laissent pas de produire des effets nécessaires, qui leur sont attachés par Tharmonie préétablie. Ces effets, renfermés, comme leurs causes, dans des bornes très étroites quand les monades elles-mêmes sont d'un ordre inférieur, sont insensibles dans les phénomènes appréciables pour des monades élevées et développées, et dès lors n'apparaissent pas dans les lois de la nature. Ces lois prennent ainsi pour ces dernières monades un caractère d'exactitude et d'uniformité parfaites.
Les monades supérieures, si nous les considérons dans leurs degrés d'être, c'est-à-dire de sentir, d'agir, et d'éprouver, de la part des autres comme causes, des effets de plus en plus considérables, ont une conscience de plus en plus claire aussi, et de plus en plus étendue, de leurs rapports. D'un autre côté, à mesure que ces rapports externes se précisent et à la fois s'étendent pour elles, elles sont les sujets de développements propres, internes, dont le cours est soumis à une double loi : 1* la loi des relations externes, variables, et celle des actions que ces monades ont à subir, ou contre lesquelles elles ont à réagir selon leurs natures; 2^ de leurs propres précédents de détermination, d'où qu'ils
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proviennent. De ceux-ci, les uns sont formés par l'association des idées et par Thabitude, qui se confond, à la racine, avec la nature primitivement donnée; les autres par des liaisons d'idées logiques, selon que la loi de la raison se définit pour la monade. Jusque-là tout se présente comme essentiellement déterminatif, dans les rapports de succession des phénomènes produits chez les monades.
Si donc il ne pouvait subsister pour une monade, quelle qu'elle fut, aucune détermination d'un autre genre, la vie entière de chacune et de toutes se trouverait, à chaque moment, prédéterminée pour le moment suivant, et, en conséquence, de moment en moment, pour la suite entière des âges. Chaque instant apporterait à chacune, en addition à la résultante des causes qui ont agi sur elle auparavant, le coefficient de celles qui proviennent d'actions externes actuelles, mais qui ont toutes été, de leur coté, pareillement déterminées en toute la suite régressive des temps. Dans ce cas, il faudrait dire que Tharmonie préétablie est une loi d'inéluctable nécessité pour tout ce qu'il y a de phénomènes qui se produisent ou peuvent se produire au monde (29).
On peut admettre, au contraire, que les monades de l'ordre le plus élevé, ne sont pas seulement susceptibles, comme les autres, de certaines modifications internes, ou variations accidentelles (art. viii) qui s'éteignent, pour ainsi dire, aussitôt que produites, sans laisser aucunes suites, leurs faibles amplitudes ne permettant pas qu'elles aient des modes de transmission sensibles dans les états ultérieurs de ces monades, ou de celles qui en reçoivent une influence (30); mais qu'à cette sphère étroite d'indéterminisme il s'en ajoute pour elles une plus importante, d'un genre tout différent (31). On peut admettre qu'elles ont le pouvoir de donner des commencements à des séries de phénomènes relativement et partiellement indépendants de leurs propres
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états antécédents, et capables de modifier plus on moins l'état extérieur des rapports donnés et la suite de ceux qui sont à venir. Cette hypothèse reçoit le nom de doctrine du libre arbitre^ parce que les déterminations imprédéterminées ou libres qu'elle pose, ne s'écartent cependant point des lois physiques, mais en comportent des applications et, de plus, impliquent la présence de la raison et l'exercice de la réflexion chez Tagent (art. lxii et suiv.). Le libre arbitre change profondément l'application de l'harmonie préétablie sans en altérer ni la conception scientifique, ni la nature en ce qui regarde Tordre universel des choses et le développement de ses fonctions prédéterminées.
La relation fondamentale qui constitue l'harmonie préétablie consiste en ce que l'acte ou l'état d'une monade est toujours déterminé, suivant une certaine loi, par l'acte ou l'état d'une autre monade, quand elles ont entre elles un rapport de causalité; et c'est cela même que nous appelons la causalité. Nous disons une monade, parce que notre analyse est systématiquement ramenée jusqu'ici à la considération des représentations données dans la monade \ mais, pour une vue complexe des choses de la nature, c'est toujours sur des groupes de monades, sur des substances composées que porte l'action des causes. C'est ainsi que l'envisage constamment une perception d'ordre supérieur, et qu'elle l'embrasse d'une seule vue. Une monade isolée ne peut être l'objet d'aucune perception au delà de la sphère de ses relations immédiates. Les monades engagées dans une composition, dans un organisme, qu'elles gouvernent (art. xxx) ont des perceptions relatives à d'autres composés seulement, et conditionnées par leurs propres organes. Ainsi, quand nous considérons, dans la per-
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ception, la fonction représentative et ses attributs fondamentaux, Tactivité, Tintellect, Tappétition, ce ne peut être qu'à la monade, à la simple monade que nous les rapportons. Et quand nous considérons les représentés, ils sont complexes, ils le sont de plus en plus à mesure que le représentatif est d'ordre plus élevé, et Tunité n'est jamais atteinte en ce dernier qu'à travers une grande multiplicité de phénomènes liés qui concourent à former le représenté dans la représentation^ sous des rapports de différentes espèces (32).
Dans la supposition de la liberté des monades les plus élevées, il y a à remarquer que Texercice de cette liberté n'est possible que sous la condition et par l'application même des lois naturelles qui régissent les groupes où ces monades sont placées, et ceux sur lesquels porte leur action, et, à plus forte raison, les lois les plus générales des phénomènes d'ordre interne ou externe. L'action propre et directe de la volonté, dans les actes de libre arbitre, s'exerce dans une circonscription des plus limitées de monades dépendantes, sur un organe spécial qui fait partie lui-même d'un organisme très complexe. C'est dans cette circonscription seulement que se détermine une action dont l'harmonie préétablie n'a pas renfermé de conditions prédéterminantes; et, là même encore, Tharmonie préétablie institue et gouverne les efiets produits dans ces monades immédiatement dépendantes. Il faut remonter enfin jusqu'à l'unité de la monade supérieure, pour trouver le siège unique et la vraie fonction du libre arbitre. C'est là qu'est la cause commençante efficace et de grande portée ; l'harmonie préétablie en prédétermine les effets, sous la condition que le libre arbitre ait donné rinitiative.
A partir de ce moment, les effets plus éloignés, tous les phénomènes qui leur sont liés, rentrent dans Tordre que des lois régissent, en ce qui concerne leur nécessité et leur enchaînement, où s'est appliqué, seulement
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en un point, un coefficient qui jusque-là n était que possible^ mais qui, une fois intervenu, change cet enchaînement lui-même en certaines de ses parties plus ou moins considérables, et lui substitue un enchaînement tout dilTérent de celui qui sans cela eût été le véritable.
Observons que la liberté et ses œuvres, les possibles réalisés ou manques, peuvent, sans la diminuer dans ses puissances réelles, se concevoir comme des parties d'un plan de l'intelligence créatrice, et d'une histoire de la création, dont la fin prédéterminée quoi qu'il pût arriver n'impliquerait nulle contradiction avec des alternatives possibles en des parties multipliées et de bien des sortes de son cours.
Une monade ne peut avoir la connaissance d'autre chose que de ce qui lui est donné en représentation. D'une autre part, les composés, comme tels, ne peuvent être, comme le sont leurs monades composantes, des sujets de représentation, avoir des perceptions (art. vu). Ils sembleraient, à ne consulter que la théorie, ne pouvoir pas davantage, en tant que composés, être, pour une monade supérieure; des objets de perception; car cette monade ne saurait pénétrer le composé, constater la composition, sans distinguer les éléments, ce qui exigerait qu'elle les perçût, et les monades ne sont pas perceptibles pour une monade supérieure (art. xvi). Nous obtenons cependant ce que nous appelons la perception des substances composées, de quelque manière et par quelque moyen; comment est-ce possible? Posons plus précisément la question relativement à l'harmonie préétablie.
11 est de fait que les composés de monades sont pour nous distingués, reconnus, représentés en des états divers, suivis dans leurs changements, comparés dans
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ceux qu'ils éprouvent sous diverses actions, en différentes circonstances, et nommés des mêmes noms ou de noms différents selon l'importance que nous attachons aux phénomènes qu'ils nous présentent quand ils sont modifiés. L'identité d'une substance composée, d'un corps, nous est assurée par nos sens^ quand nous le retrouvons après l'avoir /?e/'rf// de fi/e. Qu'y a-t-il dans l'harmonie préétablie qui puisse nous expliquer cette reconnaissance? (33).
Comment comprendrait-on que l'harmonie préétablie s'étendît jusqu'à ce point, que les effets de causes qui agissent dans un composé quelconque, soit librement, soit par prédétermination de lois naturelles, pour constituer les états de ses monades, pussent apparaître et se montrer éventuellement, à tout moment, par des représentations données à une monade supérieure qui est, de son côté, engagée dans un corps, et se trouve amenée en présence de cet autre corps qu'il s'agit de percevoir, connaître et reconnaître? Rien ne serait plus inintelligible qu'une telle disposition; car les éléments de ce composé, ses monades, n'éprouvent pourtant pas, dans ces rencontres, des représentations spéciales qu'il nous soit possible de supposer, selon le concept de l'harmonie préétablie, en correspondance avec celles de la monade témoin qui vient, pour ainsi dire, à passer avec son propre corps (34).
L'histoire de la nature ne devient celle des monades — des monades supérieures auxquelles doit se rapporter l'ordre des fins de la création — qu'à travers l'histoire des lois de la composition des substances; il faut donc que les monades engagées dans les substances composées n'aient pas seulement entre elles des corrélations de représentation préétablies qui confèrent à leurs actions et réactions l'efficacité, conformément à des lois générales, et pourvoient à leurs^divers modes de composition et de changement par ce moyen même; il faut aussi que, suivant la mesure de leur puissance de
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perception, elles obtiennent la connaissance de ces composés dont elles dépendent, comme réciproquement ils dépendent d'elles, et sur lesquels ou par Tentremise desquels elles exercent leur activité. Cette exigence du plan de la création est satisfaite par un complément de Tharmonie entre les monades, qui est l'institution de certains systèmes de signes ou symboles adaptés comme propriétés aux composés divers et à leurs fonctions.
Ces signes sont les qualités sensibles dont les variétés et les modifications créent pour les composés de monades, pour les corps, des modes d'apparaître, relatifs au jeu de leurs propriétés, et tous attachés et subordonnés aux deux grandes lois du temps et de l'espace qui s'imposent à toutes les perceptions, leur donnent des formes pour le sujet percevant.
Dans les substances composées qui à la composition ajoutent l'organisation des monades, et à l'organisation la centralisation, les organes dont les propriétés et les fonctions correspondent à des sensations spéciales fournissent, par la multiplicité des formes ou idées sensibles, par les degrés de ces qualités en rapport avec les mouvements des corps et avec les mouvements moléculaires, enfin par leurs variations au cours des phénomènes successifs, des signes continuels, à Taide desquels s'étend et s'approfondit la connaissance, et s'agrandit le cercle des relations pour la monade centrale de l'organisme.
L'harmonie préétablie régit la causalité^ ordre dynamique de dépendance mutuelle des représentations des monades en tant qu'actives et passives. L'institution des signes sensibles attachés à leurs modes de composition et à leurs fonctions détermine la qualité^ ordre statique de formes qui sont leurs sensations mêmes selon que s'étendent leurs pouvoirs de perception (arl. x-xi).
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