‹ La nouvelle monadologieChapitre 130 sur 177 · L'ATHÉISME CHEZ DIDEROT ET D'HOLBACH · texte numérisé non relu

L'ATHÉISME CHEZ DIDEROT ET D'HOLBACH

d'Holbach n'admettaient d'être que la nature éternelle, ni de loi que l'universelle nécessité qui en détermine et enchaîne les productions. Et ils étaient tentés, parce que les idées d'unité et de but s'imposent à l'esprit, de la diviniser dans ses fins, ne le pouvant dans son essence, qui était quelque chose d'indéterminé, à leur point de vue. Si l'on accorde à cet indéterminé, sous le nom de matière, le don d'engendrer lui-même ses propriétés {quoique on ne leur suppose point de commencement) et de les mener progressivement à celles qui constituent la vie et la pensée, on a déjà par là même supposé un progrès dans l'idée de la nature, une finalité de fait, partant de la matière ; et nous ne voyons plus pourquoi Kant n'aurait pu admettre, aussi bien que Diderot, la possibilité qu'un Dieu fût en train de se faire : un Dieu, une sorte de tout polyzoïque, organisé par l'union et par une adaptation mutuelle de toutes les fonctions des espèces animales : comme une sorte d'araignée immense, dont les fils, tirés de son corps et tendus de toutes parts, organisés et sensibles eux-mêmes, centraliseraient toutes les perceptions et gouverneraient tous les mouvements. Un tel Dieu pourrait même exister, en ce moment, en quelque région de l'espace ; ou qui sait même s'il n'en a pas jadis existé un semblable qui maintenant serait mort ?

De telles vues ne semblent pas sérieuses; qu'ontelles cependant qui ne soit légitimement imaginable en combinant l'hypothèse matérialiste avec celle du progrès constant de l'organisation et de la centralisation croissante des organismes ? et, après tout, qu'imaginaient de bien différent les mythographes de l'antiquité, qui composaient des théogonies en partant du chaos comme matrice première ? Ils semblaient moins absurdes, parcequ'ils parlaient du passé, non de l'avenir et ne posaient pas expressément le monde étemel, et

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surtout peut-être parce qu'ils admettaient des principes symboliques et donnaient satisfaction de ire aux penchants spiritualistes. Le matérest un progrès dans l'abstraction, quoique à SCS propres yeux l'apparence du contraire, ut l'un des premiers initiateurs de l'évoluus la forme aujourd'hui la plus commune, 1 succession constamment progressive des intes, modifiées d'âge en âge, et elles-mêmes •ansformations progressives de la Matière, nérale, puis végétale et enfin animale, aseurs de la même époque, moins généralisat)omaient à l'hypothèse zoologique de la e, et faisaient remonter jusqu'aux animaux 1 ancêtres de l'homme, Lamarck devait forme plus scientifique, quoique à l'aide de fsiques aujourd'hui surannées, au matériaderot, et, par des études zoologiques appro- 'hypothèse générale du progrès des espèces. à ce progrès point de limite antérieure. La ,it pour lui le principe, en ce qui touche laturelle. Mais Lamarck était théiste, il a création, et s'éloignait en cela beaucoup e Diderot et de d'Holbach, tout en adoptant remier sur la génération spontanée et sur nisme de l'organisation, d'oîi naîtraient des )ables à leur tour d'engendrer des organes. s milieux, tel est le terme général adopté uralistes de l'école de Lamarck pour rendre transformisme. La sélection naturelle a lu seulement complété, selon quelques-uns, ! de Lamarck par une autre qui a le mérite i applications nombreuses, incontestables, naine de l'observation, et dont l'entière gênélypothétique est aisée. Il est toutefois remar-

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quable que son inventeur, Ch. Darwin, n'ait pas tout d'abord élevé ses vues jusqu'à l'origine de l'organisation. Il a travaillé, il est vrai, à étendre à la psychologie animale les hypothèses du transformisme et de la continuité, mais n'a pas dépassé au surplus les bornes de l'histoire naturelle dos espèces.

En dehors de la science, Diderot doit à ses grandes facultés d'imagination et de style d'être encore aujoui^ d'hui le maitre vanté et l'homme représentatif de ces purs artistes de lettres qu'on peut caractériser comme les matérialistes et les athées du genre sentimental, admirateurs en tout de la forme et du geste, du spectacle curieux de tous les beaux dessus de la nature, et indifférents à ses dessous. La morale de Diderot est la subordination de la justice à la passion, l'identification de la bienfaisance et de la vertu, la négation du devoir, en somme, chacun étant juge de ses sentiments et du droit qii'il a de les satisfaire en vue de ce qu'il estime ôtre lebien. Et cette morale est dominée par la doctrine de la nécessité absolue, justifiant la conduite de chacun quelle qu'elle puisse être; car la conduite est l'effet de l'action, ou de la réaction, que sa constitution particulière détermine en chaque organisme, à raison de ses relations. Si j'agis d'une manière, dit Diderot, « celui qui peut agir autrement n'est plus moi ».

La doctrine athée de d'Holbach (le Système de la nature) peut passer, si on la compare aux fantaisies de Diderot, pour une expression sérieuse de l'esprit exclusivement naturaliste, moral, utilitaire, scientifique et socialement progressiviste qui régnait sur do nombreux esprits vers la fia du xvni* siècle. D'Holbach avait surtout foi dans le progrès de la culture humaine, à l'inverse des jugements pessimistes de Rousseau sur la civilisation, iï croyait à la possibilité de substituer la science et la morale aux religions, ou encore de donner

ù la religion le caractère d'une prédication du Diev de la nature. Ce Dieu, qu'on peut aussi bien appeler JVa/«7-e tout court, être unique, éternel, mu et moteur sans distinction de l'actif et du passif, est le tout universel des phénomènes éternellement enchainés. Il reçoit aussi la qualification de somme des forces inconnues qui animent f univers, et ne laisse pas pour cela d'être personnifié dans le discours.

Les phénomènes commencèrent par des générations spontanées, et se développent par des affinités ou des répulsions d'éléments spécifiques. Les sensations et les passions sont les fonctions actives d'où naissent les opérations intellectuelles, avec un sens interne, auquel se rapportent les comparaisons et les jugements qui s'appliquent aux impressions; mais l'âme et l'organisation ne sont pas choses distinctes, et la nature ne donne naissance à aucune individualité qui ne soit périssable.

C'est au progrès des sciences que nous devons demander de nous instruire du comment de toutes ces choses. D'Holbach énonce sur ce point des idées fort rapprochées de celles qui devaient, au siècle suivant, caractériser le positivisme; il voudrait interdire les recherches sur les sujets qui lui semblent passer la mesure des connaissances que l'homme est capable d'atteindre. Il ne s'aperçoit pas qu'il tranche lui-même les plus grands de tous les sujets qui devraient, à ce point de vue, lui paraître incompréheasibles. Mais le positivisme plus tard ne Qt pas autrement.

En morale, partantdela donnée empirique de l'amour propre et de la poursuite individuelle du bonheur, d'Holbach tourne son observation du côté de l'utilité raisonnée, et de la qualité et du choix des plaisirs. Il pose en fait l'accord entre les réels intérêts des hommes. Ce fait est la source, dit-il, de la nécessité oit nous

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