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L'IDÉE DU MONDE DANS LES COSMOGONIES GRKCQUES

Plusieurs des penseurs de l'époque où finissent les mythographes, où commencent les philosophes, ont marqué de l'éloignement pour le polythéisme de la religion populaire. Phérécyde fui accusé de réprouver les sacrifices. Pythagore, profond novateur, dont V Église fut dispersée par la persécution et devint une école purement spéculative, avait peut-être pour Dieu la monade première. Xénophane attaqua par la raillerie les dieux anthropomorphes. Si cette tendance se fût consenée, la philosophie ne se serait peut-ôtre pas enlîërement séparée de la religion, comme elle fit pour plus de cinq cents ans, jusqu'au temps de l'école d'Alexandrie. Des philosophes auraient pu constituer, pour les religions civiles de la Grèce, une théologie, qui toujours leur manqua. Une seule secte s'y essaya, en opérant un mélange de doctrine pythagoricienne et d'emprunts aux cultes secrets, aux Mystères, qu'elle étayait de fausses traditions et de compositions apocryphes. Mais l'orphisme spécula, pour réussir, sur le genre des superstitions intéressées, et les orphéotélestes tombèrentdans le mépris des esprits éclairés.

La cosmogonie mise sous le nom mythique d'Orphée, mais notablement postérieure à celle de Phérécyde, porte bien plus que celle-ci le caractère d'un panthéisme matérialiste; on y distingue seulement un léger effort pour exprimer l'idée d'origine. Chronos y figure comme l'être premier : l'idée de la succession indéfinie occupe ainsi la place de l'idée du commencement, ce qui est contradictoire, et le chaos est nommé de suite après, et assimilé à l'Infini des pythagoriciens. Mais l'orphisme donne pour corrélatif à l'Infini, au lieu du Fini, notion logique, l'jEther, qui reçoit l'emploi physique de principe fécondant, sous le nom de Zeus. Les générations commencent par le symbole physiologique de l'œuf. La nuit première, entourant le chaos, porte à. son lieu cea-

tral cet œuf cosmique fécondé par r^^ither, où prennent leur forme les éléments des choses. L'éclosion fait apparaître Phanès, être premier, dont le nom est le symbole de la production des phénomènes, ou choses distinctes. Les âmes se dégagent du centre de la matière animée, gagnent la périphérie, et ouvrent, en s'unissant aux éléments, la suite des ôtres liés généalogiquement.

Le travail se sent mieux que l'inspiration dans cette dernière des cosmogonies, qui voulut se faire prendre pour la plus ancienne; et l'imitation du pythagorisme y est évidente; car il n'est pas à supposer que l'imitateur soit Pythagore, dont la doctrine a un caractère scientifique original et éclatant. Ce qui se remarque le mieux dans l'élucuhration orphique, c'est l'effacement des idées de divinité anthropomorphique, mais au profit de l'imagination d'un développement spontané de la nature, ce qui était la tendance commune des cosmogonies ; et il n'est pas douteux que l'orphisme ne donnât dans ses mystères une abondante compensation mythologique pour ce qui manquait de tliéologîe sérieuse à sa conception.

Le pythagorisme nous offre, au contraire, touchant l'origine des phénomènes, une vue religieuse manifestement liée à sa doctrine générale du cosmos. Mais cette doctrine elle-même est fondée sur des principes rigoureusement rationnels. Une philosophie rivale ra ne faire partir la spéculation que de l'observasonsible. Mais, dès le commencement du vi' siècle , notre ère, la philosophie indépendante peut se ondée. L'écart que l'incertitude des données chroiqucs laisse possible entre les moments précis où ■ent quatre grands philosophes : Thaïes, Anaxire, Pythagore, Xénophane, est trop faible, d'une et, de l'autre, la distance intellectuelle que met

LA METAPHYSIQUE PYTHAGORICIEHNE lî

entre eux l'originalité de leur génie, en des voies étrangères les unes aux autres, est trop grande pour que ce ne soit pas parler exactement que de les nommer contemporains, etcréateurs de leurs méthodes respectives. Ils ont cela de commun seulement, qu'ils subissent l'irrésistible tendance à la réalisation des idées : concepts ou qualités sensibles qu'elles soient, selon le point de vue de chacun. Le fondement de l'être et du savoir est-it dans les objets propres des sens, pris pour des sujets externes, ou dans les objets intelligibles projefés hors de l'entendement, et, dans ce cas, lesquels? c'est là qu'est le conÛit principal. Des siècles, des systèmes, et môme des religions doivent se succéder, avant que soit seulement conçue la possibilité de trouver dans la connaissance de l'homme ce passage à la connaissance du monde, dont Socrate posa un certain jour les prémisses en devinant le sens profond de la maxime inscrite sur le fronton du temple de Delphes.

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