LES NOCMÉSES DE KANT, L'IDKALISME DE KANT
mystérieuses, auxquelles on se défend de penser comme à des êtres constitués par des qualités impliquant des relations temporelles ou spatiales.
La question intéressante ici est celle de l'idéalisme. Kanta-t-il pu sérieusement, comme il l'a toujours prétendu, distinguer sa doctrine de celle de Berkeley, en ce qui concerne la réalité des objets sensibles, celle du monde extérieur, qu'ils nous représentent; ou n'a-t-il pas vraiment, comme lui, outre la thèse de l'immatérialisme {démontrée seulement par une autre méthode) nié l'existence d'une réelle matière des corps, indépendante de nos perceptions. Selon Kant, les représentations sensibles sont produites en nous par l'action de sujets qui n'appartiennent pas eux-mômes au monde sensible (les noumènes) ; et il nomme réel, cependant, tout ce qui tombe sous les conditions matérielles de cette expérience des sens. En vertu de leur définition , les corps sont réels, parce qu'ils sont sensibles, mais celte définition n'est que nominale, et Kant ne fait pas autre chose que la reproduire en d'autres termes, au Heu de réfuter ce qu'il appelle l'idéalisme empirique de Berkeley, différent selon lui du sien propre, quand il démontre que c'est bien au sens externe, et non pas à l'interne seulement, qu'une telle réalité se rapporte. II reste toujours qu'il s'agit pour lui d'une impression dont la cause est en des noumènes, de même qu'il s'agit pour Berkeley, d'une sensation que Dieu nous donne à percevoir. Ces noumènes étant hors dii monde phénoménal, il n'y a rien dans le temps, ou dans l'espace, qui ne fût anéanti si la pensée humaine, dans laquelle les phénomènes sont représentés, venajt à disparaître. La réalité du monde extérieur est donc bien niée, dans cette hypothèse, car la coutume de Kant, lorsqu'il parle du sujet des représentations dans l'espace, est de viser le sujet humain ou l'esprit, dans, son universalité. On croi-
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l'ait volontiers qu'il parle d'un moi unique, loin de pensor à l'univers comme lieu de la multitude des consciences de tous les degrés qui s'y représentent toutes dans le temps et dans l'espace.
En somme, pour l'un comme pour l'autre des deux philosophes, les représentés sensibles sont dénués de réalité en eux-mêmes. La réalité appartient aux repi'ésentations comme telles, dans le sujet qui les perçoit, et, éminemment, au sujet qui les produit. Ce dernier, selon Berkeley, est Dieu, l'esprit universel (XXX). C'est ici que les deux doctrines divergent radicalement. Kanl a développé plusieurs points de vue sur l'essence divine: l'Inconditionné, si celui-là peut s'appeler Dieu, ce que nous ignorons, puis VIdéal de la Raison pure, et enfin le dieu, autettr dit monde, des postulats de la Raison Pratique (XXXVi), mais aucun d'eux, quoique le troisième réclame explicitement l'action providentielle, n'est pour Kant l'objet d'une théorie de la création des idées, non plus d'ailleurs que d'une spéculation analogue à ce panthéisme théologique dont la pensée plus ou moins ouvertement déclarée se résume à définir Dieu comme l'unique agent réel en toutes choses. Il est probable que Kant a été jeté dans la fiction des objets Iranscendantaux par la difficulté qu'il éprouvait, venant après la critique de la notion de substance, dans l'école empiriste, à découvrir un emploi définissable pour des substances dans le monde phénoménal. Mais le recours aux sujets Iranscendantaux, extrasensîbles, loin de le faciliter, supprimait le rapport entre les principes et leurs effets, ou qualités, produits dans le temps et dans l'espace; car le passage du nouménal au phénoménal est un rapport dont on n'a point d'idée.
Nous avons remarqué, d'accord avec les interprètes du criticisme Kantien les plus attentifs à la logique, que ce