LA LIBERTE FONCTION DU NOUMENE
phénomènes est réelle, ou elle n'est qu'une apparence attachée aux phénomènes. Dans la première hypothèse, deux phénomènes contradictoires ne peuvent pas être une même affection du même sujet, il faut qu'ils diffèrent par le temps ; il ne se peut donc pas qu'un phénomène appartenant à ce sujet, et qui dépend de ses antécédents — c'est le cas de la causalité, mécanisme de la nature, — soit chez lui la même affection qu'un phénomène indépendant de ses antécédents — tel que le veut la causalité par liberté. — Le môme serait affirmé et nié du même, en'même temps, sous le même rapport, aux termes de la formule logique de la contradiction. L'union de l'être nouménal et de l'être phénoménal dans le même sujet, auteur du même acte, emporte cette conséquence. L'un est dans le temps, l'autre esf hors du temps, la contradiction ne peut être levée qu'à la condition de nier la réalité de ce rapport de temps. La réalité de la loi naturelle^ sous sa forme de causalité mécanique de la nature, tombe du même coup.
Ou Kant ne s'est pas rendu compte de la contradic- tion, mais cela doit paraître peu probable, ou il ne lui a pas convenu d'exprimer sa pensée tout entière sur la nature du temps et des phénomènes. Quoi qu'il en soit, il prit pied de cette théorie pour essayer une réponse à l'objection, la plus grave, dit-il, qu'on eut adressée à la Critique de la fiaison pure, et échapper au reproche d'avoir « nié en théorie, et affirmé pour la connaissance pratique, la réalité objective des catégories appliquées aux noumènes », et d'avoir soutenu" le paradoxe de se considérer comme un noumène, en tant que sujet libre, et comme phénomène, en sa conscience empirique, relativement à la nature ». La difficulté lui semble écartée par cette raison : qu'il n'entend point que cet « usage suprasensible des catégories n amène « aucune extension de la connaissance suprasensible " ; il ne sert que