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LA THÉORIE DU PROGRÈS

dues à l'observation et au raisonnement, de nature à s'accumuler par les travaux et les découvertes successives des savants. Tel est le sens des aphorismes les plus anciens qu'on pourrait recueillir sur le progrès, et de celui qui appartient à Pascal, Il ne pouvait lui en donner un autre : « Toute la suite des hommes doit ôtre considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. » Cette pensée n'est pas extraite des Pensées, mais d'un opuscule scientifique.

Ce fut toute autre chose quand Turgot, au siècle suivant, transporta l'application de l'idée de progrès, de la science elle-même, ou de sa matière, aux méthodes, au jugement et au choix des méthodes, et à des vues spéculatives sur leur portée au delà de leurs domaines circonscrits (XLVII). Le principe de l'empirisme embrassé par les philosophes du xviu* siècle, en favorisant le délaissement de la métaphysique et l'abaissement de la morale, amena la confusion du progrès des connaissances proprement dites, surtout matérielles, et de leurs applications ; des avantages qu'elles procurent aux individus et à la société, avec le progrès de la moralité des personnes, de la raison et de la justice dans les relations humaines, et du droit dans l'organisation sociale et dans les rapports des nations. De là vinrent les grandes espérances, et les essais de théorie pour établir les principes ; l'admirable mouvement des esprits pour reconnaître et préparer un règne de la raison, et soustraire les hommes à l'empire d'une théologie absurde, superstitieuse éternelle; puis l'ardente poursuite de toutes les libertés civiles et politiques, afin d'emporter la résistance des gouvernements et de fonder par la puissance des peuples les institutions d'équité sociale que leurs classes gouvernantes peuvent bien leur promettre, mais ne leur accordent jamais. Etde là

enfin deux résultats contraires : une grande révolution, de réelles conquêtes de civilisation, dont quelques-unes durables, mais ensuite les excès populaires; l'inaptitude gouvernementale des assemblées, l'éloignement du peuple des mœurs de la liberté, les réactions politiques, la guerre partout, les restaurations, les journées, les empires, le retour des intérêts et des sentiments à des choses que l'on avait cru mortes. Et, quant à la théorie, dans tout le cours du six' siècle, des systèmes socialistes, opposés les uns aux autres, entachés d'une commune pétition de principe : demander le règne de la justice au fonctionnement d'un ordre social dont rétablissement, le développement régulier, la durée, supposent l'existence, dans les caractères humains, des mêmes vertus dont on attend de lui qu'il rende l'exercice possible aux hommes. Condorcet, écrivant au milieu de la tourmente révolutionnaire, et plein de foi dans le progrès, avait essayé d'en vérifier l'hypothèse en esquissant la marche d'une certaine série historique qui lui semblait avoir été suivie par l'esprit humain avec une suffisante régularité; et il en tirait par induction les phénomènes sociaux de pais, de travail, de bon gouvernement et de garanties pour la vie humaine et la liberié qui devaient se développer au cours du siècle prochain. Ce siècle tout entier, révolu maintenant, a donné aux prévisions de Condorcet le plus triste démenti. Auguste Comte à repris, cinquante ans après, ce travail ingrat de systématisation de l'histoire empirique de l'humanité, en négligeant ou en interprétant à son gré les grands éléments de perturbation qu'elle présente, afin d'y faire paraître une continuité factice sur quelques points essentiels de laloi des événements; et Auguste Comte n'a pas été plus capable que Condorcet de classer dans sa philosophie de l'histoire les événements, dont il était le témoin, ou de prévoir

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