LES- ANTINOMIES DE KANT, SA THI^ORIE DE L'INFINI
question y est sans application. Quant à la chose en soi, hors du temps et de l'espace, elle ne la concerne point.
Telle est la solntion du problème posé par les antinomies kantiennes. 11 est permis de se demander si elle diffère beaucoup du système de VElhigue, pour l'idée qu'elle donne de la réalité de ce gui n'est pas en sot, comparativement à ce qui est en soi ? Ceux qui manquent de dispositions pour la croyance à Yen soi, spinosiste ou kantienne que paraisse la physionomie qu'on lui prête, ceux-là reconnaissent assez d'en sot dans les phénomènes pour que la question du fini ou de l'infini de leurs composés leur semble applicable.
La doctrine des antinomies de la raison est restée sans influence sur les disciples de Kant, qui, en général, ont professé plus ou moins ouvertement l'éternité du monde phénoménal et la parfaite réalité des phénomènes. C'est l'écossais Hamilton qui adonné suite et rais lin à l'histoire de ce système de contradictions, en admettant à la fois, et contradictoirement à Kant, que l'option était logiquement forcée entre la thèse et l'antithèse, quoiqu'elles fussent également répugnantes pour la raison, et non pas tant bien que mal démontrables toutes deux par des raisons opposées. Sur ce point de l'incompréhensibilité, Hamilton fut suivi par son disciple en métaphysique, H.. Spencer, qui regarda les « vérités ultimes de la science » commeà la fois inconcevables et très certaines, et opposées d'ailleurs à la doctrine du commencement et de la création. Hamilton, au contraire, avait demandé à sa foi théiste de déterminer sa croyance en faveur dé cette thèse dont il ne reconnaissait pas la force logique. Mais la grande majorité des philosophes du xix* siècle a professé la doctrine de l'infinité et de l'éternité du monde phénoménal. Seuls, ceux qui ont posé nettement un incondi-
lionne inconcevable, hors de ce monde, auraient eu à rendre concevable le passage de l'Absolu au Relatif autrement qu'en décrivant son évolution sous telles ou telles dénominations, comme l'ont fait Schelling, Hegel ou H. Spencer. Et Kant, le premier, y était obligé, tout en laissant la nature de l'évolution disponible pour l'imagination constructive de ses successeurs.