‹ La nouvelle monadologie (volume 3)Chapitre 2 sur 28 · LA COMPOSITION DES MONADES — L'ORGANISATION · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION DES MONADES — L'ORGANISATION

■ Dans l'état présent du monde, les monades supérieures sont en grande partie subordonnées à leurs organismes. L'intelligence, l'esprit, ces fonctions des consciences les plus capables d'activité propre, les plus développées en connaissance et en action externe, sont conditionnés par des organes, auxquels d'autres organes sont encore subordonnés, qui sont tous eux-mêmes formés de substances composées, et en dernier lieu par des groupes de monades unies que régissent des lois de composition inorganique. Ces organismes si complexes sont au total des fonctions du genre évolutif, ayant un commencement, un progrès, et une décadence qui se termine par la dissolution.

Les monades supérieures, selon leurs degrés d'élévation, agissent, par l'entremise de leurs organes, sur un monde extérieur de plus en plus étendu, dont ces organes sont déjà des parties mais plus maniables, en sorte qu*on peut dire, quand oii considère un organisme où les fonctions sont fortement centralisées pour une fin commune, que les orgî^nes y sont au service des monades élevées, plus que ces monades ne gont dans la dépendance de ces organes, encore bien que le développement de leurs fonctions et de leurs relations

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se trouve, en vertu de rharmonie préétablie, matériellement subordonné à tout cet ordre composé de monades inférieures.

La plus libre des monades, en tant qu'elle est le sujet ou le siège de modifications d'une provenance étrangère à ses actes internes, volontaires, est un simple élément du vaste composé qu'enveloppe l'harmonie préétablie, mais, d'une autre part, à ce point de vue où Ton peut l'appeler centrale, elle commande en partie à ses organes et gouverne son corps. Ses déterminations propres sont suivies de ceux des changements externes qui peuvent en être des dépendances suivant des lois de la nature (art. xxiv). Mais elle ne peut ni éviter l'application de ces lois générales, ni les suppléer, ni se soustraire pour ses propres opérations, même intérieures, aux conditions que lui constituent ses organes.

La {»ie est Tétat des monades pour le service et pour le développement desquelles sont organisés des groupes d'autres monades, dont chacun peut de même avoir son fonctionnement particulier constitué pour une vie spéciale, c'est-à-dire contenir des monades disposées pour le service de quelques-unes d'entre elles, qui, réciproquement, conditionnent leurs propriétés et leurs fonctions. C'est ainsi que les organes divers d'un organisme donné peuvent être dits viçants, comme cet organisme lui-même, et comme est vwante au degré le plus éniment la monade qualifiée de centrale et de rectrice pour un petit monde dont l'harmonie préétablie renferme toutes les relations de cause à effet, en tant que prédéterminées.

En plus stricte définition, la vie est, pour une monade donnée^ la suite et l'ensemble des actions et des réactions qu'elle exerce ou qu'elle subit dans un organisme

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dont elle fait partie conformément aux lois de Tharmonie préétablie ;

Et la vie, relatwement à un organisme^ est l'évolution des organes liés, la suite et Fensemble des fonctions qu'ils remplissent conformément à la loi constitutive de cet organisme depuis sa formation embryonnaire jusqu'à sa dissolution qu'on appelle la mort.

Quand une monade qui est une personne^ c'est-à-dire dans Fétat de liberté de la'volonté (art. lxii et suiv.), introduit par sa volonté, dans son organisme, des modifications dont la cause n'est pas entièrement déterminée par des antécédents d'harmonie préétablie, ces modifications, qui sont de l'ordre vital par leur nature, ne dépendent pourtant pas de cet ordre pour leur origine. Elles ne sont pas des produits de la vie.

Les mouvements ainsi introduits dans un organisme et, par suite, dans l'ordre mécanique où il a ses actions et ses réactions, sont comme des forces tenues du dehors pour entrer dans un système de forces donné qui peut être soumis par ailleurs au principe de la conserv^ion de l'énergie (art. xxviii).

L'échelonnement des monades et de leurs groupes, dans l'ordre présent de la création, se termine en haut par les monades les moins asservies aux fonctions inférieures ou auxiliaires, en bas par des groupes qui cessent d'être organisés, qui ne sont plus que des composés, et qu'on nomme des corps hruts^ admirables dans leurs espèces et dans la variété de leurs qualités spécifiques, — dans leurs états de solidité ou de fluidité,

— dans les lois de leur cristallisation, — dans les phénomènes lumineux, calorifiques, électriques, avec lesquels sont coordonnés leurs mouvements moléculaires,

— dans les rapports mathématiques observés par les actes de composition et de décomposition de leurs différentes espèces, — enfin par leurs propriétés organoleptiques et par les actions d'un ordre plus enveloppé, plus mystérieux de vie et de mort, que certains de leurs

composés exercent dans les parties profondes des organismes et par là sur les fonctions supérieures.

Ces substances inorganisées, mais nécessaires à la vie, matériaux indispensables des organes, sont le fondement et en quelque sorte le piédestal de la nature considérée dans sa matière, mais elles sont beaucoup plus, elles sont le fonds d'alimentation des espèces vivantes et des individus qui se succèdent dans ces espèces. On donne indistinctement le nom de matière à la masse immense, complexe et prodigieusement variée dans ses formes et modifications, des corps dont la physique et la chimie poursuivent infatigablement Tétude. Cette matière a ses éléments et leurs principaux composés naturels ordonnés en leurs propriétés pour les fins les plus diverses de la vie. Les fonctions vitales semblent contrarier le jeu spontané de ces propriétés; elles le modifient seulement, elles l'emploient à Tœuvre de la finalité organique, de manière à ce que la circulation de la matière et les sélections opérées sur ses particules aient pour résultat la transmission et le développement des formes et caractères physiques spécifiques des individus enchaînés par la génération; tandis que ces individus eux-mêmes ont leurs germes et leur principe de pérennité enveloppés ■dans l'obscurité des origines et des fins apercevables à un esprit borné. Nous les connaissons liés à leurs espèces, et dans les moments où ils apparaissent pour accomplir des évolutions vitales limitées par la naissance et par la mort.

Les monades les plus élémentaires qui forment par leurs groupements les molécules des corps inorganiques simples, et ces molécules elles-mêmes ou ces atomes, de quelque façon qu'ils soient définis pour la

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chimie, représentent des propriétés invariables et peuvent être appelés les premiers servants de la vie. Quelle que soit la variété des qualités et des appétitions que font supposer la spécificité des éléments à nous connus, et la multiplicité de leurs combinaisons à propriétés si variables, ce sont bien toujours des monades ser^ vantes^ dans l'ordre de la nature, celles qui remplissent des fonctions fixes, les mêmes dans les mêmes rencontres, sans arrêt ni lassitude possible, et sans perturbations, parce que la dérogation à une loi n'est jamais qu'apparente, et l'effet de son application concurremment avec l'application d'autres lois. C'est ainsi que des lois telles que la pesanteur et la chaleur modifient incessamment l'état et les mouvements des molécules de tous les corps, et, par suite, leurs actions, tant intérieures que communiquées, et ne demandent cependant rien à ces molécules qui ne soit prédéterminé par leur nature en vue de toutes les circonstances où elles peuvent être placées.

Cet ordre inférieur de la nature est l'ordre mécanique. Étudié en ses relations abstraites, ou comme théorie des forces en tant que fonctions du mouvement, — c'est le point de vue scientifique des forces naturelles, — la mathématique est arrivée par des corrections progressives des formules de Descartes et de Leibniz touchant la constance quantitative de cet ordre, à reconnaître pour sa loi générale la conservation de V énergie. Cette énergie constante doit être envisagée pour cela dans la somme intégrale de trois modes d'exister de la fonction motrice : i° dans les mouvements actuels de masses; -2" dans les mouvements potentiels définis par des lois, et calculables; 3<» dans les mouvements moléculaires, insensibles pour nous sous leur forme mécanique, sensibles seulement en nos sensations spéciales telles que la lumière ou la chaleur.

Telle est la somme mathématique à laquelle le principe de l'invariabilité quantitative de l'énergie est appli-

LA MOUVCLLC MONADOLOGIC.

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cable. Mais la démonstration donnée de ce principe en mécanique rationnelle, ou abstraite, part expressément de ce postulat : que nulle force n'intervient du dehors dans le système de forces donné que régit cette loi. Cette loi n'exclut donc pas la possibilité de l'introduction des forces venues du dehors du système^ qui auraient, par exemple, leur origine dans la volonté des agents libres. Elle ne l'exclut pas puisqu'elle la réserve.

Une autre réserve encore doit être faite pour passer de l'abstrait au concret dans la considération des forces de la nature, car la dérogation à leur déterminisme^ exigée par l'introduction des effets matériels du libre arbitre, n'est pas la seule dont il y ait à tenir compte. En effet, quoiqu'il ne puisse y avoir de perturbations d'une certaine amplitude, ou dans les effets généraux des causes mises en œuvre par des monades servantes, comme ces monades ne sont pas les forces brutes, ou les idées abstraites (termes équivalents dans ce cas) dont la définition met la mécanique rationnelle à même de construire ses théories; comme elles sont des consciences élémentaires dont la spontanéité pure est l'essentielle propriété, les lois les plus universelles de l'ordre physique doivent résulter des limites naturelles de leurs actions, non d'une nécessité externe, qui serait la négation du premier des caractères de la substance simple, et du principe même de son existence, tel que nous l'avons posé (art. vin).

Les monades sont donc, entre d'étroites limites, des forces productrices de purs accidents. Les lois sont, dans l'ordre concret, les résultantes des rapports généraux de causalité établis entre les phénomènes dont les monades sont les sièges. Il n'y a rien qui contraigne ces rapports à l'observation de la rigoureuse exactitude mathématique commandée par l'abstraction mère des sciences (35).

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Le premier caractère de la vie ne peut être que celui par lequel ses phénomènes propres se détachent des phénomènes des corps inorganisés dont l'existence leur est cependant indispensable. L'opposition est ici un fait non moins essentiel que la corrélation, et doit faire rejeter comme une fiction transformiste l'opinion d'après laquelle les propriétés de la matière deviendraient, dans un sujet donné, celles de la vie. En effet, le sujet est un être évolutif, tandis que la matière dont il s'alimente est un composé de substances élémentaires, fixes en elles-mêmes, où il prend et laisse selon ses besoins. Le plus humble des végétaux remplit cette fonction comme le plus élevé des animaux; il se fait une appropriation et une circulation d'éléments pour l'œuvre d'évolution de la fonction vitale, œuvre entièrement distincte d'une composition chimique dont l'idée, — quelque instable que la synthèse formée puisse être, — est toujours celle d'une substance dont les éléments sont invariables et observent un ordre et des rapports fixes, sans acquisition ni perte tant qu'elle dure. Et cette durée sans changement peut s'imaginer indéfinie.

Quand on voit la nature ainsi divisée entre une multitude d'êtres vivants de toutes les espèces et une masse de matériaux disponibles pour leur composition évolutive et pour leur entretien temporaire à l'aide d'une sélection d'éléments adaptés à leurs fins ; et quand on réfléchit à la circulation de matière qui établit une relation d'ordre finaliste entre les phénomènes d'appropriation et de désappropriation des éléments aux êtres, entre le végétal et l'animal, entre le minéral et les deux autres, d'où une solidarité par destination, et des rapports de quantités respectives, qui seraient à supposer, on n'aperçoit point l'utilité de cette matière à l'état de

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résidu brut, en très grande partie hors du pouvoir des plus élevés de ces êtres et disposée ou mue contrairement à leurs fins. En présence d'une harmonie donnée, si merveilleuse, mais si imparfaite, on pense à la possibilité d'une harmonie entière et d'un ordre de choses où la circulation des matériaux de la vie serait réglée dans toutes ses appartenances, la balance établie partout entre l'assimilation chez les uns, sans intervalle, et la désassimilation chez les autres, exception faite seulement en faveur de la constitution de certains milieux stables d'usage commun pour les êtres et pour leurs communications. En dehors de ceci, la nécessité de la matière morte n'apparaît nullement (art. cvii). Cette qualification usuelle : morte^ qui introduit dans l'idée de Vinorganique une idée différente de celle du manque d'organisation, est justifiée par l'existence des terrains considérables formés des dépouilles d'êtres organisés.

La condition de la vie qui consiste dans l'institution des nombreux composés de monades servantes^ et de composés de ces composés, molécules des corps sensibles, pour le service des vivants, la formation de leurs organes, l'accomplissement de leurs évolutions tant individuelles que spécifiques; cette condition est commune aux végétaux et aux animaux. Une seconde propriété, liée à celle que les êtres vivants déploient dans leur milieu pour user au profit de leur développement des matériaux ainsi mis à leur disposition, appartient également aux deux règnes de la vie : nous la nommerons la séminaliié^ et nous appliquerons à la première le nom de génialité (d'après Tétymologie latine de genius, genia/is, désignant la puissance génératrice), pour rendre l'idée de l'établissement de certaines monades centrales, organisatrices, directrices, génératrices, dans la corrélation

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de leurs fonctions, les fonctions vitales, avec celles des monades servantes. Celte corrélation doit s'entendre dans un sens d'harmonie préétablie et non point dans Tacception usuelle, qui ne doit garder qu'une valeur de symbole, en tant que vertu plastique ou force centrale d'une monade dominante (36).

Le plus bas ordre de ces êtres vivants et génies producteurs de la vie constitue à la fois les organismes les plus élémentaires et les éléments des organes dans les organismes composés. Ce sont les cellules. Toute partie vivante d'un corps est un composé de cellules vivantes qui possèdent déjà des vies distinctes et la propriété de sélection sur les monades servantes. Le protoplasma^ cette donnée partout corrélative de celle du noyau^ est en chacune d'elles une matière immédiate sur laquelle celte première action s'exerce. L'union et la séparation des cellules est, à partir de là, le procédé de l'organisation : les cellules ont, au sein d'un organisme, des fonctions diverses qui leur sont départies pour sa conslilulion synthétique. On peut dire, en conséquence, que l'individuation a sa donnée de fondement dans la cellule, par opposition à la simple existence moléculaire qui est soumise à la loi du mécanisme, à la division prolongée, correspondante à celle de l'étendue abstraite, et ne renferme point d'unités réelles avant qu'on soit parvenu à la monade.

A l'individualité de l'être s'ajoute l'individualité de la fonction pour une commune œuvre spécifique. Les cellules d'un organisme se divisent en espèces pour la composition des divers tissus, végétaux ou animaux. Liées entre elles, et à la fois séparées par une circulalion de matière dans leurs interstices, elles prennent ou refusent les matériaux offerts, selon qu'ils conviennent aux organes au service desquels elles sont affectées, ou qu'ils ne leur sont d'aucun emploi.

Une cellule porte la semence des cellules semblables, dont elle a les germes en elle. Elle peut porter

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la semence d'un autre être plus complexe, quelle qu'en soit la complexité, dont Texpérience montre le développement et dont on cherche Torigine. En effet la production d'un organisme nouveau, en quelques conditions qu'elle ait lieu, a son point de départ dans une « cellule germinative » (37). Les questions relatives à la division des sexes, à leurs formes ou fonctions respectives dans la fécondation, au rôle des spermatozoaires chez les animaux d'ordre élevé, sont toutes postérieures à cette première vérité physiologique. 11 faut que le germe de l'être final, le germe en l'acception la plus ultime du mot, soit là où est le commencement de la vie sensible. C'est donc là aussi qu'il faut envisager le principe de ce qui a été diversement désigné sous les noms d'àme ou de force plastique.

Quel que soit le symbole, on doit sous les phénomènes sensibles relatifs à la génération d'un individu par semence supposer une puissance, La puissance a ici ce caractère frappant : les antécédents physiques n'expliquent pas les conséquents par les lois de l'ordre mécanique; on a à les interpréter par la connaissance acquise de la fin où ils tendent. L'œuvre de finalité s'accomplit cependant par l'entremise d'un autre individu vivant qui, selon l'expérience, est le siège de la préparation à la vie développée d'autres semences développables. La semence et le parent forment une série qui, se continuant, est une espèce vivante. Mais l'individu appartient au domaine commun de l'observation, tout autant que les phénomènes se présentent sur une échelle de grandeur sensible, tandis que la semence ultime, qui est à chercher sous une suite d'enveloppes, est définitivement insensible sous son revêtement. La difficulté est compliquée par le fait de la multitude des semences

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avortées et par les lois de la sexualité et de la fécondation, dans les modes divers où elles apparaissent. On se trouve néanmoins porté par induction à penser que la liaison du germe à des êtres sensibles, au fondement d'une génération empirique, le rendrait luimême accessible à Tintuition sous quelque forme, en d'autres conditions de nos sens.

Quoi qu'il en soit de cette dernière question, le concept essentiel auquel il faut se tenir dépend de la doctrine des monades et de l'harmonie préétablie, et consiste en la préordination d^ chaque espèce terrestre considérée dans la suite et l'ensemble des puissances individuelles qui peuvent y venir à l'acte sous certaines conditions.

La forme rudimentaire de la génération dans le règne végétal est la segmentation. Elle se prolonge dans la partie inférieure du règne animal, et dépend de ce que des parties détachées, que ce soit spontanément ou non, du corps vivant, sont aptes à former des corps semblables au corps originaire et à remplir des fonctions pareilles. Enoncé en termes de monadologie, ce fait signifie que telle partie, selon les cas, de l'individu est organisée comme une sorte de semence pour la production d'un individu semblable au premier, et que telles de ses monades constitutives se trouvent prédisposées pour remplir dans cette section, si les circonstances s'y prêtent, le même office que d'autres remplissaient pour l'ensemble premier.

La centralisation est donc faible, et l'individuation à la fois multipliable et imparfaite dans les espèces qui se prêtent à ce mode de reproduction; et toutefois, dans l'ordre végétal, où il se concilie avec la propagation par voie de semence, il est beaucoup d'espèces chez

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o6 LA NOUVELLE MONADOLOGIE

lesquelles les parties sont assez subordonnées au tout pour constituer des êtres puissants et longèves, remarquables par la grandeur et la beauté des formes ; d'autres, d'une originalité, d'une variété, d'un charme inexprimables. La finalité s'y étend même à ce point, que des organes se transforment, dans certains cas, pour satisfaire aux besoins de l'ensemble. En d'autres termes, les cellules ne sont ni attachées toujours et rigoureusement à des fonctions invariables, ni leurs fonction.s tout à fait étrangères à la vie collective.

Il ne faut pas, portant exclusivement l'attention sur les propriétés générales du règne, sur les modes de reproduction aisée qui semblent nier l'individualité par là même qu'ils la rendent si facilement et pour ainsi dire indéfiniment communicable, oublier le fait de ces semences diverses qui contiennent, à l'égard du passé, la tradition positive, et, pour l'avenir, sous des conditions réalisables, la puissance des évolutions successives d'individus semblables entre eux, composant des espèces réelles aussi caractérisées que celles des animaux d'un rang élevé.

On reconnaît là la permanence d'un principe de l'individu d'une forme donnée, quoique renfermant en lui la puissance d'en reproduire de semblables en deux manières, la segmentation et la semence, et en des multitudes immenses. La floraison, la sexualité, monoïque ou dioïque, et la fructification achèvent, quanta l'importance vitale et aussi au mérite esthétique des créations, de donner au règne végétal des caractères d'harmonie qu'on ne peut assez admirer. Il faut, en effet, songer à tant et à de si particuliers rapports constitués entre la composition chimique des terrains et de l'atmosphère et celle des organes végétaux; entre les fleurs et les fruits et les sensations spécifiques des animaux; entre les substances élaborées par la végétation et les composés sous la forme desquels les éléments assimilables doivent être fournis à un organisme animal; et,

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par-dessus tout, entre les phénomènes météorologiques de la lumière, de la chaleur et de la vapeur d'eau et le développement des plantes.

Les végétaux, plus immédiatement dépendants que les animaux de la terre nourricière, pourraient, à meilleur titre qu'eux, paraître en être les produits. Mais, ni pour les uns ni pour les autres, ce n'est là autre chose qu'une illusion. Dans la vie d'une espèce propagée par semence en une suite de siècles il faut distinguer deux principes qui peuvent se nommer la forme et la matière. Si l'on considère la matière, elle n'offre rien, durant ce temps, que la masse des matériaux fournis et dépensés au profit des individus successivement produits au jour, pour la nutrition et le développement de leurs germes respectifs, et pour la croissance de leurs corps. On peut imaginer ces matériaux réunis en une masse de composés chimiques de toutes sortes : qu'ils soient pris séparément ou ensemble, ils n'ont aucun rapport avec une plante ; ils se sont trouvés réduits à de faibles projmrtions, dans ces intervalles de la vie d'un individu de cette espèce à la vie d'un individu semblable durant lesquels l'existence de l'espèce entière a été renfermée dans une simple graine, et dans moins que cela encore. En effet, si l'on considère les germes qui, de génération en génération, ont été nécessaires pour la continuation de cette vie reproduite et multipliée, il y a deux points à examiner : la forme ou idée^ comme que l'on veuille la nommer, disons la puissance, contenue dans ces germes, et ce qu'il peut y rester de matière pour représenter le passage d'un individu sensible à l'autre individu sensible, la transmission empirique de la vie. Or, cet inconnu, qu'on appelle aussi en termes abstraits le principe dirigeant des phénomènes vers une certaine

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fin, ne peut en aucune théorie se classer sous le chef de la nutrition, ou se décrire comme ajouté ou communiqué. Ni la matière mise en œuvre pour la transmission, et qui n'a point de rapport à la chose transmise ou reproduite et à Tacte de la reproduction, ni le symbole cherché pour tenir lieu de la chose ou de Tacte, n'ont rien d'observable. Il faut s'arrêter à une cellule où l'on n'en discerne rien.

On voit à quelle immensité de phénomènes s'étend la fonction totale des monades sen^antes^ et en même temps le peu qu'elle est, le peu qu'est et que fait la matière dans l'établissement de la vie. Il n'est pas impossible d'imaginer que l'existence de toutes les espèces végétales qui se sont produites sur la terre dans le cours des âges se trouve réduite, à un moment donné, pour chacune d'elles, à une simple semence, tandis que tous les individus développés seraient anéantis. En imaginant ensuite le réveil, par l'truvre de la germination, de ces êtres vivants qu'aurait pour ainsi dire endormi le retrait de leur matière assimilée, mais dont les conditions de développement sont réunies d'après l'hypothèse même, on ne fait autre chose que synthétiser dans le moment présent la résultante des développements que ces semences ont reçus à mesure que l'état du sol et de l'atmosphère et le règlement de la lumière et de la chaleur ont secondé leurs puissances.

Otons la condition du temps et les conditions externes qui l'accompagnent, réduisons les semences aux germes insensibles par lesquels leurs puissances nolis sont représentées, nous aurons défini l'état de la vie sur la terre au moment où, selon la manière commune de parler, la vie n'y était pas encore apparue.

La doctrine des monades et de l'harmonie préétablie ne permet pas de regarder la terre, au moment où la vie y fut suscitée, comme un théâtre de phénomènes qui put avoir été préparé pour leur développement suivant un plan du monde approprié aux relations que cette

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doctrine embrasse. Les éléments étaient en grande partie, sinon totalement, dissociés, à Tépoque de la formation du globe, et la force, soit mécanique soit calorifique, dans un état avec lequel l'organisation et la vie étaient incompatibles. Si nous ne voulons pas élever la question au-dessus de ce monde lui-même, et de la nature des forces qui s'y déployaient, nous ne pouvons nous faire aucune idée de Torigine et de la cause du système des monades et des harmonies de la vie. Et si nous regardons ce monde comme une création, ce qui est Fhypothèse la plus conforme à Tidée universelle de Tordre (art. lxx et suivant), nous ne pouvons pas le tenir pour l'œuvre immédiate du Créateur, parce que les choses n'y étaient point disposées de manière à mériter le nom d'œuvre bonne eu égard aux fins poursuivies par les créatures. L'attribut de bonté comme celui de puissance est inséparable de l'idée de l'auteur des choses dans une doctrine d'harmonie.

Il faudrait donc imaginer que le Créateur a entendu produire une œuvre mauvaise tout d'abord, ou en ellemême, c'est-à-dire indépendamment du but qu'il lui assignait; qu'il a voulu faire naître sur une terre ingrate des créatures neuves, inexpertes, qui n'avaient en rien mérité de souffrir, afin qu'elles arrivassent, elles ou d'autres, après des âges incalculables, à travers des maux infinis, à un résultat, sans connaître lequel. Et il faudrait supposer qu'il a placé dans ce monde, à dessein misérable, une puissance incompréhensible de développement de ses phénomènes successifs, pour tirer constamment du mal non pas le bien mais un moindre mal. Ou bien on penserait, plus vraisemblablement, qu'il est lui-même l'auteur de cet incessant progrès qui va de l'inférieur au supérieur, et que tous les effets de sa providence ne sont autre chose que sa création continue. Mais alors on abandonnerait le concept de la création, et c'est à un système d'évolution qu'on passerait.

Ces hypothèses étant contraires à la doctrine des monades et de Tharmonie préétablie, il ne reste qu'à admettre que la terre, au moment où la vie y apparut, n'était point la création, ou une partie de la création, un monde créé, mais la ruine d'un monde créé, un monde détruit qui conservait les germes de reproduction des créatures et portait en lui et en elles les moyens de relèvement de leur chute. Le problème capital de la monadologie sera dès lors la recherche et l'explication du rapport des deux mondes l'un à Tautre et à leur fin commune, qui est la fin de la création.

Le cours des choses dans l'ordre de production de la vie terrestre n'est pas l'évolution continue d'un tout, mais le passage à l'acte des puissances spécifiques préordonnées. Deux points sont à considérer dans la succession des êtres : cette succession elle-même, en tant que généalogique, avec l'hérédité des caractères, d'où la ressemblance des descendants aux ancêtres; et les variations des caractères dans le cours des générations successives. Ce sont deux lois qui s'opposent. Dans l'idée empirique qu'on se {ait de V espèce il entre les deux éléments : la ressemblance, parce qu'on l'observe continuellement dans la p;-opagation des races; l'hérédité, autre rapport, dont on étend l'application autant qu'on le peut, en remontant aux générations antérieures, qu'on ne connaît point. L'expérience ne peut atteindre les origines. Les naturalistes, cherchant des définitions de théorie, ont accordé plus ou moins d'importance, les uns à la descendance, les autres à la morphologie. En fait, ils se sont généralement entendus sur ce qu'une classification doit regarder comme un caractère spécifique, mais la question fondamentale est demeurée. Elle se pose surtout entre l'hypothèse de

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Fexistence des espèces naturelles, invariables en certains caractères essentiels, et rhypothèse d'une descendance unique, toutes les diflcrences actuelles pouvant être en ce dernier cas attribuées à des modifications successives des caractères divergeant de génération en génération et se ramifiant en un certain nombre de lignes déterminées. Mais on peut admettre certaines variations, même d'une grande importance, et ne pas les supposer produites par degrés, sans hiatus; on peut en envisager la production à certains moments de la série des générations d'une race donnée, et ne se pas croire obligé pour cela de rattacher tous les êtres terrestres à une forme primordiale unique, soit à un très petit nombre de telles formes.

Si l'on s'en remettait à l'expérience toute seule, on aurait le droit de dire, et l'argument aurait de la force, qu'une induction à tirer de faits bien confirmés de l'histoire de la nature est jusqu^à présent impuissante à nous présenter deux époques du dé{feIoppement d'une seule et même suite naturelle de générations, végétales ou animales, au cours de laquelle il se serait produit des individus différant les uns des autres à un degré qui puisse passer, dans une classification morphologique^ pour une différence spéci^ fique. Mais les hypothèses restent possibles, et il y en a une qui va jusqu'à la négation de l'espèce naturelle.

Les naturalistes ont trop longtemps, d'un accord presque unanime, admis V invariabilité de l'espèce, pour que, en l'absence de toute observation positive portant sur la transformation spontanée, graduelle, d'une espèce donnée, au delà du degré où se produisent de simples variétés^ on puisse attribuer à une autre raison que rinfluence d'une doctrine extrascientifique l'adhésion actuelle d'un si grand nombre d'entre eux à l'opinion diamétralement opposée aux anciennes vues. Ce système est celui qui réunit l'évolutionisme et le transformisme, et dont le principe s'étend jusqu'à bannir de l'origine et du fondement de la vie l'idée de l'existence

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des espèces vivantes, pour ne plus traiter la science de la nature que comme Thistoire hypothétique du développement d'une simple matière. La passion métaphysique de Tunité est sans doute la cause de ce manquement à toute méthode expérimentale ; mais Tunité sans la diversité n'explique rien, et on ne saurait tirer d'un sujet les rapports qu'on a exclus de sa définition. Les savants qui suivent ce système sont réduits à prendre dans les propriétés physico-chimiques des corps le principe de l'organisation et de la vie, et ils méconnaissent par là le caractère essentiel de la vie, en même temps que, par le mélange arbitraire et obscur d'idées hétérogènes mal définies, ils se montrent infidèles au véritable esprit de la science.

La monadologie, partant de la donnée des semences spécifiques à la surface terrestre, n'a à s'occuper que de leur développement. La succession à admettre dans la révélation de leurs puissances n'est que celle des conditions physiques à la faveur desquelles elles ont pu passer à l'acte. Il ne s'offre à nous d'abord aucune difficulté sur le mode de cette procréation, aucune question qui s'impose touchant des apparitions indépendantes ou des variations d'espèces, les apparitions ayant été possibles tant qu'il ne s'est agi que d'espèces dont la production n'impliquait pas, pour la naissance ou pour le développement des individus, l'existence d'individus développés antérieurs, leurs parents. Or tel est le cas en ce qui concerne les grandes divisions inférieures du règne animal. Ce sont donc des questions d'histoire naturelle, non de monadologie, de découvrir, s'il se peut, les âges respectifs d'apparition des classes d'animaux les plus distinctes, comme aussi de décider par des hypothèses plus ou moins vraisemblables quelles espèces ont pu en continuer généalogiquement certaines autres, fossiles ou vivantes.

Le système de l'évolution implique sa propre hypothèse générale pour se démontrer. Ses partisans pré-

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tendent dévoiler un lien généalogique là même où il y a le plus d'apparence qu'il n'en existe aucun, et où son absence a presque toujours semblé hors de question; et ils supposent que, s'ils viennent à bout d'affaiblir cette apparence défavorable, ils auront cause gagnée. Ils ne peuvent rien de plus que diminuer, grâce à des découvertes et à des rapprochements, les intervalles qu'il s'agirait de combler entre les espèces. Ils signalent des intermédiaires pour multiplier les degrés, comme si, partant des propriétés communes de l'organisation animale, qui sont nécessairement des traits de ressemblance, mais dont on n'oserait encore rien conclure, et ajoutant seulement certaines sériations, toujours possibles de leurs modifications, on se donnait le droit de regarder comme prouvée l'existence d'une série unique de descendance. Et définitivement ce n'est encore qu'un moyen de rendre le problème des origines, insoluble pour cette méthode. Toutefois, la loi de l'action des milieux et celle de la sélection par l'effet de la concurrence vitale sont, pour le système de l'évolution, quelque chose de* plus que des hypothèses gratuites, toute réserve faite sur les limites de l'application de ces lois aux transformations de la vie. Les naturalistes peuvent y prendre pied pour expliquer un établissement de séries généalogiques plus ou moins étendues qui remplaceraient d'anciens groupes juxtaposés d'espèces séparées et classées, à caractères nettement définis. Ce sont des hypothèses d'ordre scientifique, auxquelles on peut objecter seulement que leur vérification paraît tout à fait impossible, et leur composition de plus en plus arbitraire à mesure qu'on la lait porter sur des groupes d'une plus grande généralité. La science proprement dite trouve là une borne. Pour la monadologie, les grandes différences caractéristiques au point de vue morphologique, là où elles se rencontrent, font foi jusqu'à preuve contraire, pour des distinctions originaires. 11 s'agit en premier lieu des

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divisions inférieures de Tanimalité. On conçoit qu'un germe, à l'état insensible d'abord, se développe, sous l'action de causes physiques seulement, pour devenir un œuf, comme il est d'expérience qu'un œuf se développe jusqu'à l'éclosion, sous cette même et unique influence. Le cas est tout semblable, alors qu'il ne peut point encore être question de séparation des sexes et de fécondation nécessaire. Puis l'individu éclos possède, entre autres facultés, celle de conduire, par une fonction de son organisme, à l'état d'œufs pareils à celui dont il est sorti les germes dont il a été constitué le porteur. L'inclusion des germes les uns dans les autres n'offre qu'une difficulté apparente, les dimensions n'étant que des rapports indéfiniment diminuablcs. El on doit écarter l'objection que les observateurs naturalistes firent valoir avec succès contre les premiers auteurs de l'hypothèse de 1' « emboîtement des germes », quand ils reconnurent que le développement de l'œuf est une épigénèse^ et non point l'agrandissement de l'échelle des proportions de l'animal qui se forme. En effet, le passage de l'état d'organisation latente ou virtuelle du germe à l'état d"organisme constitué n'est pas une opération de géométrie, mais l'œuvre d'une cause finale. Rien donc ne fait obstacle a l'imagination que nous nous formons d'une primitive existence séminale i)assant à l'état sensible, sous les conditions appropriées aux fonctions de l'individu; puis d'une division des sexes, qui n'est point une variation spécifique, mais une désintégration de l'individu dans l'espèce, et qui laisse toujours subsister dans les sujets divisés les traces de leur unité antérieure; enfin d'une suite de générations sexuelles d'êtres mortels dont la première semence enfermait les semences.

La succession des individus d'une espèce donnée entraîne, en vertu de la loi de l'hérédité, des similitudes physiologiques et psychologiques, mais n'implique point que les germes successivement développables ne

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reçoivent pas des influences, des modifîcaâons de leurs puissances, par le canal des organismes au travers desquels ils se transmettent héréditairement, et à Toccasion des actions que les individus font ou subissent dans le cours de leurs vies. Ces germes ne restent donc pas identiquement conformes à leur premier type institué. De là les altérations des races, les variétés, enfin la place et la raison d'être des variations de l'espèce par des causes d'ordre commun, autant qu'on en pourrait admettre d'après des méthodes scientifiques.

Il est impossible de définir les limites des variations de cette nature entre parents et descendants immédiats. La spéculation sur les sélections naturelles est forcée d'en admettre certaines qui dérogent à la « loi de continuité ». Pour la monadologie, toutes ces différences individuelles sont des faits dont la mesure d'amplitude, petite ou grande, ne rend pas l'explication plus ou moins facile. Seulement, il y en a qui n'obligent pas à une violation formelle des conditions antécédentes,- et qui peuvent s'accumuler de génération en génération, tandis que d'autres apportent des puissances nouvelles et sont des révolutions survenant dans une espèce donnée.

11 s'en impose de ce dernier genre, quand l'existence terrestre de l'individu parent est supposée pour la production ou pour la nourriture du descendant; car, en ce cas, l'espèce dans laquelle ce caractère capital classe le descendant ne peut pas être l'une de celles qui sont nées du développement spontané des premières puissances séminales, mais a dû se produire au sein d'une de celles-ci et s'en écarter de manière à devenir lui-même une condition de la génération de ses descendants, qui ont à leur tour conditionné celle des leurs. De tels changements se présentent quand le mode de fécondation des germes, après la parfaite séparation des sexes, exige l'œuvre individuelle d'un parent adulte, ou encore quand les œufs, ou quand les petits, après l'éclosion, ont besoin des soins des parents. Il en est

LA NOUTBLLB MOHADOLOOIB. 5

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ainsi pour les vertébrés et pour certaines classes des divisions inférieures.

Le cas le plus important est fourni par la classe entière des mammifères à cause de la formation placentaire du fœtus, puis de l'allaitement. Il s'est donc introduit à un certain moment, dans l'œuvre de la génération, une loi nouvelle portant sur la liaison, devenue plus étroite, des descendants aux parents. Pour l'homme, engendré sous cette condition, la liaison s'est encore resserrée en prenant de nouveaux caractères par suite des soins multipliés et prolongés que réclament la nourriture et l'éducation de l'enfant. Une des grandes différences de l'humanité d'avec l'ensemble de l'animalité, différence morale, s'accuse ainsi dans le même sens de solidarité que marquait, pour la classe entière, le grand trait physiologique de la viviparité, par lequel se montre le plus clairement la nécessité où l'homme a été de naître à la vie terrestre au sein d'une espèce animale. Aucun animal n'est plus soumis que lui aux conditions générales de la classe à laquelle il appartient, et aux conditions particulières que lui font sa race et ses ancêtres immédiats. Mais aucun non plus ne forme une espèce tranchée par une différence de même nature que la sienne, ou comparable à la sienne.

Le caractère psychique de l'animal humain n'autorise logiquement aucune assimilation à celles des fonctions mentales des mammifères d'un ordre élevé. On essaie souvent d'en faire le simple degré supérieur de ces fonctions. On prend pour des degrés des traits entièrement originaux qui supposent, il est vrai, un môme fond de pouvoir représentatif, — et c'est de là que vient l'erreur, — mais qui le dominent et n'y sont en aucune façon réductibles (art. xl). Deux dons opposés et complémentaires constituent pour l'homme un principe d'individualité souveraine en regard de la masse des faits dont il subit la solidarité. La naissance de l'animal rationnel, porteur du libre pouvoir mental, est la

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venue à Tacte, en certains individus de Tordre des mammifères, de la puissance génératrice profonde déposée et préordonnée dans les germes. Cette révolution dans Cespèce est Favènement de Cespèce que Thypothèse de la continuité absorbe dans l'être universel.

Parmi les idées qui. ont été proposées sur Torigine terrestre de la vie, il y en a une qui a au moins l'avantage d'échapper au matérialisme avoué ou latent du point de vue physique le plus commun : c'est l'hypothèse météorique^ suivant laquelle les germes des êtres vivants auraient été projetés sur notre globe par une chute d'astéroïdes. La monadologie substitue une vue sérieuse à cette supposition arbitraire, qui, étrangère à toute finalité, fait de la production de la vie sur la terre un simple accident. La vie actuelle est la suite de la vie des monades, de leurs organismes, et de la vie humaine, commencée dans un monde antérieur, par l'acte de la création. Le plan de l'enchaînement des deux vies, liées par la plus profonde des lois composant l'harmonie préétablie, impliquait une prédisposition de. puissances dans les germes survivants au monde détruit, et destinés à renaître, qui fut en rapport avec les phases du nouveau développement. La loi de la génération sexuelle étant la loi adoptée pour l'apparition des êtres humains sous les conditions terrestres, en des organismes animaux, établissait une communauté entre ces êtres, qui étaient des personnes, et l'une des divisions de l'animalité destinée à les engendrer sur la terre. Mais une telle disposition exigeait que la communauté fût rompue à d'autres égards au point d'avènement de l'homme, qui devait, il est vrai, rester un animal, mais déployer une puissance mentale entièrement nouvelle et caractéristique, hors de proportion avec les variations communes que la loi de l'hérédité souffre entre deux générations successives. Avant ce moment qui était marqué dans le développement de l'ordre des mammifères, l'organisme animal

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68 LA NOUVELLE MONADOLOGIB

avait subi, comme on vient de Tindiquer, par des sauts plus particulièrement relatifs aux fonctions de la génération, Tun surtout d'une importance capitale à Torigine des vertébrés, d'autres en certaines classes des divisions inférieures, des changements trop profonds pour n'être attribués qu'à des variations accidentelles. Ces modifications et celles, de caractère morphologique, qui les accompagnaient répondaient sans doute à des liaisons spéciales des êtres du monde terrestre à d'autres qui en avaient représenté les analogues dans le monde antérieur. Les germes constituant l'unique relation organique établie entre ces deux mondes ont pu seuls être les sièges de ces puissances appelées à venir à l'acte à des époques déterminées.

La continuité, dont les preuves sont recherchées avec tant d'ardeur par les partisans de l'évolution, pour expliquer les sauts entre les espèces, et aussi pour établir, contre les plus fortes apparences, un lien généalogique entre les grandes divisions du règne animal : vertébrés, articulés, mollusques, radiaires, — les plus élémentaires des êtres vivants devant eux-mêmes descendre de quelque forme mal déterminée, on ne sait s'il faut dire vivante ou sans vie, — cette continuité est, selon le point de vue, une fiction métaphysique, ou une illusion et, pour le philosophe, une puérilité. Si on la prenait en un sens mathématique strict, en supposant un devenir par degrés infinitésimaux dans les actions subies et dans les changements de propriétés, au passage de chaque génération à la suivante, il faudrait aller jusqu'au bout, regarder comme nuls les degrés considérés séparément, qui s'ils ont une valeur constituent la discontinuité : on tomberait alors dans la contradiction de Tinfini actuel (art. xvii). Mais c'est la continuité simplement physique et sensible qu'on poursuit, ce sont des degrés qu'on veut définir dans les propriétés ou caractères, d'une génération à l'autre, de manière à ce qu'il ne s'en trouve que de la même nature entre les

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divisions, les classes, les ordres, les espèces, les individus; et on ne tient nul compte des virtualités apportées par les germes, comme s'il était évident qu'ils ne sont eux-mêmes que des produits des causes présentes. Quelle va être alors, pour le naturaliste, la mesure de dissemblance ou de ressemblance qui lui paraîtra acceptable à titre de degré de la continuité prétendue ? Grande ou petite, la différence, la divergence des caractères, dès qu'elle existe, est le même fait, inexplicable dans un système qui semble n'en vouloir aucune, et nécessaire, en vertu de la loi qui offre à l'observation des espèces morphologiques données, là ou l'on cherche des rapports de succession par hérédité. Philosophiquement, il n'y a pas de difficulté opposable à des variations surpassant, à de certains moments, celles qui distinguent les générations communes. Ces dernières, dont nulle génération n'est exempte, sont la condition formelle de la loi de la concurrence vitale. Elles sont nécessairement reconnues et mises à profit dans la doctrine de l'évolution, où l'on ne pourrait, sans les poser en fondement, expliquer par la survie vance des indwidus les plus aptes ces changements d'espèces qu'on regarde comme n'étant que le produit de leurs accumulations.

Les variations plus importantes, les révolutions exigées par notre . monadologie sont survenues à des moments climatériques de la durée de quelques espèces; elles ont été les actes de puissances préétablies pour des vies sujettes à des lois nouvelles. Les différences les plus grandes n'ont pas empêché pourtant qu'il n'ait subsisté, sous l'aspect biologique, des traits communs et des ressemblances entre les espèces qui devenaient profondément séparées malgré le lien de parenté; et ces traits permettant les rapprochements, dissimulant les distances, ont favorisé la fiction des degrés multipliés pour servir d'intermédiaires, là même où se trouvent des intervalles impossibles à combler

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logiquement. La révolution produite dans l'espèce au sein de laquelle a été conçu Thomme lui a conservé les grands traits physiques de sa classe, de môme que tous les mammifères sont restés par tant de traits semblables à leurs prédécesseurs, encore nos contemporains, de rentière division des vertébrés. L'homme ne s'est même écarté que peu, quant à son organisme, de l'ordre des quadrumanes, et son caractère mental, entièrement nouveau, n'a pas laissé d'impliquer la conservation du mode fondamental de l'intelligence animale, la mémoire, l'imagination et l'association (art. xxxviet xxxvni).

L'avènement de germes porteurs de la puissance mentale humaine a ainsi produit dans l'espèce parente, pour le cours des générations qui devaient suivre, une variation spécifique qui a ramené, qui ramène au jour les hommes du monde primitif, en vertu de la loi de leur destinée terrestre. Ce n'est point dans l'unité d'un Adam, tel qu'a dû l'imaginer la légende religieuse, qu'ils y sont venus, mais en des lieux divers de la terre, en un certain nombre de types physiques et de caractères variés reconnaissables encore dans leurs descendants. On se refuse souvent à l'aveu de la polygénie : c'est tantôt par un motif théologique, tantôt sous l'influence du système auquel la facilité qu'on s'y donne pour expliquer l'établissement des difl'érences caractéristiques par des variations continues^ qu'on n'observe point, recommande l'adoption de la monogénie. Mais la pluralité d'origine n'est nullement particulière à l'espèce humaine; c'est la principale raison que la monadologie a de l'adopter. Elle se conçoit d'abord sans peine, quand il s'agit de la modification spécifique survenue à un moment donné dans une race animale, parce qu'un certain nombre d'individus, et non pas un seul de cette race, ont pu en apporter la puissance dans l'acte de la transmission de la vie; mais l'idée apparaît dans toute sa force en s'appliquant aux premères origines terrestres.

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Les semences spécifiques n'ont pas dû, en effet, se trouver à l'état de simple unité pour chacune d'elles, à la surface du globe, lors de l'origine de la vie. Si l'on était porté à le penser, ce serait sous l'influence de cette ardeur métaphysique de l'unité — métaphysique, non pas cependant particulière aux métaphysiciens — d'où naissent les systèmes qui expliquent toutes les formes de la vie par les transformations progressives d'une seule forme élémentaire. Mais les semences développables au cours de la vie terrestre proviennent du monde primitif. Elles y étaient liées, quoiqu'en des rapports actuellement bouleversés par la ruine de ce monde, à des individus réels, pour leur survivre après sa dissolution. C'est donc en vertu d'une loi naturelle qu'elles ont dû venir au jour; chaque espèce a pu reparaître en des semences qui renfermaient ellesmêmes d'autres germes individuels, suivant la prédisposition générale des animaux destinés à peupler la terre; mais il n'y a aucune raison pour que tous les individus possibles de chacune aient été renfermés en germe dans un seul organisme individuel.

Ce ne sont pas des questions qui importent beaucoup à la philosophie, ou qui intéressent les vues les plus profondes sur la destinée humaine, ces questions obscures de géologie et de paléontologie, en grande partie livrées à l'hypothèse, sur les époques et les révolutions de la nature, sur la réalité même de ces révolutions, ou des phénomènes physiques qui en auraient tenu lieu, sur les grands moments d'apparition des différentes espèces végétales et animales, enfin sur les progrès de l'organisation. Pour l'ordre général de notre monadologie, il doit nous suffire de penser que le globe terrestre, après sa formation, est resté, pendant

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une longue période, impropre au réveil de la vie; que les puissances séminales y existaient sous des formes insensibles d'organisation virtuelle; qu'elles n'y avaient pas leurs origines; qu'elles s'y sont développées à mesure que les moyens de leurs fins, les conditions d'existence des individus ont été réalisés; que les continents se sont couverts de végétation; que les animaux ont assimilé à leurs organismes la matière déjà élaborée par les végétaux, et beaucoup d'entre eux la matière d'autres animaux, et tiré ainsi leur alimentation et leur vie de la mort les uns des autres; que beaucoup d'espèces des plus basses des deux règnes, y compris celles qui sont nuisibles aux espèces supérieures, se sont conservées après l'avènement de celles-ci; que la terre, couverte par les eaux dans la plus grande partie de sa surface, n'a été habitable pour l'homme qu'en de certains lieux, et misérablement dans la plupart, au milieu des ruines que le jeu des forces brutes a accumulées, et qui opposentde grands obstaclesà ses établissements. L'ordre et le désordre, l'harmonie et les perturbations sont à titre égal, sous l'aspect physique aussi bien que sous l'aspect moral, les grands caractères de l'histoire de la vie et de son état présent sur le globe. L'ordre, c'est cette vie elle-même, avec ses conditions nécessaires préparées, ses fins réalisables; c'est l'esprit, dans le vaste ensemble des relations qu'il constitue ou qu'il embrasse ; ce sont les jouissances attachées aux simples satisfactions du désir et de l'activité; chez l'homme, à l'amour, à l'exercice de la pensée et de la volonté; ce sont les innombrables marques d'accord entre les moyens fournis par la nature et les fins du plaisir, de l'intelligence et de l'art. Ajoutons la beauté ou la sublimité des spectacles du monde physique. On trouve aisé de séparer les sentiments esthétiques qu'ils font naître, de la pensée, quoique si motivée, des dangers et des maux recouverts par de splendides apparences; et l'on conçoit d'instinct la possibilité d'un

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l'organisation 73

ordre de choses où le beau et le bien ne seraient pas séparés.

Le désordre règne au fondement de la nature empirique, car il est cela même qu'on entend par Vordre régnant^ contraire à l'idéal de la nature heureuse et morale. Au-dessus des harmonies de l'univers, deux faits d'entière désharmonie s'étendent sur les rapports des êtres organisés entre eux et avec la matière inorganique. Les monades inférieures et les résultantes de leurs actions, les grandes forces naturelles auxquelles tout obéit, sont presque totalement soustraites au gouvernement de ces êtres et sont mal adaptées à la conservation et au développement normal de la vie supérieure. La vie est diflicile et précaire, opprimée, chez les individus, par les forces mêmes qui sembleraient devoir être à leur service. Le résultat pour tous est la nécessité de la mort. Elle résulte de la condition même d'une évolution individuelle, qui constitue le sujet évolutif à l'état de dépendance matérielle de certaines lois impliquant, après son organisation ascendante, sa désorganisation, progressive ou précipitée. Tel est le premier fait.

Le second consiste en ce que les vivants opèrent directement ou indirectement, inconsciemment d'abord, puis sciemment et savamment, selon leurs facultés, pour se donner cette mort les uns aux autres, ou pour la hâter. En chacun des deux règnes, végétal et animal, la lutte pour l'existence est la condition de l'existence. Les animaux sont armés tout particulièrement pour se la disputer et se détruire; et il n'est pas jusqu'à la matière inorganique qui ne recèle des principes hostiles à la vie, de même que beaucoup de plantes et de bêtes ont leurs poisons et leurs venins pour l'atteindre dans ses sources, comme si la guerre, loi universelle de ce monde, y était matérialisée pour étendre son empire plus loin que les besoins de la conservation et les passions de la lutte ne peuvent la motiver.

Indépendamment de cette partie subversive de l'organisation, le grand désordre régnant est Finsuflisance des ressources pour Tentretien de la vie. Les places à occuper sur la terre et les moyens d'alimentation des divers organismes sont partout en très petit nombre comparativement à ce que chaque espèce peut fournir d'individus, ou des espèces différentes réclamer pour s'étendre, quand elles sont rivales. De là, dans le monde végétal, la concurrence vitale, une guerre sourde de tous contre tous pour la conquête du sol et de la lumière, le dépérissement et des souffrances obtuses, comme il en peut exister dans cette branche de l'organisation; dans le monde animal, la douleur. Aux douleurs de privation, ou passives, nées des besoins mal satisfaits, et à celles que les animaux s'infligent mutuellement en obéissant à leurs lois, l'homme en ajoute de plus formellement volontaires, de calculées, de cruelles.

L'homme et les animaux ont trouvé sur cette terre, où ils n'avaient pas leur origine première, cet état de choses en grande partie défavorable, par ses conditions, aux satisfactions de la vie et des passions légitimes, suffisant seulement pour s'y établir et s'y propager à travers beaucoup d'obstacles, en souffrant beaucoup de misères; et ils y ont apporté des caractères tels que les comportaient les semences dont ils étaient issus. L'homme seul, et dans certaines de ses familles plus particulièrement, a manifesté la puissance d'une conception de la vie et des relations mutuelles des vivants, opposée à celle que semble lui enseigner la nature. 11 a conçu la justice, ressenti la pitié; il les a jusqu'à un certain point écoutées, ainsi d'ailleurs que violées; il a quelquefois préféré la paix à la guerre. Il

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a lutté contre la nature, il s'est élevé à Vidée de Torganisation de l'humanité selon la raison, et jusqu'à Tespérance du gouvernement des forces naturelles par Tintelligence.

Si Ton n'avait à apprécier l'animalité que dans les espèces ou supérieures par l'organisation, ou douées d'instincts de finalité puissants, comme dans certaines classes tenues pour inférieures, et si on les considérait en elles-mêmes sans songer aux dons spéciaux de rhomme et sans faire intervenir dans le jugement les notions morales, on ne rencontrerait que des sujets d'admiration. Le sentiment et Tintelligence, qui constituent l'organisme mental, sont des fonctions, chez les animaux, ou nouvelles, ou hors de toute proportion avec ce qu'on peut supposer de perception et d'intention chez les monades composantes des organes végétaux; car l'organisme mental humain n'est lui-même dans son fondement et dans ses grandes conditions autre que l'organisme mental animal. La mobilité, la variété, une portée plus ou moins grande appartiennent déjà aux représentations internes d'animaux d'espèces très humbles. Aux mouvements spontanés, faibles ou étroitement limités, des monades de leurs organes partiels s'ajoute la motricité volontaire d'un corps tout entier vivant pour lui-même.

Il n'y a rien toutefois, dans la comparaison de l'harmonie végétale avec l'harmonie animale, à quoi nous devions attacher le sens d'un passage et d'un progrès de Tune à l'autre. Nous voyons seulement une suite d'espèces dont les différences sont graduées, les caractères dominants des premières, ou inférieures, étant donnés en fondement, comme des conditions de la constitution des secondes et supérieures, ainsi qu'ellesmêmes impliquent, pour se former, la matière inorganique des corps élémentaires, avec les propriétés des monades composantes de leurs molécules.

Le tout n'est que l'ordre de finalité de l'harmonie

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préétablie, dans lequel il faut encore faire entrer, tant pour l'organisme du végétal que pour celui de Tanimal, les organes partiels intégrants avec leurs directions et leurs fonctions propres, relatives à Tensemble. Cet ensemble, qui est l'individu le plus parfait, obtenu par la centralisation et la solidarité de fonctions individuelles multipliées, est l'unique fin de l'organisation . L'organisation, de degré en degré, existe pour servir à l'individuation la plus grande, mais les degrés ne sont pas ceux d'un progrès de la nature, ils marquent seulement, partout où se place l'avènement de quelque chose de nouveau, le fait du conditionnement de l'apparition d'une espèce par Texistence des espèces antérieurement parues. Mais les plus humbles, et aussi les plus nuisibles, sont restées mêlées aux plus élevées, dans les deux règnes.

La division, si profonde qu'elle soit, entre les végétaux et les animaux, comme, d'autre part, le rapprochement entre les animaux et l'homme, sous l'aspect des fonctions représentatives que la monadologie envisage dans tout organisme, distribuées dans ses parties, n'empêchent point, là, l'existence de ce qu'on appelle une continuité observable entre les productions du règne végétal et celles du règne animal, ici, la reconnaissance des caractères spécifiques séparant l'homme des animaux supérieurs, à tant d'autres égards ses semblables. L'histoire naturelle en son œuvre de description et de classification, dont la matière est un ensemble immense d'organes modifiés et associés de tant de manières, et avec tant de degrés de perfection des formes et des fonctions, n'a pu manquer d'établir cette sorte de continuité, qui n'est, à vrai dire, que la classification elle-même, plus ou moins réussie, quand on a rangé toutes les parties du sujet dans une pro-

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gressîon offrant presque partout de faibles différences d'un terme à l'autre, et le moins qu'on y peut laisser d'hiatus. Il faut se garder de la confondre avec la fiction du continu mathématique, transporté inconsciemment de l'abstrait au concret, et servant à la suppression de l'idée de l'espèce par son assimilation à une somme de variétés séparément nulles (art. xxxiv).

Les transitions insensibles, entendons par là difficiles à définir pour l'observateur, mais réelles, sont des différences finies^ comme le mathématicien les nomme. C'est dire que leur sommation, après qu'un certain nombre ont été comptées, forme une transition sensible, et que les caractères s'accusent et se tranchent. Le premier grand exemple de cette loi est donné par la commune dichotomie des êtres vivants; car les fonctions dominantes du second des deux règnes qui possèdent en commun l'organisation ne pourraient se déduire ou se prévoir de la connaissance des fonctions du premier, et cependant la formule presque toujours employée pour définir ce qui les sépare ne laisse pas d'être fausse pour l'observation scientifique, autant qu'elle est inadmissible pour la monadologie. C'est celle qui appelle animés les êtres sensibles et mobiles^ et refuse la sensibilité et la motilité aux plantes (38).

Il faut se placer, des deux côtés, à distance des espèces situées vers la limite, pour distinguer la difï'érence qui doit, de part et d'autre, se prendre sur les ensembles. On reconnaît alors à la fois que le principe de vie est commun, comme Test celui de l'organisation, mais que le genre et l'étendue des applications de ce principe sont telles qu'on ne peut les regarder comme les effets d'un développement graduel qui serait inexplicable, tirant le plus du moins continuellement. 11 faut que les degrés de perfection que nous voyons distribués entre les espèces se rattachent à leurs origines, et soient descendus avec elles et avec leurs monades dirigeantes dans le monde présent.

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Le sens ordinaire des termes et le sens que la psychologie doit leur donner pour aller au fond des choses suffisent, étant comparés, pour faire ressortir la ressemblance et la différence de la vie psychique entre le végétal, ou plutôt ses organes, et Tanimal. Car, si Ton dit que ces organes, — et ceux de Tanimal, séparés de l'individu, — imaginent et se souviennent, on périt passer pour un rêveur. Mais si Ton remarque que le fait élémentaire de la mémoire est la synthèse de deux états immédiatement successifs en un état de conscience actuel^ et que le fait élémentaire de l'imagination est la présence d'une image représentée intérieurement comme extérieure^ on est forcé de conclure que les plantes, ou leurs organes, et ceux des animaux, possèdent les éléments de V imagination et de la mémoire^ puisqu'ils sont des composés de monades, et que la perception et l'appétition supposent ces qualités psychiques chez la monade (art. viii et suivants). La représentation du mouvement accompagne l'imagination.

Le propre de l'animal, dès qu'on peut le considérer comme un individu déterminé, qui a des sensations nettes, c'est la portée de l'imagination étendue jusqu'à des localisations complexes et lointaines des objets qui l'intéressent, dans l'espace; et c'est l'extension de la mémoire à des impressions passées, quelquefois reculées, avec la prévision d'états futurs, d'états possibles, caractérisés par ces mêmes impressions. A ces pouvoirs psychiques, qui déjà dénotent l'individualité et l'action d'une monade centrale, s'ajoutent, d'une manière cette fois extérieurement perceptible à l'observateur, le plaisir et la douleur, l'aversion et le désir, chez l'animal. D'un autre côté, l'étendue et la puissance de la faculté locomotive n'apparaissent pas seulement développées

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parallèlement aux pouvoirs psychiques correspondants d'imagination et de mémoire, mais encore atteignent chez certaines espèces des proportions auxquelles rhomme est loin de s'élever. L'organisation de l'individu humain est, tantôt sous un rapport, tantôt sous un autre, inférieure à celle d'animaux de telles ou telles espèces, quand ce sont ses fonctions et relations animales que Ton considère. Sa supériorité organique réside en grande partie dans l'organe cérébral, qui parait plus spécialement adapté à l'action mentale, à la pensée, à la direction de la pensée. Encore même ne peut-on dire qu'elle s'y montre en des traits extraordinairement accusés, et il est remarquable que la fonction du cerveau sur laquelle on possède des vues tant soit peu éclaircies est celle qui se rapporte à la mémoire et à l'association des idées (art. xl et lv), c'est-à-dire à une partie de l'intelligence qui est commune, en principe, à l'homme et aux animaux supérieurs. On ne sait pas à quels caractères organiques est liée cette autre partie spécialement humaine qui concerne la possession libre et le commandement des idées, l'empire sur certaines affections. On ne sait pas même s'il existe de tels caractères, qui seraient indistincts pour nos observations.

La supériorité ou l'infériorité attribuées à des espèces animales, comparées entre elles, ne peuvent se juger d'après aucun critère fixe. Les rapports nous échappent entre la supériorité de l'organisation et le genre ou le degré des facultés mentales. De nombreuses familles d'articulés se distinguent par des instincts touchant la reproduction et les mœurs sociales, qui sont sans commune mesure avec l'intelligence et les dons de sociabilité des vertébrés. Entre les oiseaux et les mammifères, les propriétés intellectuelles, ainsi que les fonctions animales, sont distribuées de manière que les seconds soient très loin d'avoir toujours l'avantage. On ne voit pas comment les caractères généraux de l'organisation sont en rapport avec l'élévation mentale, dans une

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classe ou dans une autre, dans un ordre ou dans un autre de cette classe. Mais surtout la psychologie passionnelle, on pourrait presque dire morale, des espèces nous montre une répartition de qualités indépendante de la constitution physiologique de Fanimal.

S'il y a une ligne de démarcation, encore que confuse, à tirer entre les animaux tenus pour supérieurs et les autres^ il faut la prendre dans les caractères mentais, quelle que soit leur classe; elle se dessine pour, en séparer quelques-uns, que distingue un développement très particulier de mœurs sociales dont le mobile semble surtout instinctif, ou, ce qui est presque le contraire, pour mettre hors de rang ceux chez lesquels l'association des idées, fondement de Tintelligence, admet le plus de variété. Un autre genre de supériorité est dénoté par les qualités de dévouement ou de sympathie quand elles se montrent clairement. Après tout, le rang le plus élevé appartient aux animaux dont Tactivité a pour caractère un déterminisme relativement étendu et varié d'impressions et de mouvements, au lieu de Fespèce d'esclavage que constituent pour d'autres, et cela souvent dans une même classe, des fonctions invariables dans un cercle très fermé de relations. Chez les mammifères, le contraste de la lenteur et de la stupidité de quelques-uns avec la mobilité et avec la passion imitativc des plus intelligents fait singulièrement ressortir leur différence commune à l'égard du caractère humain, en ce qu'on voit la qualité portée à ce haut degré chez les derniers devenir un défaut capital là où manque la réflexion pour en régler les manifestations.

La passion dans la poursuite de la proie et l'ardeur sexuelle n'excluent pas les sentiments affectueux, même chez l'animal soumis aux conditions d'existence les plus dures, autant que le font paraître ses déterminations impulsives et l'absence de tout déguisement. Ces sentiments se montrent non seulement dans la tendresse pour la progéniture, mais encore dans l'amitié, avec

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ses préférences et ses jalousies, dans les jeux, chez les jeunes, ignorants des passions de la lutte. La spontanéité des idées c'est-à-dire un courant d'imagination et de mémoire indépendant des sensations actuelles, est dénotée chez plusieurs par le rôve. Les qualités exceptionnelles ou d'intelligence ou de sentiment que nous observons et cultivons chez nos animaux domestiques ne peuvent être en somme que la réalisation de puissances qui étaient en eux, et de plus, on leur découvre par une observation attentive des traits de caractère individuel que ne démentent pas ces traits frappants de ressemblance spécifique dans laquelle un grand métaphysicien a cru voir le signe de l'unité absolue de l'espèce.

On commet une grande méprise, dans la comparaison ile l'homme et de l'animal, quand on parle de l'instinct comme s'il les séparait beaucoup, tandis qu'il leur est commun, et fondamental pour tous deux; et on ne remarque pas, en traitant de l'association des idées, qu'elle constitue essentiellement déjà l'entendement animal, de même qu'elle continue à pourvoir l'entendement humain de la masse des relations empiriques dont est formé le cours de la pensée et de la conversalion des hommes.

L'instinct, dans ses applications les plus étrangères à l'intelligence, se rencontre chez des espèces qu'on ne tient point pour supérieures, encore bien que certaines montrent des aptitudes singulièrement intéressantes. De là vient qu'on fait moins attention à la place qu'il conserve partout, ou de lui-même, fondamentalement, ou par l'entremise de l'habitude, qui en est un générateur. Des animaux à métamorphoses, des insectes, d'autres à facultés constructives remarquables, comme

LA MOUTKLLE MONADOLOGIE. 6

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les oiseaux; d'autres encore, dans les dispositions qu'ils prennent pour atteindre la proie, doivent être regardés comme i/i/ôr/wé* par de certaines images représentatives de quelque chose à faire en vue d'une fin, sous l'influence d'une passion à la fois vive en ellemême et obscure dans ses moyens. Dans les cas où l'on a les signes les plus clairs de l'impuissance où est l'animal de modifier, au delà d'un certain point, son action ou son procédé, pour les adapter aux circonstances quand elles viennent à varier, on est autorisé à penser qu'il ne possède pas le genre dMmagination et de raisonnement qui dirige en leurs actes d'autres espèces; mais la monadologie ne saurait expliquer autrement que par cette sorte de rêve ou de vision (39) le mobile mental des opérations matérielles dont les adaptations sont inconscientes.

La méthode de l'instinct, si Ton peut ainsi la nommer, impénétrable pour nous dans la conscience de l'animal, est celle qu'il nous est permis d'observer dans nos propres actions, quand nous les poursuivons après leur avoir donné le branle, et grâce à une habitude prise antérieurement, sans avoir autre chose de présent à l'esprit que l'image de ce que nos organes, de moment en moment, i^ont exécuter à moins d'inhibition expresse de notre part. Mais l'inhibition est ce dont l'animal, en SOS instincts, à moins d'un incident produit au dehors, ne paraît pas avoir la conscience, même sourde. C'est en vertu d'une telle loi que nous marchons, après avoir, non sans beaucoup de peine, appris à marcher, et tous nos arts offrent des exemples de ces opérations devenues en grande partie étrangères à l'intelligence, à la volonté, et d'autant plus sures qu'elles vont sans tâtonnements (art. Lxxxviii-xc\

Le sentiment de l'inhibition possible, que l'homme conserve à moins de tomber dans une sorte de somnambulisme, si nous en faisons abstraction maintenant, nous prendrons une juste idée du caractère de ceux de

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nos actes qui n'ont pas leur origine en des habitudes contractées par une éducation spéciale, mais qui ont leur siège et leur explication dans les fonctions de nos organes. Les uns sont de nature à être provoqués quand nous le voulons, pour des fins qui nous sont familières et nécessaires, mais dont la plupart des hommes ignorent les moyens organiques, et dont nul ne sait quelque chose de plus que ces moyens : tels sont la plupart des mouvements par lesquels nous pourvoyons sciemment à nos besoins. Les autres qu'on rapporte exclusivement à la a vie organique » sont non seulement accomplis sans notre participation et sans notre connaissance, mais n'intéressent pas même notre sensibilité, à moins de circonstances anormales. Ce qu'ils supposent de conscience a pour siège nos organes, ou leurs monades directrices, et ne npus est ordinairement communiqué en aucune manière.

La loi de Tinstinct n'est pas discernable de la loi de l'habitude, quand on laisse de côté une question où la psychologie n'a pas le moyen de pénétrer : celle de la nature première. La nature n'a pu être que continuée ou modifiée par les actes des individus après la constitution des caractères des espèces. On comprend donc sans peine que l'habitude, qui est cette continuation ou cette modification, sous le nom d'instincts, quand elle est invétérée, soit la forme commune de l'activité déterminée, chez l'homme comme chez l'animal, et dont l'empire s'établit plus ou moins profondément dans les organes.

On étend la qualification d'instinctifs à des appétits ou à des répulsions, et même, chez l'homme, à certains jugements. 11 s'agit ordinairement, dans ce dernier cas, d'habitudes de sentir ou de penser qui, sans avoir des racines très profondes, se sont introduites dans les races ou dans les sociétés et s'y conservent par l'héré- ^ dite ou par l'éducation.

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Chez les animaux supérieurs et chez rhomme, à un très bas degré seulement dans les espèces inférieures, Tinstinct est accompagné et plus ou moins modifié ou combattu, selon les progrès de la connaissance empirique, par Tassociation des idées qui se lient au cours de Texpérience. L'association des idées est, comme Tinstinct, réductible à la loi de Thabitude, mais avec cette différence qu'il ne s'y agit plus que de ces rapports entre des phénomènes dont l'observation est du ressort de l'individu, et se consolide, pour ainsi dire, dans sa représentation à mesure qu'ils se produisent plus fréquemment et dans un même ordre déterminé. La question de l'innéité, ou nécessité de certains jugements par lesquels l'homme pose ou généralise de tels rapports, n'a nullement à intervenir ici. 11 n'y a que deux points à considérer : un phénomène externe qui en a accompagné un autre, ou lui a succédé; et un fait mental : quand le premier phénomène reparaîtra, on pensera au second comme devant l'accompagner ou lui succéder. C'est une habitude à l'état rudimentaire; elle se fortifiera et donnera lieu à une ferme attente quand les liaisons se seront reproduites fréquemment, encore bien qu'il n'y ait pour l'observateur aucune autre raison que celle-là qui motive sa croyance en l'événement attendu.

Quand cette loi trouve son application chez le simple sujet mental d'un cours d'idées, tantôt rêve, ou rêverie, ou imagination flottante, qui laisse tout aller aux accidents des impressions reçues et de la mémoire, on a l'association des idées en cet état mobile et dispersé où c'est une idée qui en suggère une autre par le seul motif qu'elle lui a été liée précédemment dans l'expérience sous un rapport quelconque. C'est donc alors

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rhabitude seule qui est la racine du phénomène de Tassocialion (40).

L'habitude, en tant que productive d'associations, est l'organisatrice pour ainsi dire cellulaire des impressions et des idées, en l'état ihabitus) de simple juxtaposition, et séparables comme par segmentation, tant que des modes de rapprochement moins simples ne viennent pas, avec la logique, apporter à leur liaison des formes psychiques d'ordre supérieur.

Un tel cours spontané d'impressions et d'idées, entretenu par des projections de l'imagination et de la mémoire, modifié par les accidents qui surviennent du dehors, par des sensations, constitue certainement la vie mentale de l'animal, quelle que soit la matière de ses images. La joie et la douleur, l'espérance et la crainte, les autres passions liées à celles-là s'expliquent sans difficulté chez lui par l'association des idées, dans les cas continuels où les objets capables de les causer ne sont pas présents, mais où le sont seulement les signes de ces objets. Les signes motivent l'attente et ne sont jamais autre chose que des sensations actuelles que l'animal se représente, d'après l'expérience, comme accompagnées ou suivies de telles autres pour lesquelles il éprouve de l'attrait ou de la répulsion. Au reste, les choses se passent de môme pour l'homme dans la multitude des cas simples de la vie commune, et partout où le jugement n'appelle pas l'emploi d'une idée générale, d'un concept, et ne réclame aucun examen.

Ce n'est pas seulement l'attente, le jugement sur le futur, c'est le raisonnement et c'est l'acte, conclusion spontanée du raisonnement, qui, dans ces sortes de cas, chez l'homme, et toujours chez l'animal, ont leur principe dans Tassociation. L'animal est, à tous les moments, suspendu soit à une impression actuelle, soit au souvenir où à l'imagination d'une impression passée, et à des idées de plaisir ou de douleur qui y sont inhé-

rentes; et Taction suit toujours la passion ainsi liée à la représentation, quand la représentation n'est pas combattue par une autre qui survient. L'homme agit de même, le désir ou la simple pensée suffisent pour mettre en jeu ses organes du mouvement, s'il nV met empêchement en suscitant une représentation oppo.sante.

Quand la représentation d'un phénomène désiré, non réalisé encore, est une image dans laquelle ce phénomène est vu en rapport avec un autre qui parait tel, ou immédiatement, ou dans un vif souvenir, que, si cet autre était obtenu, le premier l'accompagnerait ou le suivrait aussitôt, le passage de l'imagination à Tacte n'est pas moins aisé pour réaliser la condition de l'objet du désir que pour la concevoir. Il faut seulement que l'acte soit organiquement possible; il se produit alors spontanément. L'animal tire donc par imagination et association d'idées une conclusion de prémisses données^ et cette conclusion peut se nommer un raisonnement^ en un sens très général du mot, quoique n'ayant rien de commun avec l'acte mental d'une subsomption d'idées dans un concept (41)«

L'association des idées est donc l'organisation mentale commune de l'animalité supérieure. Elle suffît pour rendre compte de la partie intellectuelle, mais exclusivement empirique, de la vie de relation. Le caractère mental spécifique de l'homme, duquel sa souveraineté procède, est le don des concepts, uni au pouvoir de modifier lui-même la matière de ses représentations et d'en diriger le cours. Ces deux propriétés de la monade humaine constituent ïesprii.

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