‹ La nouvelle monadologieChapitre 129 sur 177 · I.A70t")i^lC · texte numérisé non relu

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démonstrations purement rationnelles de l'existence de Dieu : une telle interprétation du crîticisme est profondément vicieuse; mais c'est que toute la doctrine kantienne de la Raison pure converge à des vues sur la divinité et sur la nature, opposées au théisme. La marche .spéculative de la philosophie en Allemagne, et de là en France, a été, selon toute apparence, déviée par cette aberration métaphysique du fondateur du crîticisme.

La définition des synthèses aprioriques, par opposition à la liaison purement analytique des idées, ne préserva pas Kant de faire des applications arbitraires de cette grande distinction, et d'accorder la certitude à des jugements qui ne pouvaient être qu'hypothétiques selon sa méthode (XXXllI). Le plus important de ces jugements est celui sut' lequel il se montra si dogmatique en partageant la prévention empirique du philosophe qui l'avait, disait-il « réveillé de son sommeil dogmatique », et en affirmant comme lui le déterminisme universel des phénomènes. Le rapprocliement que celte doctrine de la séquence invariable établit entre l'empiriste et le rationaliste est un point capital, parce qu'il s'agit là pour tous deux de l'absolue nécessité de la nature, et non plus d'un prédéterminisme divin, comme auparavant sous le règne de la théologie. La liberté a beau être, chez Kant, la condition de la loi morale et le principe générateur des postulats de la Raison pratique, elle est exclue du monde phénoménal, qui est cependant le propre théâtre de l'obligation. C'est donc une atteinte portée à la conscience, en l'unique forme oii elle se révèle à notre expérience, et c'est, sous ce rapport, le terrain livré au franc naturalisme. Le libre arbitre banni des phénomènes n'a de refuge qu'en des noumënes, agents hypothétiques d'abstruse théorie, que les agents temporels sont invités à chercher hors de l'en-

ceinte du temps et de l'espace pour leur représenter les vrais supports d'une réalité dont ils n'ont eux-mêmes que l'ombre.

L'accord de Kant avec Hume, contre le théisme, se montre particulièrement dans la critique du principe de finalité, et de son emploi dans la question de l'origine du monde. « La loi téiéologique, dit-il, dont la nature offre des applications sans nombre, ne prouve pas que la nature soit l'œuvre d'un auteur intelligent ; nous constatons seulement, quand nous tirons une telle induction, la notion que nous possédons delà Bnalité en tant que dessein dans la personne d'un agent. Mais il n'est point inadmissible que les êtres soient sortis primitivement de la matière, où résiderait en ce cas un principe de finalité interne, » Hume ne prétendait pas autre chose, en ses Dialogues. La Critique du jugement téléologique, chez Kant, part d'une distinction entre les fins comme intentionnelles, et les fins comme dépendant d'un principe inconnu qui dirigerait le développement des êtres organisés, et qu'il qualifie de finalité. Mais le premier sens du mot fin est ici le seul recevable, l'autre pouvant se remplacer, ainsi que le constate l'analyse même de Kant, par des explications telles qu'en oat fourni les systèmes de Lamarck et de Darwin, et par conséquent s'annihiler, en perdant son acception psychologique et morale, pour n'en prendre aucune autre de définie. Kant admet, h titre de possibilité simplement, les deux points de vue, et les tient tous deux pour impossibles à établir en théorie. En cela donc, il garde au fond, avec une singulière différence de méthode et de langage, l'attitude sceptique de Hume. Il est vrai qu'il ne refuse pas une haute valeur pratique à la croyance en une finalité intentionnelle ou de dessein, dans la création. Mais si on consulte, ensuite, l'esprit général de sa spéculation métaphysique, on ne peut que

ËRIÂLISME ET L'ATHEISME

à la thèse de la personnalité divine ■nt, § LXXI-LXXIV).

maintenant au jugement que Kant 1" de la vie humaine empirique, absoctrine de l'obligation, qui d'ailleurs nce, il le reconnaissait, sur la connous trouverons qu'il ne faisait pas ume des tentatives des auteurs de ifier la Providence des désordres de t nettement pessimiste. On se fait Lutre idée de ses vues sur les mérites le, parce qu'il a traité avec faveur !S de l'humanité, et qu'il a écrit ce e d'un traité de paix perpétuelle dans jh état juridique de fédération unii comme la fm rationnelle poursuihumaines. Mais nous devons obser-

les progrès de la paix et du bonheur ;s à attendre du progrès dans l'obser- {. La marche inverse lui paraissait, lire; et cependant il croyait l'obéis- '" catér/orique au-dessus des forces c. Mais, comme il dépend de nous (en théorie) de réaliser cette Répuqui serait la forme politique de la

sommes en conscience obligés par ce éalisable. C'est ainsi que Kant veut sibilité, mais quand il se demande que du jugement, comment ce pourielle de l'histoire de l'humanité que 'erse, et de cette endémie de la viodont nulle société au monde n'a été leut entrevoir les vrais moyens que

Providence, ou do la Nature. Ce- « nature des choses, dit-il, qui con-

duit forcément là où l'on ne va pas toujours volontiers »: Ce serait donc la nécessité ? hypothèse gratuite du philosophe, qui oublie en cette occasion que le devoir, réclamé d'autre part, voudrait l'exeinption de contrainte dans les motifs de la paix.

Le recours à une nécessité matérielle pour assurerla voie du bonheur est d'autant plus inexplicable chez Kant, que l'homme, d'après lui, ne peut être une fin de la création qu'en qualité d'être moral; que le bonheur est subordonné à la moralité ; que la valeur de la vie pour la sensibilité {avec le bonheur, objet constant de nos inclinations pour mesure) est au-dessous de rien; que nul homme, dans ces mêmes conditions, ne voudrait recommencer sa vie, et qu'enfin, « si la nature avait pour but le bonheur de notre espèce, fût-elle extérieurement aussi satisfaisante que possible, eUe ne l'afteindrait pas, parce que notre nature à nous n'en est pas capable », Cette déclaration est catégorique; elle nous montre combien l'espèce de chiliasme dont l'idée s'attache à la théorie de la fédération universelle de Kant a peu de racines en sa philosophie. Son projet philosophique de paix perpétuelle est un produit de la contagion des grandes espérances qui s'étaient partout répandues dans la seconde moitié du xvni" siècle.

Le mal radical, une déviation de la raison, une perversion incompréhensible dont le sujet s'enfonce dans les ténèbres de l'origine du temps, dans l'Inconditionné : une morale d'obligation, dont la faiblesse humaine est incapable d'observer la loi ; une liberté qui semble donnée pour se prononcer entre des alternatives offertes, mais dont l'usage n'appartient pas à l'être temporel parce que ses actes sont enchaînés par le déterminisme invariable des phénomènes; enfin, des vues projetées sur un avenir immortel de direction vers l'idéal, mais sans que la fin en soit plus définie que le commencement.

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qu'elle devrait rejoindre pour former une évolulion : telle est en résumé la doctrine de Kant. Deux grandes lacunes y demeurent : le règne du bien, à. l'origine, y est indéfinissable, comme situé hors du temps et de l'espace, — et de là ressort l'impossibilité de concevoir ce qu'il pouvait être, et comment il a pu tomber dans les phénomènes ; — et le règne des fins, rapporté à l'ordre des conceptions humaines, représenté comme l'accord obtenu entre l'obéissance à la loi et le bonheur, ne saurait se défimi* en corrélation avec l'ordre initial, parce que l'ordre initial est posé dans l'absolu, tandis qu'une fin de bonheur suppose des relations d'entendement et de vie. 11 devait arriver nécessairement que la théorie du monde phénoménal pai'ût plausible en elle-même, hors de la métaphysique, avec des hypothèses ne dépassant point les possibilités à la portée de l'imagination. De là les vues jetées par Kant sur les voies secrètes de la nature, sur une finalité qui [pourrait appartenir à la nature sans dessein d'aucune part, enfin sur des puissances supposables de la matière. Elles justifient la revendication des évolutionisfes du six' siècle, citant des passages de la Critique du jugement, écrits précisément dans le sens de leurs idées.

Si l'on met de côté, chez Kant, la métaphysique des uoumènes et la doctrine de la liberté et du devoir, — qui n'a elle-même son fondement, à ses yeux, que dans cette métaphysique, puisque il reconnaîtpour loi des phénomènes le pur déterminisme, — on devra avouer que les explications du monde qu'il regardait comme acceptables sont celles dont les philosophes français du xvni' siècle qualifiés de matérialistes et athées avaient fait l'unique sujet de leurs spéculations. Auprès de Voltaire et de Rousseau (XL), qui conservaient encore, le premier surtout beaucoup plus qu'il ne croyait luimême, d'anciennes attaches métaphysiques, Diderot et

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